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ties aptikides propres en la dégageant des influences latines^ . elle mit, à donner à la producticm le^plus d'activité et d'attrait possible, autant de sollicitude que Rome avait mis d'impré*- Toyance à la laisser tarir. 11 n'y en a pas de preuve plus viai* ble que T organisation communiste qui fut donnée à la famiUe agricole serve. Dans le temps même où les droits personnels -du serf étaient le plus limités, on pratiquait par là, dans les relations de culture, une science économique faite pour en remettre l'ceuvre à des mains aussi industrieuses qu'on poubvait les trouver chez des classes non-libres.
Une famille non mobile est divisible comme la famille ci<* vile ordinaire, mais immuable, perpétuelle, se concentrant an lieu de se séparer, accumulant son énergie et ses épargnes dans son propre sein au lieu de les disperser, et qui, se reproduisant en dle-même et s'accroissant, ne cessait d'être jeune et active, telle fut la famille serve. L'indivision et la vie commune, c'est sur ces deux conditions que sa constitution reposa. Hors d'elles il n'y «eut ni hérédité, ni testament, ni mariage réel pour le serf. On fit de la cohabitation, de la communauté de travail et de gain, et de la non-division perpétuelle des in^ térèts en toute espèce de biens, la condition essentielle de scmi existence : la famille fut comme dissoute et les libertés civiles perdues dès que, par le fait d'un seul, soit durant la vie, soit à la mort des parents, les mêmes pot y feu, sel et chanteau cesrsèrent d'en rassembler tous les membres. En cet être collée* tif, en cet individu*famille, toute vie, toute action, tout progrès résidèrent. 11 acheta, vendit, bénéficia, s'éleva ; il eut les sti« mulants de l'ambition, les satisfactions de l'épargne ; il put modifier à son gré ses tenures, ses fonds, sous l'unique réserve des redevances promises ou des coutumes dues. Chaque membre, chaque pareennier (1) y eut ainsi un intérêt, une
(I) « Parcennier se dit de toute personne qui est associée avec une antre pour tenir ménage en comman ». Brnssel, Usage dit fiefs^ liv. II, cbap. xii.
activité propres. Ces attributs de personnalité ne furent pas sans des limites certainement étroites, eu égard à celles que comportait l'état libre ; mais relativement à ce qu'eût donné une dépendance assez peu libérale pour ne pas les admettre, telle que Tesclayage, c'étaient des limites fort larges, les plus larges qui pussent être conçues alors. On apprécie aisément du reste la valeur de cette individualité à plusieurs, quand on met en regard du laboureur-serf hors de la communauté, à qui rien n'est personnel, de qui nul bénéiSce n'est de droit transmissible, pour qui la vie recommencé à chaque génération dans les mêmes conditions de pauvreté et de peine, le communiste dans lequel elle s'exhausse chaque jour, au contraire, par l'accumulation des gains ou des épargnes, et qui, si son labeur n'a pas la fin et l'attrait privé que les besoins modernes commandent, n'en voit du moins partager les fruits que par des intérêts formés avec le sien ou dérivés de lui : de cette vie commune à la personnalité complète il n*y a qu'une question d'étendue, pour ainsi parler; ailleurs c'est une question de classe, une différence juridique.
On peut dire, je crois, que le moyen âge n'a mis nulle part plus d'originalité que dans cette organisation de la famille et du travail des serfs ; et par rien on ne serait plus autorisé que par elle à ne voir dans le servage qu'une constitution du travail, dont les garanties mêmes résulteraient des prescriptions privatives ou restrictives de la liberté.
