LIVRE m. — DEUXIÂMB PARTIS. — CHAPITRE XIY
ditions les meilleures là où le travail profite sans avances aucunes par la seule fécondité du sol et la certitude des débouchés, le propriétaire contraint de descendre les baux presque au tiers de ce qu'ils étaient au temps de Colbert (1) ; le rendement réduit dans les sols les plus fertiles et les mieux placés à sept fois la semence, et, dans les médiocres, la donnant à peine quatre (2); — cet état agricole honteux d'une société qui n'était pas alors la plus brillante seulement, mais la plus élevée par les conceptions intellectuelles il en était donné partout, minutieusement, avec des détails cent fois répétés, la rebutante peinture ; et aux hautes classes comme à F Etat le secret de leur pauvreté, aux classes rurales celui de leurs misères y apparaissait écrit profondément.
Pour chacun, noble, privilégié, taillable, à quelque place qu'on fût dans la société, étaient rendus ainsi palpables les vices constitutifs dont elle mourait, ce cercle fatal dont l'étreinte depuis tant de temps y étouffait tout effort. Devant les anciens riches se dressait l'improductivité forcée d'une culture accablée de frais par la constitution sociale, à laquelle cependant ils avaient retiré le capital, Tencouragement même de leur présence, et qui, sans moyens que le travail purement manuel, n'avait pas même la rémunération de ce travail. Au Jîsc public était une fois de plus montrée la génération progressive de la pauvreté inhérente aux lois de privilège. Pour les classes rurales, enfin, se révélaient on peut dire, tant l'habitude ou la trame épaisse des choses leur voilait à elles-mêmes la cause de leur mal, pour les classes rurales se révélaient Texploitation impie de leurs labeurs par les autres classes, tout l'odieux de rillégitime sujétion qui vouait leurs biens, leurs per-
(1) Letrosne, ubi suprà, cile une terre de l'éleclion de Confolens affermée, en 1665, pour an prix équivalent à 2,956 liv. de son temps, qui n'a pu être louée, en 1747, que 900 liv.
(2) Administ. des terres, p. 25.
sonnes, leur activité entière comme exclusivement aux charges d'État, leur travail à des redevances privées myltiples n'ayant en aucune manière pour fondement la tenue des fonds, une protection quelconque, nul titre justifiable. Pour tous, enfin, cette évidence s'accroissait de ce qu'à côté de cette analysé, à laquelle les écoles les plus opposées donnaient plus d'efficacité encore par leurs débats mêmes (1), on voyait indiquées d'autres conditions, un état normal où, sous le règne d'institutions moins injustes, les intérêts étant avivés, la liberté naturelle sans entraves, la culture mieux pourvue, son travail plus purssant, l'existence aurait tout le ressort, toute l'utilité que lui conce- Tait l'esprit, tine prospérité dont les souvenirs réveillés de Sully, de Colbert, de tous les beaux moments d'autrefois augmentaient l'impatience, lui donnant un prix plus haut en proportion même de l'affreuse décadence où l'on se sentait. Pour tous les hommes, à tous degrés, était visible ce qu'avant quelques-uns seulement avaient découviert, le lien des institutions avec le bonheur privé, la fécondité que le désordre social ôte à la terre, et dans quel cercle infranchissable d'oppressions se soutenant ou se remplaçant l'une l'autre l'organisme public, ce régime de distinction des personnes, de fiscalité légalement injuste, de privilèges de douanes, de péages,. de patrimoine avait tenu l'individualité et déprimé la nation. En chacun le principe même de la société, l'inégalité sous toutes ses manifestations à la fois, dans les rapports privés et dans ceux de gouvernements, dans la seigneurie comme dans les iniquités fiscales, était dénoncé avec toute l'ardeur de rintérét ou la passion du besoin, et, en ceux pour qui il avait
(1) C'est ainsi que nul n'a autant démontré les vices des douanes et péages intérieurs relativement à la production, que Galiani dans ses polémiques contre le libre commerce étranger, et personne plus que Necker ceux di3 la propriété telle qu'elle était constituée, en reprenant contre les physiocrates le thème de ses détracteurs alors oubliés.