‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 112 sur 145 · LITRE III. — DECXIÈVE PARTIE. — CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LITRE III. — DECXIÈVE PARTIE. — CHAPITRE XIII

tioD de rimpuissanccy dans les régions même où la yie s'entretient, avec ces pratiques d'une société agissante, expansi^e, cherchant dans un droitélevéet unitaire une fécondité nouvelle. Ce désaccord des choses resté dans la sphère de Fadministration pure, rinsuccès, qui par le surcroit de charges des corvées devint un peu plus profond, était au moins le seul danger. Il acheva la ruine en se portant dans un autre doms^ine. Jeter ce qui subsistait de fortune dans des jeux de crédit démesurés n'était pas moins aisé qu'exagérer ainsi le gouvernement ou les idées sociales. Les dispositions publiques y portaient tout autant. Pour le personnel des gens d'affaires, de finance, de cour, dont le patrimoine avait ses sources dans le désordre public surtout, c'était de tradition ; c'était pour le trésor une nécessité, toutes les voies ordinaires de recette se fermant. Le tempérament économique de la nation se trouvant ainsi dépravé, les craintes, la sobriété, en quelque sorte la pudeur qu'inspire l'habitude des gains patients et pénibles étant ôtée, une extrême pénurie de richesse régnant à tous les étages de cette société d'ailleurs si ardente à reconquérir sa vie, et l'insouciance de tout labeur sérieux se joignant à une extrême fécondité d'exigences chez ces riches dont les revenus s'étaient toujours formés sans travail, il fut facile de produira le débordement d'agiotjage auquel sont attachés les noms du Régent et de Law. Mais lorsque le peu de capital formé fut absorbé, et que le radical empêchement à ce qu'il s'en créât assez vite eut fait tomber cette impossible imitation d'un pays qui en était muni par une production solide et avivée, la liquidation de l'exhaussement qu'elle avait donnée à des valeurs vaines mit toutes les conditions sociales sous le même niveau d'impuissance. Non-seulement ce qui restait de riches auparavant ne l'était plus; mais un peu d'aisance qui serait venue aux classes productrices de l'extension soudaine des échanges ayant été dévorée à mesure par

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l'impôt, il ne se trouva plus aucune ressource nulle part. Aussi d'Argenson fait-il de la situation des intérêts, aux environs de 1 735, le même tableau que Forbonnais à la mort de Louis XIV, et presque dans les mêmes termes. Dans les campagnes c'est le même abandon de la culture; la même misère dans ses agents. « II faudrait que les villages (c ne fussent pas déserts et que leurs habitants ne fussent pas a eux-mêmes des mendiants, » dit-il à l'occasion de je ne sais plus quel projet de secours publics (1); et c'était le spectacle offert sur presque toute la surface du territoire que retraçait Massillon en écrivant (2) d'Auvergne, à l'insouciant ministre qui hâtait la détresse par une complète indifférence aux abus du fisc et par le plus patent sacrifice du trésor aux traitants : « Le peuple de nos campagnes vit dans une misère affreuse, <K sans lits, sans meubles ; la plupart même, la moitié de « l'année, manquent du pain d'orge et d'avoine qui fait leur « unique nourriture, et qu'ils sont obligés d'arracher de a leur bouche et de celles de leurs enfants pour payer leurs a impositions. J'ai la douleur chaque année de voir ce triste « spectacle devant mes yeux, dans mes visites... C'est à ce « point que les nègres de nos Jles sont infiniment plus heu- « reux qu'eux, car en travaillant, ils sont nourris et babiUés, a eux, leurs femmes et leurs enfants, au lieu que nos paysans, « des plus laborieux du royaume, ne peuvent, avec le travail a le plus rude et le plus opiniâtre, avoir de pain pour eux, <c pour leur famille et payer les subsides... » D'aucune condition, même de celles où rien des souffrances publiques n'est jamais ni prévu ni senti, on ne trouverait en ce temps une peinture qui ne révélât l'inquiétude ou le malaise; mais il n'y en a pas qui inspire plus d'éloignement que celle des classes

(1) Considérations sur le gouvernement de la France^ p. 255.

(2) En 1740. La lettre entière se trouve dans la Description de VAuvergnet par Dolaure.

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