La communauté se manifesta par un chef, major ^maistre de communauté, chef du chanteau. 11 lui fut donné peut-être par le seigneur, dans l'origine ; peut-être aussi Ta-t-elle toujours choisi, comme le faisaient encore les communautés du Nivernais au temps de Coquille. Non-seulement il la représentait vis-à-vis de la seigneurie et des tiers ; mais il la dirigeait comme le père conduit sa famille. Les coutumiers du seizième siècle le font assister pour cela, en tout ce qui n'est
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pas du domaine masculin, par une femme, nommée de la même manière, mais hors de sa puissance maritale ou de son autorité d^ ascendant direct. Userait difficile que le régime des communautés de cette époque fût tout à fait le régime primitif. Quoique jusqu'à 1 789 les éléments sociaux aient été modifiés plutôt par diminution que par changements, quoique notamment le personnel du servage se soit amoindri sans que ses théories perdissent rien de leur absolu, évidemment il ne faut prendre qu'avec une certaine mesure, comme Findication de ce qui existait au moyen âge, des tableaux faits longtemps après, les détails de Coquille, par exemple, sur les associations que formaient en son temps les serfs ou les bordeliers (demiserfs) du Nivernais. Il n'y a rien que de probable, cependant, à dire, soit que la communauté, quand elle s'installa dans les manses de la tnlla, reçût pour chef le villicus ou major chargé antérieurement d'en diriger la culture et d'en percevoir les revenus pour le propriétaire, soit que par imitation elle-même l'institua. La difierence put venir, entre autres, de ce que la communauté fut constituée sur le domaine et sous la direction propre du maître, ou bien dans des villœ et sous une exploitation moins irresponsable. Les documents manquent, au reste, pour une opinion précise. Toutefois on rencontre dans les textes deux ordres de majores ; l'un qui est bien évidemment le fonctionnaire du seigneur, son intendant, l'autre qui est beaucoup moins sous sa dépendance : on peut citer, parmi les derniers, le major désigné au chapitre XXX VI du capitulaire De villisj et ceux tantôt serfs, tantôt colons, tantôt affranchis, tantôt simples mainmortables qui, dans le Pdyptique d'Irminon (1) ou dans le Statut de Corbie (2), figurent et répondent pour l'ensemble de la villa. — La majorissa se trouve dans la Lex salica (3) ; au Cartulaire de Saint-Père
(1) II, 2; V, 3; XXIV, 2, el Prolégomènes, p. 449.
(2) Liv. II, chap. i.
. (3) XI, 7$ à la suite des Prolégomènes,
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de Chartres, elle se présente avec des fonctions font à fait analogues à celles de notre mattresse de communauté (1) . J'ajoute que les populations dont l'état social actuel, comme celui des slayes russes, représente assez bien les lois du moyen ftge féodal, en faisant régir leurs communautés familiale, par un père et une mère électifs, autorisent à penser que ce mode de nomination du chef est dans la tradition même des peuples de l'Occident septentrional, et a dû prévaloir par là dans les communautés serves de la France.
Ce communisme rural si éloigné de nos conncepticms et de nos intérêts actuels, et qui en France a été le fait de cuttîvi»* teurs libres comme de serfs, a trop éveillé la curiosité de rhistoire pour qu'il soit déplacé de chercher ici à en fixer les causes, le caractère, les effets, à dire d'où il est venu dans la société féodale, ce qu'il a été et ce qu'il a valu par rapport aux situations antérieures. Sans faire de l'organisme propre à cette société un éloge contre lequel protestent les sentiments et l'utilité de notre temps, on doit y louer l'entente des besoins économiques. Dans les cadres du colonat tel que le lui transmettait l'époque carlovingienne, le travail ne possédait ni l'énergie, ni la cohésion nécessaires pour servir de base à une civilisation nouvelle. Il offrait une force négative dont le fief avait pu s'aider pour dissoudre l'autorité de Charlemagne, mais où il n'eût trouvé que l'aliment d'une lutte stérile s*îl se fût contenté de l'introduire en lui sans éteindre ses tendances précoces à l'individualité (2). Quel était alors le régime agricole?
(1) Pag. 476, 666, 674. — Cf. Coquille,, sur iVtMmaw, lit. Jû0scommmw^ tés, an. 6, et Questions et réponses sur la coutume, 87.
