‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 8 sur 166 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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de joie à se prostituer, les uns et les autres à faire ce qu'ils font dans la vue d'un gain nécessaire , ces quatre conditions ne sauraient exister sous le régime de l'esclavage, dans lequel tout le monde a naturellement le nécessaire ; le maître , par cela seul qu'il est maître ; l'esclave, par cela seul qu'il est esclave. Il n'y a ainsi ni mercenaires , ni mendiants, ni voleurs, ni filles publiques chez les Arabes des tribus qui habitent le désert, parce que l'esclavage y est à peu près dans toute son intégrité primitive.

Nous avons l’espoir de dire plus loin avec quelque précision à quelle époque a commencé parmi les peuples occidentaux cette émancipation des esclaves, qui a produit les premiers prolétaires ; mais il faut , avant tout, noter deux faits importants en ce qui 'touche cette émancipation.

Le premier , c’est qu’il n’y a pas d’exemple avant l’ère chrétienne d’émancipations systématiques opérées en masse par les anciens, au nom de quelque système philosophique ou philanthropique , et que toutes les émancipations s’y faisaient d’une manière accidentelle et individuellement. On peut même dire que les philosophes païens, sans exception, étaient unanimes pour considérer l’esclavage comme un élément légitime et normal de la société , depuis Aristote , qui appelle les enfants : c les instruments animés de leurs pères ; > jusqu’à Platon qui cite dans son Traité des lois deux vers d’Homère du dix-septième livre de V Odyssée , dans lesquels il est dit que € les esclaves n’ont que la moitié de l’âme humaine. > Il n’y a peut-être qu’une

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exception à cette unanimité -des philosophes anciens sur la légitimité de l’esclavage ; et encore cette exception est-elle tirée de Thisloire <lcs Juifs, lesquels possédaient dans la loi et dans les prophètes le germe et le rudiment de l’Évangile. Flavius Joseph raconte, au livre treizième de son Histoire ancienne des Juifs , qu’il y avait dans sa nation trois grandes sectes philosophiques en dehors des textes précis delà loi, les pharisiens , les saducéens et les esséniens (i) , et il donne de grands détails sur celle dernière secte au dixhnitième livre, où il dit que les esséniens avaient la communauté des biens , qu’ils travaillaient tous par eux-mémes et qu’ils n’avaient pas de serviteurs, parce qu’ils considéraient les hommes comme étant naturellement égaux (i) ; mais les esséniens n’étaient dans l’antiquité qu’une petite secte obscure, formant à peu près quatre mille qdeptes , vers la fin du règne d’Auguste, c'est-à-dire à l’époque où le christianisme

(1) K«t« Si rb'J xpivot toûtov T/seïç ccipiiti tüv ’ lou<?at(<>v

r,ffav, al itepl zûv àvOpoinhotv iz pay [liTOiv ûitSÀaf/.-

Savov, uvri pièv iaptaaîuv iXéysro, ^ Si 2aSSowai(>)Vf rt rpirvi Si ’Effijvüv.

(Flav. Joseph. Anliq. hebr., lib. XIII, cap. x.)

(2) Tôt xpriixaia. xi xotvà aùxoïç iarhf ûnoXaùot Si ovSh à TzXoùaioç Ttüv oixeiuv /uuÇSvuf, îj 6 jariS’ort oùv xe,XT»i(iivOi. Kscc xàSt npiaaouatv di/Speç iiizip xirpa^iXiot tôv àpi6/JLbv ovrii, x«i ouTé '/afierki elaâyovSe, oSts SoùXuv iniTriSeûousi xriiaiv, rb p-iv slç àScxlav ipipu-j û-a stXrjfôrti, zbSk (triaius èvSiSà-^at nolïinv. AinoiSi if’iauTÛv Çwvtss iitl Siaxotvla rrj in'àXXri- Xotç imxpüvSi.

(Flav. Joseph. Anliq. hebr., lib. XVIII , cap. ii.)

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