‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 14 sur 145 · LIVRE f. CHAPITRE If. — § 3. Î · texte numérisé non relu

LIVRE f. CHAPITRE If. — § 3. Î

coDduîts à emprunter à la Gaule la discipline sociale qu'ils y voyaient entretenir des populations robustes , vivaccs , tandis que la leur dépérissait^ et qu'ainsi la glèbe étant substituée à rhomiTie au moyen du colonat comme maîtresse des personnes, Vêlement d'individualité qui faisait le fond du servage pénétra dans l'ancienne servitude autant que la force des habitudes sociales, cette raison d'être puissante que l'antiquité donne aux choses dans toute société compliquée et vieille, pouvait y laisser entrer et s'y former des principes et des rapports nouveaux. Hors de ces idées , on n'a encore trouvé , ce me semble, aucune explication hisU)rique du colonat, les définitions qui ont été données de sa nature n'impliquant en rien la cause et le mode de sa formation (1).

Loin donc que le servage procède de l'esclavage, ou directement, ou , suivant l'opinion commune , par filiation dégénérescentc, il a son origine et sa virtualité propres. C'est au contraire lui qui, en tant que seul état de dépendance compatible avec les aptitudes de civilisation des peuples occidentaux

(1) Ce qui précède concorde, quant aox points principaux dn moins, avec les, vues indiquées par M. Gaizot, avec la théorie que M. Cb. Giraud a donnée, avec ce qu'ont professé M. Laferrière dans sa nouvelle édition de l'Hûtotre dvi droit français, et M. Valroger, dans son Cours à l'École de droit de Paris. Mais, en général, les auteurs ont plutôt indiqué les circonstances publiques qui avaient nécessité le changement dont le colonat fui l'expressipn dans l'organisation du travail, qu'expliqué le caractère historique de cette institution : je cherche à le faire ici. M. Wallon, par exemj)le, qui, en parlant un des derniers dans sa belle Histoire de Vesclavage, a voulu écrire une théorie définitive, n'est arrivé, somme toute, qu'à mettre un peu plus en relief ses causes sociales ou politiques immédiates. Cette origine administrative qu'il lui attribue, et où il voit une des faces de l'œuvre d'immobilisation forcée qui marqua la décadence romaine (partie II, chap. vu), n*a rien que de justifié, mais ne suffit pas. Pourquoi l'immobilisation, en efTcl, et non tout autre expédient? Pourquoi, dans les rapports du travail, celte puissance de la glèbe, et généralement, en tout, la puissance de la chose fut-elle substituée à la puissance de l'individu, et ne chercha-t-on pas une autre solution moins radicalement opposée aux principes de la vie romaine? On voit la raison d'une solution, nullement la cause déterminante de celle qui fut donnée. Où donc serait cette cause si on ne devait pas l'allribuer à l'empire des principes nationaux, des idées sociales de l'Occident celle et germain?

du Nord, s'introduit dans FesclaYage, et le remplace en y détruisant le principe de Tapproprialion de Thomme qui en formait Fessence. Le colonat fut sa première manifestation aa sein du vieux monde ; mais en même temps , ce fut la source de ses altérations y et la cause qui le transmit au moyen âge aggravé, absolu conune on Fy trouve dans les omunencements. C'est effectivement par le colonat que l'esclavage entra à son tour dans le servage, et put maintenir très-tard certains de ses effets dans les lois sociales des peuples modernes.

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