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principes de cette eonstitation : on serait tenté de dire que sa plus grande utilité résida, en portant cette activîtéau plus haut point, à faire Voir avec plus d'évidence qu'en aucun temps sous quel inextricable réseau de droits acquis ou de faits indé* lébiles ces principes l'étouffaient.
De partout, en effet, on touchait en quelque sorte les mailles de ce réseau fatal ; son action stérilisante ressortait dans toute sa puissance, et Ton éprouvait avec quelle force il résisterait comme une trame inusable, à toute réforme pr(^onde. — D^ abord le règne indestructible que la distinction de noblesse et: de roture assurait aux conséquences économiques de Tiné* galité, la génération subtile et vivace de l'immunité. Combien elle maîtrisait les efforts, grftce à ce qui restait de Torganisme et des principes féodaux dans la monarchie et à ce qui en était passé dans les idées et dans les mœurs publiques par la législation de la Renaissance ; comment à mesure qu'on la chassait d'un point elle savait se refaire et s'enraciner à un autre, cela était patent, irrécusable à tous les ;yeux qui ne s'y fermaient pas sciemment. La persistance que Coibert avait mise à la poursuivre sous toutes ses formes, à tous les degrés, la guerre qu'il lui avait faite dans les lois générales, celle qu'il lui avait livrée chaque jour sur tous les points à la fois en y portant les intendants par ses circulaires, les moindres subordonnés par une correspondance incessante et par des récompenses ouvertement promises, données avec éclat (1), faisaient voir, ntam^ tenant, bien au delà des sphères gouvernementales, quelles entraves elle mettrait à l'avancement social et au développement de la personnalité^ tant que son principe même resterait.
(1) Les lettres da recueil Depping Bufflraiehl seules, quoique peu nombreuses, à donner l'idée de cette génération vivace, incuraJdle de TinégaUté et de ses conséquences stérilisalrices. On la voit incessamment renaître, et on sent plus d'une fois, chez Golberi, comme la conscience d'une impossibililé radicale à la dompter avec les moyen» dont il dispose.
Non moins démontrées étaient l'oppression et la profonde prise des vices que soit ce principe et la vitalité qu'il donnait à tout ce qui formait ou pouvait se constituer privilège, soit le passé même, le mode d'agrégation et de gouvernement de la société, maintenaient dans les rapports économiques. Autour de tous ces centres indépendants qui avaient servi de point de départ à FEtat, de ces unités restreintes et fermées qui, constituées côte à côte dans le moyen âge, plus ou moins étendues ou fondues depuis, s^étaient toujours maintenues malgré la communauté de vie, d^intérèts par lesquelles l'administration royale les avait reliées ; autour de la seigneurie, de la commune, de la province, il s'était établi, comme parallèlement aux privilèges de personnes, un système de privilèges de lieux affectant la circulation, les échanges, le travail d'impositions multiples. Un nombre infini de douanes, de péages, d'octrois où, de même qu'autrefois dans la seigneurie, l'abus avait pris, autour de l'entreprise fiscale née pour leur exploitation, des proportions correspondantes à ce qu'il était dans les autres parties de l'organisme, représentaient alors ces anciens intérêts dans la centralisation monarchique ; et malgré la préoccupation continuelle et la tentative réitérée de porter là la simplification ou la réforme, Colberi les voyait, à la fin de son ministère, avec les plus diverses perceptions et un inextricable enchevêtrement de rouages et de droits. Enchérissant ou embarrassant la consommation, ils faisaient à la production des limites très-étroites qui tenaient le travail dans l'impuissance. Résistantes comme tout ce qui, dans cet état social, était avantage, autrement dit abus privé, ces limites, en effet, mettaient au développement économique des arrêts insurmontables, au moment même où les faits, la vie politique, la complication de l'existence générale exigeaient qu'il eût un progrès constant. Un antagonisme usant une somme de forces énorme existait ainsi entre la vie matérielle et la vie m<H*ale
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de ia société : Tinstrument et l'idée de progrès, le gouveraement et les tendances publiques y ayant plus de ressort que les intérêts, elle portait en elle cette radicale impuissance de tout corps qui ne s'alimente point à servir les passionsqui l'animent. Avec la sujétion et les privilèges de classes, cet antagonisme formait le mal constitutionnel sous lequel dépérissait en définitive, tout en avançant , la France féodo-monarchique. C'était lui, surtout, qui avait exigé la continuelle réglementation du prix des choses, ces moyens dont parle Louis XIV, « d'obliger « les particuliers à ouvrir leurs magasins et à exposer leurs a denrées à un prix équitable » (1); et il les érigeait encore en doctrine de gouvernement, bien après Colbert, à cause des nécessités où il plaçait la consommation. C'est lui qu'atteste à toute date, depuis la Renaissance, la demande de consommateurs qu'on a vu la culture renouveler sans cesse : la si grande importance constamment attachée par elle à l'exportation à l'étranger, notamment, n'a pas d'autre source. Comme élever les frais était sa conséquence immédiate, obligée, le revient de la production atteignait très-vite un taux où les particuliers ne pouvaient acheter : restant ainsi sans rétribution, elle s'amoindrissait ou cessait dès que le marché extérieur lui manquait. Les historiens nous disent que les cultivateurs voyaient la guerre avec joie; la même cause l'explique : dans les troupes qu'il fallait nourrir elle assurait un débouché. — C'est aussi pourquoi, hors de ces moments exceptionnels, à des reprises diverses la taille, toutes les contributions purent être moins hautes, plus égalisées, mieux perçues, les prélèvements seigneuriaux restreints et contenus, sans que cependant la culture en profitât sensiblement et s'animât. La consommation ainsi grevée, les charges pour chacun tardaient trop peu à se trouver au-dessus des moyens de consommer; le cultivateur qui ne plaçait plus sa denrée était sans profits comme si elle
(1) Mémoireê.U I, p. 262.
