CHAPITRE XII
bouche (les chroniqueurs anciens, qui ont rarement la critique des faits qu'ils rapportent , un pareil fait doit signifier que Numa donna quelques règlements relatifs aux confréries et compagnonnages qui existaient déjà à Rome , comme le roi Jean régla les différents corps de métiers qui existaient de son temps à Paris. Il serait difficile de croire, en effet, que Rome ayant formé une espèce de commune dès le jour de sa fondation, la classe affranchie, et par conséquent industrielle et marchande qu’elle renfermait , eût attendu jusqu’à Numa pour créer une association, c’est-à-dire pour arrêter la règle de son travail journalier et de ses transactions. Quoi qu’il en soit, c’est sous le roi Numa que les jurandes romaines entrent dans l’histoire.
A partir de cette époque , les corporations romaines traversent trois périodes successives qui les marquent chacune d’un sceau particulier : la première période
rois. II est bien entendu que nous nous contentons d’exprimer notre opinion, sans prétendre la justifier, ce qui nous mènerait trop loin, .seulement nous ferons remarquer que Niébuhr, qui s’attachait principalemenl à l’histoire des origines étrusques, a pu avoir scs raisons d'amoindrir autant que possible toutes les nationalités qui n’étaient pas celle dont il se faisait le rénovateur et l’apologiste. En outre, et sans prétendre néanmoins entrer dans le fonds de la discussion , il est bon d’observer que Plutarque, écrivant , comme il le dit dans la f^ie de Thésée, sur la foi d’un nombre considérable de chroniques très-anciennes , était beaucoup plus près de Romulus et de Numa que nous ne le sommes de Charlemagne, et que l’idée ne nous est jamais venue de prendre Charlemagne pour un mythe. Enfin, voir des abstractions et des allégories dans les commencements,
JURANDES ANTIQUES
commence au roi Numa et finit à peu près à l'empereur Vespasien; la seconde commence à Vespasien et finit à peu près à l'empereur Constantin ; la troisième commence à Constantin et finit avec l'empire.
La première période comprend la formation des jurandes. Cette formation fut spontanée ; des ouvriers de même industrie, des commerçants de même négoce, les maçons avec les maçons , les bateliers avec les bateliers , se rapprochèrent, s'unirent, convinrent de certains points fixes pour régler leurs rapports, élurent certains d'entre eux pour juger les cas et appliquer les règles acceptées. Voilà les premières corporations. Du reste , il pouvait se former autant de confréries qu'il y avait de métiers.
Il paraît que le nombre de celles qui s'établirent à Rome sous la domination des rois était considérablé, et même que leurs règlements étaient conçus quelque-
selon nous très-réels et très-plastiques, des histoires anciennes, c'est tomber, à ce qu’il nous semble, dans la môme idée qui a suggéré à Dupuis sa fameuse explication du christianisme par la mythologie solaire.
Néanmoins, nous laissons toute liberté à ceux qui ont une opinion Faite en ces matières. Nous acceptons avec trop de sincérité la valeur scientiQque de Niébuhr, pour croire •'avoir réfuté en quelques lignes, et nous avons personnellement trop pratiqué la solidité d'esprit et l’immense acquis de M. Michelet, pour ne pas reconnaître que son excellent •ivre en nécessiterait au moins un autre.
Toutefois, nous restons avec cette conviction qui nous est propre, à savoir que la période royale de l’histoire romaine est, à quelques détails près, qui appartiennent aux Chroniqueurs, une réalité et non point un symbole, et nous