‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 71 sur 166 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Celte Italie féodale contenait des seigneurs qui ha^ bitaient la campagne , car les villes n’ont pris de l’iinpurtance que lorsque la noblesse a décru et que les bourgeoisies se sont formées. Ces seigneurs avaient, pour travailler leurs terres, des esclaves qui devinrent plus lard les serfs de la glèbe, lesquels devinrent plus tard encore les paysans.

Peut-être convient-il de dire ici en quelques mots que les hommes qui portaient dans l’ancienne législation romaine le nom de prolétaires , proletarii, étaient précisément de ces serfs de la glèbe de la primitive Italie féodale. Il résulte du chapitre d’Aulu-Gelle, dont nous parlions tout à l’heure, que l’expression de prolétaire était devenue fort difficile à entendre, et était tout à fait sortie de la langue du droit, à laquelle elle appartenait, vers le deuxième siècle de l’ère vulgaire. Le poète qui se chargea d’expliquer les termes tirés du droit des Aborigènes et des Faunes, à défaut du juriste qui ne l’avait pas étudié, dit que dans la vieille jurisprudence les prolétaires étaient les serfs qui venaient immédiatement au-dessus des capite censi (i). Or les capite censi étaient proprement des serfs de corps , payant, dans l'ancienne coutume de l’Italie, trois cent soixante-quinze sous de taille; les prolétaires en payaient quinze cents (2). On verra par ceci que l’école

( 1 ) Exlremus aulem censiis capite censonim æris fuit (recenli septuaginla quinque. (Aul. Gell., lit). XVI, cap. x, S ÎO.)

(2) Oui in plebe roinnna tenuissimi pauperrimiqiie erant, neque amplius qiiam mille quingenlûin æris in censum de-

LES PATSANS.

saint-simonienne, qui a mis en circulation dans ces derniers temps le mot de prolétaire, pour signifier un homme libre ne possédant rien , et qui a prétendu appuyer le sens qu’elle lui donnait sur l’histoire romaine, n’était pas très-sûre de l’érudition qu’elle affichait sur ce point.

Ceci bien compris et bien établi , à savoir que les campagnes de l’ancienne Italie étaient habitées par des familles riches et seigneuriales , et en outre qu’il s’y trouvait de grands domaines appartenant aux temples, et dont le clergé païen , qui en était propriétaire , surveillait la culture et avait les revenus, on peut se demander ce que devenaient ces esclaves innombrables, laboureurs, vignerons, jardiniers, bergers, qui cultivaient la terre et gardaient les troupeaux, et dont un certain nombre arrivait de temps en temps à la liberté? Les maîtres affranchissaient toujours, pour mille causes diverses , quelques-uns de leurs esclaves , dans les villes; pourquoi n’en auraient-ils affranchi aucun dans les campagnes? Du reste , le fait d’une population rurale attachée seulement à la glèbe, mais possédant un pécule en propre, quelquefois même d’une population rurale entièrement libre, est si évident dans l’histoire ancienne , que nous allons en tracer tout à l’heure un rapide aperçu.

On peut donc, disions-nous, se demander ce que devenaient les serfs et les all'ranchis de la campagne.

ferebant, proletarii appellati sunl. (Aul. Gell., lib. XVI, cap. X, § 10.)

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