CHAPITRE XII
jusqu’à sa chute , le gouvernement romain ne cessa pas de s’immiscer dans les statuts des jurandes pour les consolider, pour les simplifier, et surtout pour les rendre en quelque sorte solidaires de la fortune publique, et pour en faire les instruments et les organes intérieurs de la vie administrative. Voici, en quelques mots, de quelle manière les corporations se ‘rapprochèrent de l’État et finirent par en faire partie intégrante.
A proportion que la république devint conquérante, elle augmenta successivement le domaine public et ses armées, c’est-à-dire le revenu et la dépense. Pour un gouvernement qui n’avait ni notre centralisation , ni notre hiérarchie de fonctionnaires, ni nos moyens rapides de transport, ni nos banques, ni notre système de crédit qui improvise en vingt-quatre heures autant de fournisseurs et d’entrepreneurs qu’il en faut, il était fort difficile de régulariser l’impôt et de le percevoir, non-seulement sur les citoyens romains et sur les provinces conquises, mais principalement sur les immenses et innombrables possessions du domaine public et sur les terres considérables du clergé païen, qu'il fallait inféoder par des baux plus ou moins longs.
Les impôts n’avaient pas, dans l’empire romain, l’unité et la simplicité qu'ils ont dans les États modernes. Il faut , pour s’en faire une idée, se reporter au milieu des taxes de toute nature qui existaient au moyen âge. Toutefois on peut dire que les impôts romains se divisaient en deux grandes catégories : la première comprenait les impôts assis sur les personnes et payés en
JURANDES ANTIQUES
argent ; la seconde, les impôts payés en nature par les fermiers des biens du domaine. Les impôts en argent étaient levés, sous les empereurs, par le préfet du prétoire , à l’aide d’officiers inférieurs , et destinés à l’entretien et au payement des troupes, ainsi que le rapporte Zosime , dans ce qu’il dit de Constantin (i) ; les impôts en nature étaient ordinairement perçus par les fermiers généraux et par les corporations , ainsi que le prouvent les lois que nous citerons plus bas sur les Maîtres Bouchers et sur les Tueurs de porcs.
L’histoire des biens du clergé païen serait une matière fort curieuse et fort ample; nous sommes forcé de la renvoyer au volume où nous traiterons de l’histoire des classes nobles. Nous nous bornerons, en attendant à dire que les terres du clergé étaient inféodées, ou , ce qui revient au même , données à bail emphytéotique , et que le revenu payé en nature était généralenaent perçu par les corporations , par exemple par les décurions, qui formaient une corporation véritable, et qui eurent le droit d’affermer les terres du domaine et des temples , au moins à partir de la fin du quatrième siècle , comme le prouve une loi d’Arcadius et d’Honorius, du i®'" décembre de l’année 400 ( 3 ). Un
(1) Zosira. Hist. Roman. lib. II, in Constantin. Voir aussi une Novelle de Valentinien, citée à la note 3 de la page 247.
(2) Ædificia, ... et reipublicæ loca . . , vel ea qiiæ de jure templorum, autper diverses petila, aul æleriiabili domui fuerint congregala, vel civilatiim territoriisambiuntur, sub perpeluà conduclione, salvo dumlaxal canone, quem sub examine liabilæ discussionis constitil adscripium, pe-