CHAPITRE XI
Restaient-ils isolés ? vivaient-ils réunis ? possédaientils une administration qui leur fût propre? avaient ils des juges pris parmi eux dans leurs contestations?
Et ce que nous disons des serfs et des affranchis ruraux de l’Italie , nous pourrions le dire également des serfs et des affranchis de la France. Que devenaient ces serfs si nombreux qui étaient primitivement esclaves, soit des seigneurs, soit des monastères, soit des chapitres, et qui , malgré leur nombre, s’étant trouvés divisés par petits groupes ou disséminés par hameaux dans les campagnes , n’ont jamais été érigés expres-sément en communes? Presque toute la population agricole du royaume et une multitude considérable de bourgs et de villages, dont les habitants, premièrement esclaves, puis serfs , puis affranchis, ont été versés en définitive dans la masse commune du tiers état, n’ont jamais passé par la forme de l'association municipale. Or , quel était l’état domestique et civil de ces populations rurales? qui les gardait? qui les jugeait? Ce sont là toutes questions fort ardues, mais fort importantes, et de la solution desquelles doit dépendre évidemment la signification générale et supérieure de l’histoire des peuples dans l’Occident.
Il parait certain , autant qu’il peut y avoir certitude et précision dans une étude qui est essayée pour la première fois, sur des faits si éloignés et si obscurs, que c'est en de petits villages, en de petits bourgs, en de petits hameaux, que se résolvaient les populations esclaves de la campagne , au fur et à mesure de leur émancipation. Il faut remarquer que ces
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LES PAYSANS
bourgades primitives devenaient le noyau des communes qui SC formaient plus tard , lorsqu'elles avaient acquis quelque développement. En outre, ces bourgades avaient toujours pour centre un château ou un temple, dans les temps anciens; un château, une église ou un mona.stère , dans le moyen âge. Le château ou le temple, l’église ou le monastère étaient la sauvegarde à l'abri de laquelle venaient se ranger les serfs, faibles, nus, désarmés. C’est ainsi qu’ont commencé en tout pays, en tout temps, les bourgades et les villes : ceci voudrait peut-être des exemples qu’il serait d'ailleurs facile de donner; mais nous nous bornerons à rappeler que Rome a commencé par un château sur le mont Palatin, et Athènes par un château sur l’Acropolis. 11 ne faut excepter de cette règle générale que les villes qui ont été fondées tout d’une pièce par des colonies ou par des peuples en émigration ; maison ne doit pas non plus perdre de vue quenousparlons des villes et des bourgs fondés par des populations naissantes, et non point par des populations vieillies.
Ces bourgs ouverts, ayant un château au centre, et formés par les maison accumulées des serfs du seigneur, étaient fréquents dans la primitive Italie. Plutarque témoigne, dans la vie deRomulus, que les anciens Sabins vivaient ainsi. Les Gaulois cisalpins, au rapport de Polybe, et les Éioliens, au rapport de Thucydide, menaient également celte vie féodale (i). Il restait encore quelques-uns de ces bourgs dans la Grèce
(1) Voirla noie î delà page 170.