CHAPITRE XJI
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rendu insuflisants les revenus du travail. Dans l’ordre historique, les ouvriers précèdent donc naturellement les mendiants, ce qui explique pourquoi les établissements de charité publique ne viennent que longtemps après les corporations , dont ils sont en quelque sorte les auxiliaires, puisque la ressource de tout ouvrier dans le besoin est d’avoir recours à l’aumône, et de demande^ à l’hôpital ce que l'atelier lui refuse. Nous devons même faire remarquer, avant de passer outre , qu’au nombre des causes que nous avons déjà déduites pour expliquer la rareté de mendiants , de voleurs et de filles publiques, dans les époques antérieures au quatrième siècle, il faut mettre encore l'organisation du travail et le système des corporations industrielles et marchandes des peuples anciens, dont i:ous allons indiquer la formation, raconter le développement et expliquer la décadence.
Le système adopté par les anciens pour l’organisation des ouvriers serait impraticable et odieux au milieu de nos moeurs et de nos idées ; cependant il avait parmi eux , et notamment dans l’empire romain , l’avantage inappréciable de changer tout ouvrier en fonctionnaire public, en l’attachant indissolublement, lui et les siens , à la charge qu’il avait choisie, et de lui garantir à tout jamais, également pour lui et pour les siens, toutes les nécessités et quelquefois toutes les commodités de la vie. C’est par l’effet de cette organisation prévoyante que les classes ouvrières de l’antiquité ont résisté si énergiquement aux causes de dissolution , d’avilissement et de misère qui travaillent
JURANDES ANTIQUES
les classes ouvrières des temps modernes , et qu’elles ont été plus de mille ans à se transformer en partie en mendiants, en voleurs et en prostituées.
Les corporations ou les jurandes (car nous nous servirons indistinctement de ces deux termes, quoique le second soit plus particulièrement employé en ce qui touche les corporations formées au moyen âge, les corporations de tous les pays et de tous les temps ayant une nature commune, ne dÜTérant que peu dans la forme et ne différant pas du tout dans le but), les corporations ou les jurandes se montrent déjà chez les Juifs du temps de Salomon, chez les Grecs du temps de Thésée, chez les Romains du temps de Numa.
Nous ferons même remarquer, et les principes déjà établis plus haut nous y autorisent, que les jurandes juives doivent remonter jusqu’au temps deJosué, puisque nousavonsdéjàlétabli qu’il y avait dans la Syrie des communes à celte époque ; or, il y a ceci entre les communes et les jurandes, que les communes sont l’association des affranchis dans un but d’administration, et les jurandes l’association des affranchis dans un but d’industrie^ ou de commerce. Les communes ne vont donc jamais sans les jurandes, d’abord parce que leur élément est le même , ensuite parce que les affranchis n’étant jamais originairement propriétaires terriens , sont forcés de devenir industriels ou marchands. Toutes les fois qu’on trouve une commune, on peut donc être certain qu’il existe une corporation. Il y a même plus, il se voit cent exemples de communes qui se sont for- I. 20