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défendues soua ses yeux avec autant d'ardeur contre une prétention autrement impérieuse. Lorsque, dans la pensée de Louis XIV au faite d*ua ptouToir aimé et glorieux s'était montrée l'idée qu^à la pleine puissance sur les volontés correspondait logiquement celle sur les biens de toute nature, on avait vu paraître la Lettre sur tètat de Flndouetan (i), où, à cette menace d'une directe univereelle qui eût transformé dans toutes les mains la propriété en simple usufruit, son auteur opposait, avec une force janiais égalée auparavant, k valeur morale de l'individu, son droit de posséder à soi les choses qu'il a produites, et avec une autorité de démonstration qui seule attesterait le sens et l'efficacité de l'administration sous laquelle il écrivait, par le tableau le plus saisissant, le plus pris aux choses, des énergies productrices que la personnalité recèle, de la misère matérielle et de l'infériorité des époques et des lieux où elle fut méprisée, du fonds et de l'avenir qu'elle assure aux nations où son développement forme et anime les ambitions, Tutilité sociale de la possession-propre qui la sanctionne et la fertilise. Non-seulement, cette profonde tradition d'individualité toujours vivante en France, mais toute la force de fait et toute l'audace que donne une active et fructueuse application des intérêts dans ses voies, s'élevait là contre la pensée royale. On n'y reculait pas à dénoncer dans la propriété du souverain sur toutes les terres la cause première de la décadence des Etats d'Asie, et, mettant en regard la condition faite par a ce mien et ce <c tien qui se trouvent dans nos royaumes » et l'état de « ces c< autres royaumes où ils ne se trouvent pas », à montrer la culture perdue dès qu'ils cesseraient, les villes devenant informes, les arts oubliés, les esprits sans ressort, une
(1) Attribuée à Bernier et imprimée à la suite de ses Voyages, édit. de 1830, t. I.
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exaction continue et progressive la nécessité universelle (1). On a cru que Colbert s'était attiré cette lettre en demandant à Bernier, pour l'idée de Louis XIV, des raisons que sa connaissance de rOrient, où elle était en pratique, rendrait de plus de poids ; il Finspira, bien plutôt, pour faire reculer cette fausse autant que funeste ambition de la puissance (2). Dans la notion intime des réalités qui s'y manifeste, dans les frappantes peintures que, sous l'apparence orientale, elle fait de la France aux temps seigneuriaux ou pendant les désordres de l'inégalité et du faste de cour» on sent une érudition sociale inconnue alors hors de la vie d'État, des connaissances
(1) Bernier résamait en quelques mots l'histoire sociale jusqu'à lui, mais comme on n'eût pu le faire alors, si l'esprit inspirateur n'en avaiipasélé réveillé et rendu à ses forces par l'action gouvernementale dans quelque direction économique ou civile qu'elle se fût portée, quand il écrivait pour conclusion : c Ainsi je dirai en trois mots qu'éter cette propriété des terres entre les par-
< ticuliers, ce serait introduire en même temps, comme une suite infaillible, « la tyrannie, Tesciavage, l'injustice, la gneuserie, la barbarie, rendre les « terres incultes, en faire des déserts, ouvrir le chemin à la ruine, à la des- « truction du genre humain, à la ruine même des rois et des Etats; et qu'au « contraire, ce mien et ce tien, avec cette espérance qu'un chacun a qu'il « travaille pour un bien permanent, qui est à lui et qui sera pour ses enfants, « c'est le principal fondement de ce qu'il y a de beau et de bon dans le « monde. > Il donnait également en quelques mots la pensée qui avait conduit sans cesse le gouvernement dans ses belles époques, quand il ajoutait : « Celui qui jettera les yeux sur les divers pays et royaumes, prenant bien
< garde à tout ce qui suit de cette propriété des souverains ou des particu- « licrs, il aura trouvé la première source et la cause principale de cette « diversité si grande que nous voyons dans les divers Etats et empires du « monde, et reconnaîtra que c'est, pour ainsi dire, ce qui change et ce qui « diversifie la face de toute la terre. »
{'2) Elle recula, effectivement ; elle ne se produisit que douze ans après Colbert, et quand il ne restait à peu prés plus aucune trace des principes qu'il avait établis et des résultats qu'il avait amenés. Ce fut même dans un édit purement fiscal (août 1692, sur les francs-alleux). Le rédacteur, au reste, semble avoir copié les Mémoires et instructions pour le Dauphin, qu'avait écrits Louis XIV, et où il disait : « Vous devez être persuadé que les rois « sont seigneurs absolus et ont naturellement la disposition pleine et entière « de tous les biens qui sont possédés aussi bien par les gens d'Egli&e que < parles séculiers, pour en user en tout comme de sages économes. > {OButrès de Louis I/F, édit. de 1806, t. II; p. 93.)
