‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 89 sur 166 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Crassus avait également un bataillon de cinq cents esclaves de toutes les professions qui se rattachent à l'architecture. Quand il apprenait que quelque maison était en feu, il accourait vite pour offrir de l’acheter. On comprend sans peine que l'immeuble diminuait singulièrement de prix en un pareil moment. Le marché conclu , Crassus lâchait ses cinq cents esclaves qui éteignaient l’incendie et qui réparaient la maison. C’est ainsi qu'il devint propriétaire de tout un quartier de Rome (i).

Ce n’était donc pas aux riches que les ouvriers réunis en jurandes pouvaient offrir leur travail. Étaitce aux pauvres? Mais auprès de ceux-ci les jurandes trouvaient encore la concurrence des loueurs d'esclaves. Et quelle concurrence? nous l'avons déjà dit, la concurrence de capitalistes comme Crassus, qui répétait souvent, c’était son mot favori, qu’un homme ne peut pas se vanter d’être riche, à moins d’avoir de quoi soudoyer une armée de quarante mille hommes avec ses revenus (2).

xai y.areïxsv b Kktwv, b Tt^s^aTYjv èoivsîro viftrjv

ùnoXoytÇàflLevoç. (Piulardi. Marc. Cal. , cap. xxi.)

(1) ... 'Opüv ràs evyysvsîç x«i awoixovi 'Fü/irn xîjpxs,

è/jLTtprjufj.obi xoti Stx ^ipos xeù ttAïîÔos oîxooo/*>j-

piûrtov , ioyjeïro boùXovi àpxitinrovctç ^ xai oixoiôpLOu;. Eit’

roÙTOVi, vTrip nevraexoaious, ovrsci, i^/jyôpoiÇe rà xcctâ/ievac x«c yecTVcüvTX rotf x«iop.ivoii, fôêov xai àâyiXàrrjra t&v âsanorüv un' o'xlyra Ti/xrif n poîifivMitv, ûaze Tîj5'P<ü/«js tô itiaî(jTOv/tipo« O tt’ uÙTMyeviaOxt. (Pliilarcll. M.Crass., cap. Ii.)

(2) ’Exstvo â'oùx eu, tô firiiévx vopilÇetv, p.rjbi ç>i«e«v elva«

JURANDES ANTIQUES

Restait enfin le gouvernement. C’était là le vrai client des jurandes, et les travaux entrepris par lui formaient le seul atelier permanent où les ouvriers pussent gagner chaque jour leur salaire.

De son côté, le gouvernement avait besoin de trouver toujours un nombre et une variété d’ouvriers suffisants pour exécuter ses ouvrages; et quels ouvrages que ceux qu’a fait exécuter le gouvernement romain! Que de temples, et quels temples ! Que d’aqueducs , et quels acqueducs! Que de ponts , et quels ponts! Ici les nombreux ouvriers de Caton , les cinq cents ouvriers de Crassus n’auraient pu rien faire ; il fallait des corporations , des collèges de travailleurs ; et c’est parce qu’ils se firent perpétuellement leurs patrons et leurs commanditaires, que le sénat et les empereurs s’immiscèrent dans leurs statuts. La loi des Douze Tables, qui ordonne à toute corporation de se conformer aux lois générales de l’État , est donc en réalité le premier privilège établi en faveur des classes ouvrières déjà organisées régulièrement à cette époque , puisqu’elle constitue jusqu’à un certain point un monopole à leur égard , puisqu’elle prévient le gaspillage de l’industrie en empêchant des concurrences sans nombre et sans frein , et qu’elle enrichit toutes les jurandes qui étaient, aux dépens de toutes, celles qui ne pouvaient pas être.

Depuis l’établissement du régime de la république

iz).oiaiov, Ss où âùvtxrou vpéfeiv ànb t^ç OÙ<sl«s arpocroneàov.

(Plularch. M. Crass., cap.ii.)

Page 1