lui eût manqué, sans intérêt à produire plus que sa subsistance ; et, comme le fisc s'appauvrissait à mesure, sans que les exigences auxquelles il devait suffire diminuassent, comme il devenait plus exœssif en raison même de ce qu'on était moins en position de le payer, cette production de la subsistance se limitait encore jour par jour.
Voilà comment les conditions de personnes et de choses dans la société du dix-septième siècle viciaient, et progressivement, les rapports économiques. La culture, tout le travail à sa suite s'y voyaient enfermés dans un cercle où l'air, si l'on peut dire, devenait moins viable à mesure qu'ils étaient contraints de chercher à vivre plus haut. On a vu combien avait été rebutant, bien des fois, pour les grands hommes aux mains de qui l'administration de l'Etat était venue, de leur procurer une rémunération suffisante pour les stimuler aux entreprises, ou pour les renouveler seulement ; comme à vouloir créer l'instrument d'action, le gouvernement par lequel les choses seraient déplus en plus pliées à des conditions plus favorables, eux et les intérêts qui les avaient soutenus de leurs besoins, de leur passion s'étaient vite et rudement heurtés à ces barrières oppressives. Le temps d'épuiser l'audace ou les nécessités de réforme dont chaque génération apporte en elle l'innéité et qqe l'Etat mit ses frais d'existence au-dessu3 des progrès opérés, ce qui ne tardait guère avec la sève d'expansion qui l'animait, et l'on avait toujours butté aux m^mes impossibilités sociales. A ce terme infranchissable échouait Colbçrt. A son tour, il. usàit^sa science, sa sppériorilé administrative, s^ patriptique volonté à ouvrir à la production, dans le. réseau si entre-croisé (1) que non l'immunité seule, mais les
(1) Il ne faut que voir le tableau qu'il fait lui-même de la muttiplidtô et des abus eu quelque sorte insaisissables des/isrm^^ etp^a^e^, dans sa note Vour rendre compte au roi de l'état des finances en 1680 (Cf. Forbonnais, sur 1683), pour juger quelle complication ruineuse pour la consommation
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droits privilégiés de transports et de consommation faisaient peser sur elle, un chemin suffisant pour qu'elle foumtt aux dépenses d'Etat, progressivement accrues tandis qu'il avait fait s'accroître Ténergie sociale. Les mailles qu'il brisait se refermaient derrière lui ; la disette semblait naître de ses oeuvres les plus dévouées. Même quand ^ après la paix de Nimè*^ gue, l'élan de ses réductions audacieuses avait élevé la recette du Trésor de quinze miUions en une année par le seul réta* blissenient des intérêts, il resta impuissant à assurer le ressort à la culture, n'aboutissant guère qu'à attirer sur ses règlement tations Taccusation étrange d'avoir systématiquement avili le prix des produitsdu sd pour rendre à la manufacture la vie plus facile. Celui qui la lui a imputé avec le moins d'injustice et le moins longtemps dit « qu'il diminua la misère des agricul- « teurs plutôt qu'il ne les enrichit d : ce n'est ni assez, ni surtout moralement exact. Il les laissa presque misérables, arrivant à l'être du moins, après les avoir trèsK^rtaiQement enrichis ou doués d'une vitalité» d'une puissance d'action, et de résignée qu'ils ne connaissaient pas avant et qu'après lui ils n'eurent plus : on le mesure surtout un peu plus tard, quand on les voit succomber tout à fait.
