‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 62 sur 166 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

de l’homme de race esclave , est pleinement conBriné par la propriété dans une autre espèce de famille , qui est, si l’on peut ainsi parler , la troisième du genre , la corporation. La corporation, en effet, soit religieuse , soit marchande, soit communale, constitue en quelque façon une famille , en ce qu’elle se reproduit. Or la corporation non-seulement se reproduit , mais elle se reproduit perpétuellement. Ses membres meurent, mais elle se renouvelle et vit toujours. Eh bien ! la propriété de la corporation , laquelle a le caractère de la famille noble en ce qu’elle est perpétuelle, est toujours substituée et inaliénable , comme la propriété de la famille noble. Nous allons revenir sur ceci.

La propriété, disions-nous , est toujours constituée comme la famille ; nous avons ajouté à ces mots l’explication qu’ils exigeaient. La famille est constituée de deux manières, selon la nature des races nobles et selon la nature des races esclaves, ou plutôt il y a deux sortes de fiimilles ; il y a donc aussi deux sortes de propriété. Prenons d’abord la propriété noble.

La propriété noble répond à la famille noble et subit le même nombre de révolutions. Or la famille noble a deux manières d’être successives. Primitivement , nous l’avons établi , toute la famille noble gît dans le père et se résume en lui. Le père absorbe l’épouse , le fils , la fille et le serviteur , toutes personnes qui n’ont ni droit , ni individualité en dehors de sa volonté , qui ne sont même pas des personnes , mais des choses. En cet état de la famille noble , la propriété de la terre réside dans le père d’une

COMMUNE ANTIQUE

manière aussi absolue que la propriété de la chair et de la vie de l'épouse , du fils, de la fille et du serviteur. Dans celte première période la propriété noble , est donc aliénable ; le père peut vendre son champ , comme il peut vendre sa postérité.

Néanmoins, peu à peu, et ce qu’on appelle civilisation consiste même en cela, l’épouse, le fils, la fille et le serviteur se dégagent de l’étreinte paternelle, acquièrent une personnalité d’abord douteuse, successivement plus complète et plus solide, et finissent par exister en leur propre et privé nom. Alors les droits du père ne sont plus seuls , absolus et sans bornes dans la famille ; ils finissent au contraire là où commencent ceux de l’épouse , du fils , de la fille et du serviteur. Ce nouvel état de la famille noble se trahit dans l’iiistoire, en ce qui touche l’épouse, par l’établissement du douaire; en ce qui louche le fils et la fille, par l’établissement de la dot ; en ce qui touche le serviteur , par l’établissement du salaire. Dans cette seconde période la propriété noble cesse de dépendre absolument du père; elle devient inaliénable , substituée, et passe à ses descendants malgré lui.

Ajoutons qu’au moment où la démocratie domine la société et absorbe la noblesse , les familles nobles se dissolvent et la propriété noble disparait. Ainsi il y a quelques années que la propriété substituée et inaliénable vient d’être détruite en France. -,

Les preuves de ce que nous disons là sont faciles et

nombreuses. Néanmoins, comme la matière que nous

touchons en ce moment appartient plus .spécialement à

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