CHAPITRE XII
passage du traité de Xénopbon, Des revenus de VÀttique , prouve que les biens du clergé païen s'afierniaient de la même façon chez les Grecs (i).
Ajoutez à cela le soin de faire arriver à Rome les revenus publics,, ou de les laisser en disponibilité sur certains points pour l’entretien des armées, celui d’approvisionner la ville, celui de tenir prêtes dans les localités les plus éloignées et les plus dépourvues, ces légions d’ouvriers merveilleux qui ont couvert l’Espagne, la Gaule, l’Allemagne, l’Angleterre, la Grèce, l’Asie Mineure, l’Égypte, la Syrie et le nord de l’Afrique , c’est-à-dire tout l’univers connu , d’indestructibles monuments.
C’est à l’aide des jurandes que le gouvernement organisa son service administratif, son déploiement de forces militaires, et le développement de son luxe architectural. Il y avait des corporations qui s’étaient chargées de recueillir l’impêt; il y en avait qui approvisionnaient Rome, il y en avait qui la nourrissaient, il yen avait qui pourvoyaient à ses édifices, d'autres qui babillaient ses soldats, d’autres qui les armaient, d’autres qui entretenaient les nécessités intérieures et domestiques d’une ville pleine de richesses et vouée à tous les genres de plaisirs. Les jurandes étaient donc comme la charpente osseuse qui supportait ce grand corps romain. C’était par elles que le
lies Mtinicipes, Collegiatos, Corporatos iirbium singularum (•onIocatapermaneant...(Cod.Theod.,lib.X, til. m. leg. 5.)
(1) ... McaOoDvrae yoOv x«i re/Jiéwi, nul iepk... (Xenoph» de Vecligalib. cap. iv, S 19.)
JURANDES ANTIQUES. Ur>
sénat et les empereurs agissaient après avoir parlé ; c'était par elles que tant de provinces, de nations, de langues et de religions différentes se tenaient et marchaient ensemble ; c’était par elles que s'opéraient les actes matériels conçus par l’intelligence du peupleroi; enfin c’était par elles que s'exécutaient tous ces menus détails de travaux journaliers auxquels suffit parmi nous cette nuée d’entrepreneurs, d’ateliers particuliers et d’ouvriers libres , qui sont la partie agissante des États modernes, mais qui manquaient complètement aux empires de l’antiquité.
Les jurandes romaines étaient naturellement de deux sortes , quoique au fond elles eussent les mêmes règlements , les mêmes privilèges , les mêmes devoirs et le même but; elles se divisaient ou pouvaient se diviser en jurandes commerciales et en jurandes industrielles. Elles portaient dans la loi le nom de col> UgeSy collegia , ou de corporations , corpus. Une constitution d’IIonorius et d'Arcadius , de l’année 412:, appelle indifféremment les membres des jurandes collegiati ou corporati (i).
Les principales corporations marchandes de l’empire étaient : celle des bateliers, navicularii; celle des boulangers , pistores; celle des bouchers, suarii; celle des fabricants de chaux, calcis coctores; celle des tisserands, linteones; celle des tailleui*s, gynœceiarii; celle des pêcheurs de coquillages et teinturiers en soie,
(1) Collegiatos, et vUiiarios, et nemesiacos , signiferos , cantabrurios , et singularum urbium corporatos . . . (Cod. Tbeod., lib. XIV, lit. vu, leg. 2.)
UG <■ CHAPITRE XII.
murileguli ; celle dés rouliers, bà8tagarii; ce\\e des marchands devin, tini susceptores ^ celle des marchands de merrain et de bois de construction , dendrophori, et une foule d’autres, jusqu’au respectable corps des mesureurs jurés de. blé aux magasins du port d’Ostie, mensores portuenses (i).
Il faut se faire une idée maintenant de la manière dont fonctionnaient et s’enchaînaient toutes ccs corporations. Prenons pour exemple celle des boulangers et celle des bouchers.
Le port d’Oslie était le grand entrepôt de Rome. C’était là que la corporation des bateliers était tenue d’apporter les revenus des terres du domaine , qui étaient immenses. Presque toujours les revenus du domaine étaient en nature , ce qui prouverait que les terres eu étaient tenues en métayage par les fermiers, lesquels payaient à mi-fruit, ou à tiers-fruit, selon leur fertilité. De plus on est autorisé à croire que chaque corporation marchande opérait elle-même , comme nous disions, la levée des impôts en nature dont la spécialité la concernait, c’est-à-dire que les boulangers percevaient sur les terres du Domaine la
(1 ) Navicularii, Cod. Theod., lib. XIII, tit. v. — Pislores, lib. XIV, tit. III. — Suarii, ibid., lit. iv. — Calcis coclores, ibid., tit. VI.— Linleones, lib. X, lit. xx, leff. 6, 8, 9, 16. et passiin. — Gynæceiarii, îbid., leg. 2, 3, 7, et passim — Murileguli, ibid., leg. 5,12, et passim. — Baslagarii, ibid., 4,1 1. — Vini susceptores, lib. XIV, tU. iv, leg. 4. — Dendrophori, lib. XIV , lit. vu, leg. I. — Mensores portuenses, lib. XIV, lit. IV, leg. 9.
iDRANDES ANTIQUES.
rente en blé , les marchands de vin la rente en vin , et ainsi du reste. Le fait est que les bouchers faisaient percevoir par des agents la rente en porcs et en bétail, qui se levait sur les fermiers de certaines provinces , comme dans la Lucanie , dans la Campanie , dans le Brutium et dans le Samnium. Cela se voit fort en détail dans une loi de Constantin , de l’an 326 (i) , dans une constitution de Julien, de l’an 365 ( 2 ) , et surtout dans une Novelle de Valentinien et de Marcicn, de l’an 452 ( 3 ).
Le corps des bateliers transportait donc, moyennant un droit de fret déterminé, les revenus en nature dans les magasins du port d’Ostie { 4 ). Le corps des boulangers, qui siégeait à Rome, devenait en quelque sorte responsable du blé , dès qu’il était en
(1) Ea prætia, quæ in Campanià per sinyiilos annos reperiunlur, suariis urbis Romæ debentsolvi, ila uL perieulo suarioruin populo porcinæ species adfaliin præbealur. (God. Tlieod., lib. XIV, lit. iv, lejf. 3.)
(2) . . . Lucanus possessor et BruUiiis, quos longæ subvectionis damna qualiel)anl , possinl, si velint, spcciem moderatam . . . dissolvere . . . (Cod. Theod., lib. XIV, lil. IV, leg. 4. § 2.)
(3) Nec anle quidquam de Lucania Sainiiioque proviuciis area præloriana deposcal, quam suariis exigenlibus debilum omne solvalur. ( Cod. Tbeod., leg. novel). Theod., lib, XIII, til. XXIX.)
(4) Ex'quocumque Hispaniæ lillore porluin urbis Romæ navicularii navis inlraverit . . . (Cod. Theod., lib. XIII, lit. v, leg. 4.) . . . Palrunos horreonim portuensium . . . (Cod. Tbeod,, lib. XIV, lil. xxiir, leg. 1.)
Cassiodorc rapporte fort au long les inslruclious données