Lia vérité, c'est que dans les conditions économiques qu'imposait l'état social, élever les prix resta au-dessus de son pourvoir. Le blé garda bien sous lui, de 1665, c'est-à-dire les disettes issues de Fouquet finies, jusqu'à 1685 une moyenne supérieure de près de 10 livres à celle dont l'avait fait jouir Sully (1), et relativement /c'était le même cours; mais ce cours, par le haussement des charges (2), avait cessé d'être
ses continuelles réformes lui laissaient encore, impuissantes à franchir une limite que la seule reconstitution politique et sociale de l'Etat aurait pu renverser. -— Voir en particulier l'article Convoi de Bordeaux,
(1) Ce prix moyen fui de 22 livres environ.
(2) Le chiffre de la dépense d'Ctat, qui était de 60 millions de livres en 1661, montait à KM) millions en 1680.
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assez rémunérateur pour que l'épargne et les entreprises que l'épargne nourrit se formassent. D'une part, le moindre accident de récolte devenait disette ; de l'autre, les prix étant déjà trop hauts pour les facultés de consommation communes, les prélèyements qui grevaient cette consommation, les difficultés qui Tentravaient résistant à toute réforme nouvelle, si peu que les circonstances élevassent ces prix, les facultés diminuant encore, la production diminuait en retour, et, à proportion, les moyens de soutenir la vie sociale, a En vain désirait-il, » a dit très-bien Forbonnais, « que la terre mieux travaillée par (( les soins du laboureur soulagé portât des récoltes plus « abondantes, si la gène dans le commerce des grains rendait a cette abondance onéreuse aux fermiers et aux propriétaires. « En vain des coteaux arides se fussent-ils couverts de vigno- « blés, si des droits trop considérables et inégalement répartis a à la sortie pour l'étranger réduisaient le vigneron à rince certitude de payer les frais. » 11 faut, seulement, ne pas ôter au loyal génie de Colbert, comme alors Forbonnais y inclinait à moitié, le mérite d'avoir mis les plus persistants efforts à faire plier ce cercle vicieux en son point générateur même, bien loin de l'avoir reforgé.
Moins d'ignorance historique ou moins de précipitation que n'en mit la science économiste du dernier siècle à reporter aux faits les plus près d'elle les causes sociales de l'anéantissement agricole, lui eussent rendu évidente l'impossibilité, à proprement parler constitutionnelle, qui domptait ainsi, à la fin, la hardiesse et la constance de ce grand homme pour faire jaillir un courant toujours abondant et fécond de sources de production dont nul n'a connu mieux que lui, mieux montré et n'avait longtemps plus accru la génération. Des contemporains qu'à la vérité d'autres principes éclairaient ne s'y sont pas mépris. Un Anglais très-versé dans l'état financier du temps, découvrait dès l'abord, dans un mécanisme
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d'impôts et d'échanges greyant traditionnellement et progressivement le travail, nne force destructive de toute activité productrice, ety de la France de 1669, si prospère^ qu'on eût dite si déânitivement sûre de son progrès, disait qu'elle « ressem- (( blait à ces hommes attaqués d'une maladie de consomption, c( dont la complexion parait vigoureuse et florissante (1). »
Mal incurable, en effet, que cet héritage d'inégalité et d'arbitraire transmis par le moyen âge 1 11 ne s'empirait pas seulement des époques dévoyées ou troublées ; il traversait tout effort. Étant la trame même de la société, il défiait, usait le génie. Nul contre lui ne fût allé plus loin que Golbert. Il a cette gloire rare, de ne s'être arrêlé que contraint, dans l'action réformatrice, et d'avoir succombé, après vingt ans de lutte, voyant toujours un but plus avancé et y marchant (2). Ce qui resta de ce mal après lui était réfractaire à toute action individuelle : il avait touché au germe même, c'est-à-dire à ce qui se défendait par la force d'existence, comme principe constitutif des choses. Là devaient s'user comme lui non Louis XIV, et Turgot, et Necker uniquement, mais la société monarchique tout entière jusqu'au dernier souffle.
(Ij Mémoire de M, Davenant sur la det^ publique d'Angleterre en 1698, avec une comparaison de la position de la France et de la Hollande en ce temps, dans ForboDDais, à la saite de l'année 1715.
(2) Il avait trouvé la taille à 53 millions 400 mille livres en i6à9; il la laissait à 35, l'ayant toujours maintenue de 33 à 41 millions de 1612 à 1674. Il voulait encore l'abaisser de 10 en deux ou trois ans, à 25 millions. (Voir a note Pour rendre compte, etc.)