‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 69 sur 166 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

qu’ils n’y frappent pas l’œil , ils ne s’y trouvent pas moins. On ne voit non plus ni les racines des arbres , ni les fondements des murailles; mais cela n’empéche pas qu’il n’y ait ni muraille sans fondement , ni arbre sans racine , tandis qu’en lisant les histoires des peuples anciens , on est presque autorisé à croire qu’il n'y avait pas de paysans parmi eux. Cependant, les historiens qui se rendaient coupables de cet oubli , qui passaient sur le ventre avec cette indifférence à la moitié du genre humain , auraient dû remarquer, dans leur propre intérêt , que cette lacune jetait au milieu de leurs livres un vague et un décousu] irréparables ; et que ce grand fait oublié devait laisser une foule d’idées historiques tronquées et de problèmes sans solution. C’est maintenant à la jeune critique , née de ce siècle , à faire le tour de l'édihce historique que nous ont légué nos pères , à visiter ses trous et ses crevasses , et à le réparer du moins, si elle ne peut pas le rebâtir.

L’histoire des paysans parmi les peuples anciens est primée par une autre , que nous ne sommes pas libre d’entreprendre à cette heure , mais dont il va être nécessaire que nous disions pourtant quelques mots. Cette autre histoire, c’est celle des propriétaires terriens, dont les paysans étaient les ouvriers. L'histoire des propriétaires terriens , qui n’est pas plus faite que celle des paysans, exigerait un livre. On trouvera donc tout simple que nous n’en disions que ce qu’il nous est impossible de n’en pas dire maintenant.

Nous croyons, et cette croyance intime que nous

LES PAYSANS

énonçons ici sera discutée et justifiée, nous l’espérons, dans le second volume de cet ouvrage , que les temps historiques les plus reculés que nous connaissions des peuples anciens étaient néanmoins pour eux des temps assez secondaires. Par e.xemple, nous sommes convaincu qu'il y a eu en Italie avant Romulus, et en Grèce avant Thésée , une époque historique assez longue et correspondant, quant à son caractère, à ce que le moyen âge a été pour nous. L’existence d’un moyen âge, mais d'un moyen âge féodal , dans l’histoire de l’ancienne Grèce et de l’ancienne Italie, est à nos yeux, et dans l’état présent de nos études historiques, un fait complètement démontré. La fondation de Rome et l’établissement des premiers municipes comme celui de Gères, pour l’Italie, la fondation d’Athènes et l’établissement des petites républiques du Péloponèse, pour la Grèce, finissent, dans nos idées, cette féodalité antique, et soqt, dans l’histoire ancienne, ce que ralTranchissemcnt des communes a été dans l’histoire moderne. Nous n’avons pas l’intention de prouver ceci, du moins dans ce chapitre ; et nous allons plutôt détacher quelques aperçus de cette opinion générale, qu’en grouper et en démontrer les éléments.

Une fois l’existence de ce moyen âge antique admise, et elle l’est, disons-nous, complètement pour nous, on peut, si l’on veut, en suivre les tracesà travers l’histoire. Par exemple, et pour nous borner à l’Italie, il y avait un système de vasselage et de suzeraineté encore assez complètement organisé dans l’étendue de l'État romain du tempsde Marius et deSylla. On peut citer là-dessus.

Page 1