CHAPITRE
et jamais il ne lui a été donné de pouvoir être substituée. Il parait même certain, à en juger du moins par le spectacle de l’histoire passée, et à ne point se préoccuper de ce que pourra produire l’iiistoire à venir, qu’il est dans la nature de la propriété d’échapper à l’immobilité qui la frappe dans les premiers âges de l’histoire, et que le progrès consiste pour elle , comme pour les enfants et la femme des pères héroïques et divins, à se soustraire à l’action absorbante de la famille primitive, pour acquérir une valeur propre, individuelle, distincte, et comme une sorte de personnalité. Aujourd'hui la France est le pays du monde où la propriété a opéré le plus d’évolutions successives et où elle est complètement détachée de la famille , ou plutôt individualisée et mobilisée comme la famille. La loi sur les majorats a été le dernier coup porté à la vieille propriété immobile et substituée, et probablement ceux qui en ont été les promoteurs ne songeaient guère à l’espèce de fonction nécessaire et providentielle qu’ils remplissaient en ce moment.
Donc, et pour résumer tout ceci, toutes les fois que l’on rencontre dans les livres anciens une propriété mobile et aliénable, il n’y a pas moyen de ne pas reconnaître en elle une propriété bourgeoise , par la raison que les livres anciens ne le sont pas assez pour nous montrer la propriété noble avant qu’elle soit entrée dans l’immobilité des substitutions, ou le sont beaucoup trop pour nous la montrer après qu’elle en est sortie. La mobilité de la propriété dans les livres anciens est donc un indice aussi certain de l'existence
COMMUNE ANTIQUE. 19t
des bourgeoisies que les mendiants le sont de l’existence des affranchissements.
Or , voici précisément que dans la Bible , par exemple, la propriété mobile et aliénable ne se rencontre que dans les villes murées. D’abord Moïse met toujours un grand soin , lorsqu’il parle des villes, d’indiquer si elles sont ouvertes ou murées. Ainsi , lorsqu’il envoie douze commissaires chargés d’examiner la terre promise , il leur recommande d’examiner la fertilité du terrain, quelles sont les villes, si elles ont des murs ou si elles n’en ont pas (i).Dans le Lévitique, la propriété est substituée et aliénable seulement pour sept ans , après lesquels les premiers possesseurs la reprennent ( 2 ), ce qui est, comme nous disions, un progrès sur l’époque primitive où elle était inaliénable absolument; mais cette propriété est la propriété noble , car la propriété bourgeoise est mobile et aliénable. La preuve de ceci se trouve dans le chapitre XXV, où il est dit que si une maison a été vendue dans la ville ceinte de murs, et que le propriétaire ne l’ait pas rachetée dans l’année, elle est aliénée [)Our toujours (ô) ; et le verset 31 ajoute que si cette
(1) Considérez quelle est la terre... quelles sont les villes, si elles ont des murs ou si elles n'en ont pas. (Nomb., cap. XIII. V. 20.)
(2) En l’année du jubilé, tous rentreront dans les biens qu’ils avaient possédés. (Lévitiq, chap. xxv, v. 13.)
(3) Celui qui aura vendu une maison dans l’enceinte des murs d’une ville aura le pouvoir de la racheter pendant un an.
Que s’il ne la rachète pas en ce temps, et qu’il ait laissé