‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 110 sur 145 · LITRE 111. DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LITRE 111. DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIII

tensité à la fois, entraînant dans sa pauvreté la portion des classes immunes même dont les plus grands revenus étaient dans le sol, parce que le cultivateur, atteint dans ses derniers moyens, quelque situation qu'il eût dans la culture, — propriétaire, directement, — fermier, Taccroissement de son impôt dans le cours du bail ayant détruit pour lui tout bénéiice, — métayer, par la diminution proportionnelle de sa part des fruits, — journalier par une moindre demande de son travail, et parce que contraint de céder les fonds acquis pour acquitter ses dettes ou de les laisser en paiement à des créanciers presque pauvres comme lui-même, retombé à l'état mercenaire, il était tous les jours plus sans intérêt dans des circonstances qu'il eût fallu l'intérêt propre le plus avivé pour soutenir ; (i) rien de cela n'a frappé le vieux roi. Il maintient et il laisse s'étendre l'immunité, les oppressions et les barrières sous le poids ou dans le cadre desquelles le privilège étouffe la persomie, comme s'ils étaient le principe de la richesse publique parce qu'ils constituaient autour de lui abusivement une société riche. Les capitations qu'il crée sur les classes auparavant exemptes sont bientôt rejetées sur les taillables comme les autres impôts. Cherchant des sources nouvelles, qui plus est, il va porter dans les parties de la nation moins atteintes, dans la roture urbaine dont les consommations et les salaires soutenaient un reste de production, le même épuisement oii il avait

(1) On le voit parfaitement dans les écrits de Vauban et de Boisguillebert. Tous deux, d'abord, signalent cette décroissance simultanée de la surface cultivée et du produit, par suite de la dépossession du laboureur (ce dernier, p. 190 de redit. Guillaumin, notamment) ; mais ce qui l'atteste surtout, ec sont les exemples dont ils appuient leurs idées. Le cultivateur n'y figure jamais que comme manœuvrier ou métayer, sous de grands entrepreneurs de fermages qui exploitent leur travail: il n'a jamais été vu aussi misérable par des causes pareilles; il est « mal nourri, mal vêtu; il va presque tout « nu, et laisse dépérir le peu de terre qu'il a ou ne la travaille qu'à demi de « peur que si elle rendait ce qu'elle pourrait rendre étant bien fumée et « cultivée, on ne prît occasion de l'imposer doublement. » (Z)<m€, p. 89.)

conduit la roture rurale, sans voir le moindrement qu'il ne fera qu'ajouter de plus grandes ruines aux ruines déjà faites. .

Pas plus que les exemples, les avertissements ne détournent. L'administration royale ne fut jamais mieux et plus inutilement prévenue de ses périls qu'en 1700. Ni l'opinion économique déjà agissante, ni Tàvis desjpremiers, des plus dévoués de ses serviteurs ne peuvent la ramener. Avec la science la plus autorisée et la plus sincère Vauban montrait l'épuisement des peuples, « les grands chemins de la « campagne et les rues des villes pleines de mendiants que « la faim et la nudité chasse de chez eux, r> et l'impossibilité, si Ton ne remédiait à une détresse qui s'augmentait de sa propre formation, « que le travail pût s'y relever jamais (1) ». Non moins fort quoique moins calme, Boisguillebert dénonçait dans sa génération la plus secrète, si je puis dire, l'infécond ité sous laquelle toute ressource avait péri. Ces tableaux trop vrais, dans l'entourage intime même du roi on les mettait devant ses yeux ; la main de Fénelon, celle de Racine étaient employées à les lui faire : cette France qu'on lui dépeint, comme « un grand hôpital désolé et ^ans provisions (2) », impuissante à soutenir son ambition sous le joug d'injustice qu'il y a laissé se refaire, il là rejette une fois de plus dans la guerre ! Da venant estime alors que, pour liquider régulièrement les finances, on eût eu à payer vingt ans le sixième du revenu total, outre le neuvième acquitté en contributions ordinaires. Si la culture, tous les revenus ruraux, presque tout travail ne se fussent vus ruinés déjà, évidemment ce devait être prochain, eût-on essayé d'amoindrir cet accroissement forcé des charges. Cependant, tandis que les mêmes pratiques abusives s'ajoutant au ralentissement de l'échange, à la fermeture de débouchés qu'amène la guerre, entretiennent dans

(1) Vauban, Préface de la Dtme,

(2) Fénelon, dans la Lettre anonyme au roi.

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