CHAPITRE XII
fois à un point de vue tellement individuel, qu'ils choquaient et contrariaient l’esprit général des institutions publiques. C’est alors que commença le contrôle du gouvernement sur les jurandes, et qu'elles entrèrent dans une période nouvelle sur laquelle il n'est pas inu> tile de donner quelques explications.
Nous avons mentionné plus haut, et le fragment de Gaius prouvant que les Douze Tables prescrivaient aux corporations de se conformer aux lois générales de l’État , et le fragment de Solon établissant qu’un semblable règlement était appliqué aux jurandes athéniennes, ce qui montre, comme nous l’avons fait pressentir, que les corps de métiers ont eu en tout pays à peu près la même destinée. Nous ferons voir , quand nous en serons aux jurandes du moyen âge , qu’après avoir commencé par le bon-vouloir des ouvriers et des marchands eux-mêmes , elles ont fini également par recevoir leur institution du bon-vouloir des rois.
Pour b'en comprendre cette situation nouvelle des jurandes sous la république, c’est-à-dire à une époque où la liberté industrielle aurait dû, ce semble, s’épanouir au lieu de se comprimer, il faut se rendre compte de quelques Aiits qui expliquent comment la restriction apportée à la liberté primitive était néanmoins plus favorable que nuisible aux corporations.
Au service de qui pouvaient se raettrc-les ouvriers
citerons les actes de Romulus , de Numa , de Tarquin et des autres rois, comme les actes de personnages tout aussiréela que Dagobert, Charlemagne et Hugues Capet.
JURANDES ANTIQUES. 237
de Rome ? Était-ce au service des particuliers riches ? Pas le moins du monde. Les particuliers riches possédaient chacun un grand nombre d’esclaves (i) , à peu près de toutes les professions, par lesquels ils faisaient exécuter leurs ouvrages. Il y avait encore des capitalistes qui achetaient des enfants de dix à douze ans, qui les faisaient élever, qui leur apprenaient diverses professions , et qui se retrouvaient de toutes leurs avances sur le produit de la location journalière qui en était fuite , quand ils étaient devenus grands et instruits. Ainsi on allait louer chez eux un esclave tailleur, ui^cordonnier , un musicien, un maçon , un grammairien , un maître à danser , un philosophe ; et ceux-ci, qui revenaient le soir chez le capitaliste, lui rapportaient le prix de leur journée. Crassus nourrissait ainsi, pour en tirer profit en les louant, des lec-
(1) Chez les anciens, on demandait à un homme dont on voulait savoi r la fortune combien il avait d’esclaves ouvriers, c’est-à-dire exerçan» une profession, et dont le salaire constituait des rentes fixes au tuailre. Socrate, étanlallé voirà Athènes une belle afTranchie, nommée Théodote, lenan l l’état de ce qu’on nomme à Paris une femme entretenue , lui demanda, en admirant le luxe de sa maison et de son nombreux domestique, si elle avait donc beaucoup d'esclaves ouvriers.
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Xitpozixvxt, ifrj. (Xenoph. MemorabiL, lib. III, cap. xi,S4.)