‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 60 sur 166 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

D'ailleurs le mur d'enceinte n'est pas le seul monument unitaire que l'association communale ait produit, il y a encore l'hôtel de ville , qui est pour le côté civil de la commune ce que le mur d'enceinte est pour son côté militaire. Considérée dans son unité , la commune a une existence seigneuriale ; elle a donc sa loi y son juge, son gibet, son bourreau. Étant ainsi souveraine, elle donne lieu à une architecture qui rentre dans les conditions de l'architecture noble , c'est-à-dire qui aboutit à une maison isolée avec sa tour, avec celte düTérence néanmoins qu'elle dédouble en quelque sorte cette maison , ne conservant au centre que son foyer, qui est le siège de la justice, dans l'bôtel de ville, et transportant sa tour, qui est le symbole de la puissance , sur les remparts.

Nous croyons maintenant avoir sufûsamment établi, par toutes les considérations que nous avons déduites, qu'une ville ne prend un mur d'enceinte que lorsque ses maisons n'ont pas de donjon , lorsqu'elles ne sont pas isolées , c'est-à-dire lorsqu'elles sont bâties en pâté et avec le mur mitoyen , et que ces deux derniers caractères sont un signe infaillible de bourgeoisie ; de là nous sommes tout à fait porté à conclure que , dés qu'on trouve une ville murée dans les livres primitifs, c'est une preuve qu'ils ont été composés à une époque où il y avait déjà une institution communale.

Les Hébreux avaient ainsi des communes du temps de Moïse, puisqu’il est fait mention de villes inurées en plusieurs endroits du Lévitique, et les Grecs du temps d’Homère, puisque la ville de Troie était ceinte

COMMUNE ANTIQUE

d’un mur. Il est même à remarquer que parmi tant de villes qui sont nommées dans l’Iliade et dans l’Odyssée, Homère mentionne avec grand soin celles qui avaient des murs, et que leur nombre est fort peu considérable par rapport au nombre de celles qui n’en avaient pas. 11 y a au moins près de cent villes citées par Homère, et sur ce nombre quatre seulement ont des murs, en y comprenant Troie: ce sont Tbyrinthe , Gortine et Calydon (i).

Nous n’insisterions pas plus longtemps sur ce point, si la matière que nous traitons n’était pas si neuve et en quelque façon si peu usitée , et si la théorie historique que nous soulevons n’avait pas autant de chances qu’elle en a de passer pour étrange et paradoxale. Nous ne voyons pas trop quelles difficultés un peu sérieuses peuvent être opposées à ce que nous venons d’exposer ; néanmoins nous ne voudrions point paraître avancer des opinions à la légère sur des matières si graves , et voici encore une autre nature et une autre série de preuves établissant sans réplique, à ce qu’il nous semble , que les villes murées sont réellement des villes bourgeoises ou communales.

(1) Iliad., lib. Il, v. 559, - v. 646, — lib. IX, v. 552.

GRARIER DE CASSACNAC. — I.

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