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et une passion qu'eût eues seul quelqu'un ayant participé ou puisé aux vastes informations préparatoires des grands édits ; et il ne parait pas qu'on dût se tromper beaucoup à y reconnaître sinon la plume même, la dictée de celui qui écrivait ces édits (1). Cette pièce ne fût-elle que l'œuvre libre d'un publiciste, elle manifesterait du moins le courant des idées : adressée à Colbert comme à l'artisan de tout ce qui s'était fait d'heureux, elle le désigne en tout cas pour le gardien autant que pour le créateur des précieuses conquêtes qu elle défend.
Et quel hommage plus vrai ? Tout ce qui mettait obstacle à la personne dans son labeur ou ses intérêts propres réduit ou attaqué ; la conscience et la sécurité du droit, le sentiment de la dignité et de la valeur propres doués du plus puissant ressort par les grandes assises où le trop long règne de Tabus, de la concussion, de la violence seigneuriale était venu finir dans l'infamie (2) ; l'individu, cultivateur, ouvrier, commerçant, producteur à un titre quelconque ayant vu les mobiles ou les forces qui le soutenaient ou rélevaient rétablis, fortifiés, accrus ; quels résultats pouvaient plus marquer de ce caractère les onze années pendant lesquelles on venait de suivre sans obstacle, sans mélange, sans intervalle ses plans ou son impulsion? La culture encouragée sans cesse, spécialement où les circonstances l'avaient le plus atteinte, partout, grâce au mou vement communiqué aux choses, s'était ouverte une activité jamais plus grande, les consommations d'une société qui
(i) Beaucoup l'ont pensé, et un livre, publié en Hollande quand l'œuvre de Colbert avait disparu dans la ruine sociale qui suivit sa mort, l'établit à peu prés positivement. (Voir les Soupirs de la France esclave qui aspire après la liberté, Amsterdam, 1689.)
(2) Les Monitoires de la chambre de justice de 1661 et des Grands-jours de 1&65, furent lus dans toutes les paroisses, allant, du haut des chaires, marquer publiquement, d'avance, ceux qui avaient fait descendre si longtemps tant de peines et de maux sur les campagnes.
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n avait jamais été si également et si universellement animée venant ajouter des stimulants encore inconnus à tous ses autres avantages (t). Dès 1669, la France possédait un bétail rt abondant que non-seulement l'étranger n'y trouvait plus, coihme avant, à placer le sien, mais qu'elle était « en état de lui en vendre » (2). Les terres devenues productives à pro» portion, leurs fruits rendus plus certains par le respect du travail, par une sévère réglementation des chasses (3), mieux utilisés et dès lors plus multipliés grâce à une législation des douanes et des débouchés très-attentive, un développement immense de l'aisance privée avait déterminé un mouvement parallèle des transactions, élevé partout la valeur. Tout ce qui se vend ou s'échange, charges, propriétés, produits, tout ce qui accuse le libre jeu de l'activité humaine, les entreprises, les mariages, la popidation, où lui-même indiquait qu'on cherchât la mesure de la prospérité publique parce qu'au moins le défaut de confiance ou de force, sinon toujours une yéritable misère, s'y révèle très-vite (4), tout cela s'était partout accru dans des proportions considérables.
La terre surtout avait eu part à ce mouvement. Le cultivateur retrouvant l'aisance, acheter, remplacer, étendre le bien abandonné ou vendu par force avant était devenu son but ardent, quotidien. Aussi assistait-on à un- continuer mor^ tellement du fief ; et non plus cette fois la bourgeoisie seule.
(I) De 1661 à 1664, malgré la disette, le rendement des impôts de consommation et de circulation, aides, douanes, péages, s'était accru de 3 millions de livres, sans augmentation d'un seul droit. Voir Forbonnais, sur Tannée 1663.
{2) Lettre de Côibert à l'agent français à Londres, citée par Forbonnais, iWd., et qui se trouve m extenso dans la Corresp. administ., uhi suprà.
