‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 108 sur 145 · LIVRE III. — DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIII. — § i · texte numérisé non relu

LIVRE III. — DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIII. — § i

C'est ici Tapogée de la politique on pourrait dire royale, qui, contrairement à celle de réformation continue dont la monarchie en tant qu'institution avait été le mandataire en quelque sorte, s'était faite l'agent souvent si puissant, et dont Colbert venait de porter l'action si loin, poursuivait le but impossible d'associer deux choses profondément ennemies : — une grande fécondité sociale, et l'oppression des classes qui Fentretiennent sous un travail de moins en moins rémunéré. Cette politique, qui voulait établir sur l'ancienne hiérarchie de classes et de privilèges une royauté absolue riche et capable du plus grand tôle européen, s'épuise alors tout à fait par son succès même. Elle ne saurait s'entourer de plus de splendeur , mais elle ne laisse plus aucuns moyens pour la soutenir. Elle n'associa jamais plus réellement, mais d'une manière plus désastreuse à elle-même, le respect du privilège d'injustice dans lequel l'ancien privilège féodal s'était réduit sous elle, au sentiment de la grandeur publique ; jamais ne chercha à greflTer autant de fastueuse existence, un brillant développement intellectuel, des lois civiles donnant à la personne le désir ardent de s'élever, sur un régime économique plus propre à anéantir sa vitalité avec les forces individuelles, à mesure même qu'elle avait plus besoin de ces forces en prenant plus d'intensité. Elle porte à l'excès l'état de choses qu'on a vu, sous Mazarin, si destructif de toute production agricole, cette situation où quelques-uns, qui, par la ruine des autres se font plus riches tous les jours, par le luxe qu'ils développent achèvent d'anéantir la culture qu'a bouleversée l'abus, en retirant d'elle pour des consommations stériles la plus forte part des revenus ; où, pressée par ceux qui vivent de ses produits, Etat ou particuliers, en raison même de ce qu'ils sont moindres, la détresse et l'exaction s'y engendrent fatalement l'une de l'autre ; et où, pour ne pas être la proie d'un fisc arbitraire autant qu'obéré, paraître pauvre restant

l'unique moyen, elle tonfibe rapidement à ne chercher dans le travail que la plus stricte subsistance. La pire époque des classes rurales est ainsi celle où la civilisation parait la plus élevée. Ces effets se produisent d'autant plus et plus vite maintenant, que moins qu'en aucun temps la classe au profit de qui se développe de nouveau Vinégalité sociale est placée pour les voir et en disposition de les pallier. Ce n'.est plus le noble ou le seigneur, à vraiment dire, c'est l'agent gouvernemental et rhomme de cour ou de finance, qui bénéficient de cette inégalité désastreuse. Au fisc plus qu'à la caste, l'intérêt de la créer et de l'étendre, à cette heure ; et ce plus rapace des maîtres, plus loin qu'aucun des travaux agraires, plus ignorant de leurs conditions obligées, plus étranger également qu'on ne le vit jamais à des notions économiques utiles, y crée des maux bien plus réels, bien plus sensibles qu'en, aucun temps, la distinction de noblesse et de roture.

Un territoire qui journellement se dépeuplait, la culture abandonnée, toute formation d'épargne privée impossible et les forces d'expansion que crée l'épargne éteintes, la France de Louis XIV était conduite là dès 1 700, y avançant avec une quiétude ou une résolution qui confondent. Les ministres avaient suivi le roi sans résistance, comme sous la pensée positive qu'on allait fatalement, sans, recours possible, vers une fin inévitable dont plus ou moins d'abus n'aurait ralenti ni hâté l'événement, a Vous ne pouvez dire assez de mal de l'é- « dit, » écrivait Ponchartrain en 1693 au président de Harlay, à propos d'une de ces mesures auxquelles il se résignait ainsi découragé; «je conviens de tout avec vous; mais puisque « vous convenez avec moi de la triste et malheureuse néces- <( site qui nous oblige à ce qu'il y a de plus mauvais, je n'ai « que trop de raison de craindre que nous ne soyons forcés de « faire pis; en attendant, faisons donc ce mal-ci (1). »

(1) Corresp. adminitt.y ibid, p 31?, 34 mai 1693.

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