(2) Dans un travail qu'on voudrait voir achever, M. A. Beugnot, en se jwéoccupant surtout du côté poliliqufi du seignorat, a parfaitement indiqué l'ol^stacle que les habitudes sociales présentaient à la formation d'un Etal vigoureux, après l'anarchie carlovingienne : « ..... Si Ton repoussa l'esclavage comme trop dur, dit-il, le colonal devait aussi être repoussé eommt trop favorable, et parce qu'il tendait à introduire dans la société une classt d'hommes incompatible avec l'assujettissement féodal ». {De la formation dêS
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GoloD OU serf à un degré quelconque, détenteur des domaines, pour parler plus généralement, le cultivateur était dans les exploitations sous une sorte de conduction tacite qui lui en laissait la jouissance à charge de redevances ou de services tant que le propriétaire avait intérêt à la lui maintenir; un grand nombre à la discrétion de celui-ci, pouvant être congédiés ou surtaxés ; les plus avancés s'y trouvant en vertu de contrats temporaires, viagers, .centenaires, à Timitafion de ceux du droit romain impérial, ou en vertu de tenues héréditaires dans lesquelles la succession avait été réglée, ses éven^ tualités prévues pour plusieurs générations dès le jour du c<mtrat. Suivant sa force propre, suivant l'utilité qu'on attendait de lui, suivant des circonstances nullement uniformes, chaque détenteur a tâché' de se garantir plus ou moins contre ce que sa possession avait de précaire ou de pénible, de s'assurer le plus complètement ce qu'elle présentait de favorable. Beaucoup, dans ce but, s'étaient associés, tantôt pour se donner les bénéfices d'exploitation au-dessus des moyens d'un seul, tantôt afin de maîtriser les chances ou d'affronter les charges du travail. Les Cartulaires offrent au onzième siècle plusieurs exemples de ces associations [coloniœy colonicœ)y soit entre colons, soit entre colons et serfs ; celui de Saint-Germain des Prés, entre autres, en fait connaître une de trois familles colones, formant en tout douze personnes, associées pour la culture de dix-sept bonniers de'terre {!).
Le vice de ces situations, pour le temps, c'était la diversité, le peu de règle fixe, trop de latitude. Mobiles, à la merci du
municipalités rurales; Revue française de 1838, p 292.) Ce qui est vrai de rintérôt politique à cet égard Test bien davantage de riatérdt éconoBoique, lequel resta certainement la préoccupation capitale à l'époque dont il 8'agit. S*il n'y eût eu qu'une question politique entre le régime seigneurial et celui qui comportait le colonat mitigé dont je parle, il n'est pas dtt tout certain que la victoire fût restée à la seigneurie. (1) Polffptyqw, chap. ix, n« 215.
caprice de l'individu, elles étaient aussi à la merci des circonstanceSy si changeantes alors et si brutales, des abus, des violences du potens de qui elles dépendaient ou des fonctionnaires par qui le pouvoir public les faisait régir. Ce travail sans cohésion et incertain, aussi impropre à constituer un ordre économique solide que les éléments auxquels il correspondait Tétaient à édifier une autorité publique de quelque force, le seignorat féodal en s.'établissant devait les combattre comme un mal social mortel ; c'est pourquoi, après avoir enveloppé dans les liens uniformes du servage ces cultivateurs sans loi fixe, il les assit dans les cadres de la communauté familiale. Pour éloigner les dangers d'une vie individuelle qui fût restée peu utile faute d'être assez sûre, il voulut ôler tout essor au travail serf isolé ; il lui ferma tout avenir civil hors de l'indivision, tandis qu'en elle il lui assura les attributs les plus» attrayants, l'horizon presque entier de la vie libre, la propriété, l'hérédité, le vaste domaine des conventions et des échanges. Le moment vint vite où cette individualité impersonnelle, complexe parut une gêne, et fut évitée comme un empêchement à la production ; mais alors c'était une institution précieuse, dont l'utilité voilait totalement les vices, et qui, en concentrant le travail, en l'accumulant d'une manière obligatoire dans la famille, en lui garantissant dès lors la vitalité attachée, en ce temps, à la certitude de recueillir et de posséder en propre les fruits, eut l'immense résultat d'incruster la vie civile dans le servage de manière à ce qu'elle ne pût plus jamais en être retirée, et les classes rustiques au sol plus profondément que n'avait fait aucune des situations antérieures de la personne.
Je ne doute pas que si l'érudition parvenait un jour à mettre assez en lumière l'histoire du seignorat pour qu'on connût les préoccupations qui diclèrent ses divers établissements, on ne vît très-pertinemment dans ces motifs économiques la icause