(8) Voir Ord.des eaux et forêts sur celle matière : la cha&se y est interdite foriDellenMnt sur les terres cultivées.
(4) LeitrÉ à Tinltjndant de Guieuue, en 1682, qui disait les charges ex- •eeuives daas sa province en vue d'une diminution au principal de la taille. Ibid,
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mais le peuple des campagnes Toperait, les moindres s'y créant un centre nouveau de travail et de famille. On en a une preuve frappante dans la levée des francs-fiefs. Il oe s'agissait plus, comme sous Mazarin, de riches bourgeois à qui leur vanité en faisait acquitter sans regret toutes les accrues. 11 fallait quitter ces traditions où le fisc aux .abois avait trouvé alors si aisément une ressource ; le moindre excès, maintenant, était sensible. En 1674, les circonstances n'étant plus si favorables, le conseil d'Etat croyait nécessaire, pour écarter du cultivateur une cause sérieuse de gène, de se plaindre dés abus de leur perception, disant que si on ne la réglait mieux, « il y aurait non-seulement bien des parce ticuliers, mais des communautés hors d'état de payer la taille » (1) ; c'était au village agricole que le domaine noble échéait à cette heure .
.§ 2. -* Gommeot cetta œuvre écboua à son tour contre la résUtance des
principes sociaux.
Le travail établi ouvertement, et comme jamais, sur l'intérêt et le droit individuels; la vie rurale largement assise sur la propriété; l'immunité en aucun temps aussi contenue dans ses cadres légaux; lés plus efficaces, les plus chers principes de sociabilité reconnus et la personne pourvue, comme elle ne Tàvait pas été encore, de moyens de progrès et de stimulants ; rindividualité, enfin, sous une loi que la plus large égalité compatible avec la constitution traditionnelle gouvernait, rendue autant qu'elle pouvait le vouloir alors, responsable de la richesse publique et de la force sociale, la France, en 1672, reposait sur ce fond économique et ce droit fécond , tandis que d'ailleurs une politique élevée autant qu'heureuse l'entourait d'éclat. Elle apprit vite combien peu valaient les
;i) Ibid. Lettre de Colbert, conseiller d'Elat, au contrôleur général.
conquêtes relatiYement si grandes que marquait cet état florissant (1), pour une existence moins facile et plus onéreuse que les circonstances et la sagesse gouvernementales ne l'avaient faite depuis douze ans. Ainsi rééditiée et ravivée, relativement aux choses, elle n'était encore, comme on l'avait vu sous Richelieu, que juste au point d'équilibre des facultés productrices avec ses besoins. Depuis 1670 les grandes dépenses militaires, et, chez le roi, un faste croissant ainsi que moins d'éloignement pour les distinctions de classe et l'inégalité anciennes dérangeaient déjà sensiblement cet équilibre. Le trouble s'augmentant alors rapidement, il fut à proportion moins possible de maintenir la justice administrative ; les charges, accrues, absorbèrent bientôt la part d'avances et de subsistance nécessaire à la reproduction ; le revenu territorial diminua ; et pour garder aux ressources du trésor le niveau qu'il fallait, on vit Colbert, contraint de sortir de ses voies propres, de reprendre l'expédient détestable des em-r prunts à gros prix, des aliénations et anticipations de recettes, porter lui-même le désordre dans les intérêts qu'il avait mis tant de patriotique étude à relever.
En 1675, dans la Bretagne soulevée par les exigences fiscales (2), les excès où soit leurs besoins plus grands, soit leur luxe sans frein poussent les seigneurs, suscitent l'insurrection des populations rurales contre eux, à côté de celle des bour-
(1) A d'autres égards, un état bien loin encore des vraies notions du droit et de la dignité de rhomme! A côté des lettres sur les colombiers, n'en voiton pas où Colbert traite de la vente comme esclaves, aux tles, de malheureux condamnés en France comme faux-sauniers! — Corresp, administ., tM., p. 38.
(2) Coup sur coup la création de l'impôt du timbre, l'augmenUlion de ceux sur le tabac et le sel, le rétablissement des lods et ventes sur les échanges. — Colbert croyait, par ce dernier impôt, amoindrir le poids des di£Gicultés publiques pour le cultivateur : il le motivait sur la nécessité d'améliorer les revenus des seigneurs, afin qu'ils fussent plus en état de payer les taxes de «îonsommation. C'est un des nombreux indices du peu de ressort que laissait l'état social.