LIVRE m. — DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IIV
reconstitué la pire servitude, Toppression des choses eu face d'idées ou de lois donnant la pleine notion et une excessive ambition de la liberté personnelle, dans ces classes rurales en un mot comme implorées maintenant par cette société mourant de faim, haïe avec toute l'énergie du droit.
(3. — Rénovation économique et juridique
C'était là le génie social nouveau. Comme il a pris les intérêts et les idées il prend le gouvernement, et en lui la dernière force qui lui manquât» Bien avant que Turgot n'en fût fait pour un jour l'artisan illustre, par les pires ministres même et les pires actes il y avait changé le terrain économique. La royauté déchue, par lui tournée vers la culture comme vers la raison d'Etat, et y prenant sa ressource ainsi que les intérêts y avaient trouvé leur expédient, avait fait servir à ses vices mêmes le plus radical des principes qu'il apportât. La création, dans les Généralités, de Sociétés qui deviendraient le centre des intérêts ruiaux (1), l'agiotage et l'avilissant négoce de blé que Terray et le roi firent au moyen de la liberté de commerce et d'échange marquent, en efiet, le commencement de son action sur les choses par le pouvoir public.
Dans la série des édits royaux, l'année 1760 semble un faîte élevé d'où se dessine soudainement un autre horizon. En deçà celui des désordres et des expédients de fisc, de tous les détestables moyens de faire vivre la société par l'accablement des taillables ; au delà, une succession de mesures n'ayant pour fin que la restauration de l'individualité dans la culture par l'allégement des charges de toute sorte, fiscales, réelles, juridiques, et où bientôt prédominent
(1) Arrêts du conseil des 24 février, !« mars, 12 mai 1761, établissant les Sociétés d'agriculture des Généralités de Tours, Paris, Lyon; du 21 mars 1762 créant celle de Monlaubân, etc.
424 HISTOIRE DBS CLASSES RURALES EN PRANCE.
sans conteste les intérêts et matériels et moraux de ses agents. Ces intérêts, dans ce mouvement rénovateur, trouvent des artisans directs à qui une grande science des réalités et un amour profond de Thomme donnent un rôle considérable; mai^ ils sUmposent à ceux mêmes qui sont le plus loin de poursuivre une réorganisation fructueuse de leur pays, ou qui auraient le moins de penchant à la chercher dans leurs voies. Ce n'est de personne en propre qu'ils dépendent, mais de l'opinion. En elle seule l'initiative à cette heure. Elle continue par l'action gouvernementale ce qu'elle a fait dans le domaine des idées, venant aii pouvoir au même titre qu'autre-, fois les grands hommes qui s'y étaient vus porter; et à sa place un autre de ces grands hommes serait sorti alors de ces sphères d'État où avait été uniquement jusque-là la divination de la pensée sociale, si l'on peut dire, qu'il n'y eût pas apporté plus de suite et d'ensemble. Elle y plie toutes les volontés, les plus divergentes même ; ainsi que dans le domaine des discussions pures elle avait fait concourir des sentiments contraires aux mêmes fins, elle s'appuie des contradictoires, de Turgot comme de Neckfr, de Terray ou de Calonne comme de ceux-ci; et bien davantage encore qu'on ne Ta vu dans les autres grandes restaurations opérées par le pouvoir royal, elle emploie ce pouvoir à décrier, quand ce n'est pas à détruire, l'organisme social dont il s'est fait le centre.
Les grands actes si justement célébrés du règne de Louis XVI ne sont là que des points saillants. Quand on a franchi ce premier plan qu'entachent encore les vices de la décadence, ces édits qu'on croirait parfois écrits sous la dictée de Quesnay et qui ne furent cependant que le moyen de cette chose déshonorante qu'on a appelée le Pacte de famine, à tous les degrés et dans toutes les directions de l'activité sociale, sous l'impulsion des besoins, des idées, des passions surgies de la radicale et universelle critique qui s'opère, se dé-