‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 13 sur 145 · LIVRE I. — * GHAPITKB II · texte numérisé non relu

LIVRE I. — * GHAPITKB II

contenue. On ne voit ainsi rien que de fondé à dire que ces principes, innés et puissants dans rOccidenl, dons FOccideot gaulois en particulier^ autant que s'approprier la personne humaine fut un principe incontesté dans l'antiquité latine^ donnèrent là rhomme à la terre, à la glèbey autrement à la culture, au iieu de l'attribuer àVarbitrairedispositionderbomme, 6t créèrent cette législation toute calculée pour le développement individuel, dont le servage est Teipression dans le régime des personnes, dont on verra que la communauté familiale le fut dans celui de la propriété et de Thérédilé, et qui mk son empreinte jusque sur les liens purement politiques en fondant sur la pleine liberté civile la clientèle, le cosiela^e, dépendants au contraire, serfs en quelque sorte dans la sociabilité romaine. Chez ces peuples, en eCTet, quoiqu'ils fussent fournis de captifs par la guerre, quoique certains, comme les Francs dans la Gaule jusque vers le dixième siècle, les Danois et leurs successeurs en Angleterre bien plus tard (1), aient soumis ces captifs à des conditions voisines de l'esclavage, les principes et les modes d'asservissement suppressifs de toute individualité ne s'établirent jamais ; le peu de manifestations qu'ils y eurent ne leur donna jamais qu'un rôle d'exception et passager ; ils* en fussent restés inconnus, peut-être, si Rome ne leur en avait pas apporté et, dans une certaine mesure, imposé ses réglementations subtiles autant que savantes.

On arrive ainsi à conclure, et les découvertes de l'éruditioo y autoriseront de plus en plus, que le servage fut la continua-

(1) Gaérard, Prolég. d'Irm,, §§ 148, 169; Àppendtx, p. 363.— Blakslone, liv. II. — Les Francs n'étendirent pes rèsclavage ao delà des services dome»tiques; les Danois au contraire en portèrent les effets même dans la vie rnrale, qui, chez eux (*) et en Angleterre, en a conservé les entraves presque jusqu'à notre époque.

(*) Voir UD travail de H. Geffroy sur le servage en Danemark, Revue dtê Demi Mondes, 1854.

tion dans rOccident, à traders les influences romaines, de quelque chose particulièrement propre à la sociélé barbare ; qu'il forma la suite, le déTeloppement normal de cette « organisation primitive et naturelle )> donnée par M. Guizot pour une des sources du colonat (1) ; que de lui à Tesclavage , il y eut la diflërence de deux civilisations entièrement opposées par leur fond , par leur âge , par leur sol pour ainsi parler ; qu'il fut le mode de la non-liberté en tant que condition organique du travail dans le monde occidental moderne, comme l'esclavage l'avait été pour le monde ancien ; qu'enfin il n'eut avec cette possession arbitraire de l'homme à titre de chose ^ en quoi l'esclavage consiste, d'autres rapports que les rapports de contact, le mélange d'effets que devait produire la confusion sur le même territoire et sous une même loi, plusieurs siècles durant, des peuples dont ils émanaient l'un et l'autre. Quant au colonat, qui relativement au droit des per* sonnes forma, on pourrait dire, la légalisation de ce [mélange social, il a servi de pont, en quelque sorte, à la tradition des peuples occidentaux pour passer dans les modes civils du monde latin. Il n'est autre chose, en effet, que l'application à la société romaine , par voie de dictature administrative , du principe et des formes habituelles de la dépendance chez les peuples barbares gallo-germains. La grande réforme Dioclétienne, qui l'a généralisé, n'a pas d'autre sens. L'histoire possède dès à présent tous les matériaux pour faire voir que, toute vitalité cessant alors dans l'empire faute de production, parce que le travail était devenu nul, parce que les populations vaincues le refusaient systématiquement sous les vieilles formes serviles, parce que d'ailleurs le manque de sécurité et de garanties le rendait impuissant dans les mains libres, les empereurs, pour le relever et l'établir sur des plans économiques plus profitables et moins discrédités, furent

(I) Histoire de la civilisation en Europe,

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