‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 10 sur 145 · LIVRE I. CBAPITKB · texte numérisé non relu

LIVRE I. CBAPITKB

non libres de l'époque carloTiDgienne au serrage féodal oo se verrait autorisé à dire que^ civilement parlant, rhuroaniié rétrograde, de la manse colonaire et de Vemphyiéase qui étaient les formes générales de la culture auparavant, au meix et à la censive qui devinrent universels alors, il y a un pn^rès marqué de la personne, parce qu'il y a un développement considérable du droit et de la respbnsabilité. il faut ajouter que nulle part ce principe du sentiment individuel ne prit, à cette époque, l'énergie que la tradition gallique lui imprima en France, et qu'il y a été l'âme de ce continuel besoin de liberté civile et foncière qu'on y verra se dé?e^ lopper.

Ainsi, autant que les choses d'un même pays et d'un même peuple puissent changer après une révolution profonde, tout ce qui intéresse l'histoire de la propriété foncière et des classes agricoles changea lorsque l'établissement du seignorat féodal fit le nouveau classement de personnes que connut le moyen âge. A bien des égards tout recommence dans cet ordre de faits, le développement social d'où ils dérivent se trouvant soumis désormais à des formes, à des lois, à des procédés qu'il n'avait pas avant. Nous pouvons d'autant moins nous méprendre en ceci, maintenant, que les contemporains euxmêmes nous l'attestent. A un siècle et demi de date seulement depuis la féodalité, on avait perdu le souvenir, le sens même de l'ancien état : le moine qui, vers l'an 1000, rassemblait et recopiait les titres de Saint-Père de Chartres, se hâte de consigner au premier feuillet que les situations, les devoirs, les liens civils, les mots de la langue, tout a changé dans ce qu'il

transcrit : a roili conscripti ab antiquis babuisse mi-

a nime ostendunt illius temporis rusticos bas consuetudines « in redditibus quas moderni rustici in hoc tempore dignos- « cuntur habere, nec ne habeni vocabula rerum quae tune « sermo habebat vulgaris. »

S 3. — Origine propre da servage.

Gonstitivint, on le voit, un état personnel nouveau, qui cadre avec une situation politique et des faits civils parfaitement distincts des anciens, le servage doit donc avoir aussi sa nature à lui et sa nationalité. Ce serait le mal connaître que de le tenir pour une altération pure et simple de l'esclavage. Ceux mêmes qui l'envisagent ainsi ne le font pas sans de certaines réserves. Généralement, en effet, on ne conteste guère qu'il ne dérive d'une autre tradition que celle de l'Orient et de Rome ; mais on lui attribue rarement, en tant que manière d'être des personnes, un rôle qui ne soit pas subordonné à la tradition latine. On l'a appelé d'un autre nom que celui par lequel était désignée à Rome la non-liberté, mais sans voir précisément en lui une forme nouvelle et originale. Sans faire attention qu'en ne le regardant que comme un mode adouci ou dégénéré de l'esclavage on reconnaissait l'esclavage pour l'état primitif du travail partout, on a le plus souvent accepté que de ce dernier état, tel qu'il existait d'après les lois romaines, à la servitude du moyen âge, il y auniquement, quant aux effets, la différence de plus à moins, quant a l'histoire, une descendance pure et simple dont le colonat forme le degré intermédiaire.

A ce que cette opinion prévale ou soit réformée, il n'y a rien moins, cependant, qu'une question de génie national, dont la solution doit changer l'aspect des faits dans des points essentiels. Elle importe surtout à l'histoire de la sociabilité en France, où l'on voudrait trouver des formes correspondantes aux doctrines morales ou religieuses premières, une constitution organique des personnes d'accord avec les principes d'individualité si fortement accusés dans la psychologie druidique, et si profondément établis dans la tradition de la vieille Gaule celtique.

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