‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 29 sur 145 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

SfTDATION RESPECTIVE DBS SEtFS ET DIS LIBRES DiilS L'AGRICCLTOUK.

Le servage avait envahi toutes les provinces, aussi bien celles où, l'ancienne loi romaine étant restée plus suivie, on pourrait croire que la tradition du eolonat avait dû persister, que celles où dominèrent les habitudes sociales de la Gaule et de la Germanie. Les textes ne permettent pas de mettre en doute qu'au-dessous de la Loire il n'ait remplacé Fancienne condition d'une manière tout aussi complète qu'en deçà. Les Coutumes du Comté de Toulouse, le Statut de Provence de 1304 semblent ne reconnaître d'autres personnes, parmi les agents agricojes, que les c< adscriptitii^ seu servi vulgariter «c angarii^ aytt de corpore vel casalagio homines », en d'autres termes les serfs de corps ou les serfs de glèbe auxquels est donné pour loi le caselage^ c'est-à-dire d'être attachés au sol absolument (1). Les Usatici de Barcelonne, les Anciennes coutûmes de Bordeaux (^ 131, 139), les usages de l'Entre-deuxmers de Guienne (2), le grand nombre d'actes d'affranchissement enfin qui se rencontre aux douzième et treizième siècles dans Thistoire du Languedoc, fournissent en ce point les documents les plus affirmatifs (3).

(I V. le SttOitt daiu Girand. tfûf. du éroi* françaU, t. II.

{t) Mamucrit dv WolfenbuUel, édit. Delpit, d» 43, 497, 501.

(3) Voir la grande Histoire de D. Vaisselle, édii. du Mégre, notatnmeirt le

Quand la communauté familiale devint le mode habituel de Texistence sociale pour les serfs rustiques, sur toute la superficie du pays on voyait donc, dans Tagriculture, des agents que leur condition civile et économique rendait parfaitement reconnaissables, comme serfs, entre le petit nombre de cultivateurs libres que le temps comportait. Le& propriétaires avaient fait deux parts de leurs possessions : Tune formant le domaine^ et où ils résidaient ; Tautre composée de leurs tnllœ. D'abord Fexploitation s^était divisée ainsi : dans les villœy des serfs se trouvaient établis sous la conduite ou la responsabilité d'un intendant {villicfMy major) y chaque famille ou chaque individu en âge de faire famille attachés juridiquement, à toujours, à une culture plus ou moins étendue, et s'y renouvelant d'eux-mêmes comme le cheptel : sur le domaine adhéraient également (prœdiis adhœrebant) des serfs dont le propriétaire faisait lui-même valoir, dirigeait, exploitait le travail et le croit. Un premier progrès avait rejeté dans les villœ les serfs du domaine, et donné à tous de certaines latitudes, un degré de responsabilité personnelle, sous la condition que chaque Yamille, chaque détenteur d'une exploitation [manscy meiœ y couture y masure y etc.) donnât au domaine un nombre de journées de travail déterminé [corvées) ; d'autres progrès avaient ensuite restreint ces corvées de chaque semaine à chaque saison rurale, puis à chaque année (i). Ces latitudes dans l'œuvre agricole, l'objet, le nombre, le temps, l'estimation de ces corvées qui ont continuellement varié pendant la durée du servage, toutes conditions, en définitive, qui marquent les transitions de cet état à la liberté, cela créa à la fraction de sol au sujet de laquelle elles se produisirent chacune une obligation de tenure qui l'a suivie, qui s'est incrustée en elle comme le cachet de

liv. XXVI, 897 ; et MU» de Lézardière, Théorie, etc., Preuves ôa t. III, p. 467 . (1) Tôuiceci amplemenl développé par M. Guérard daos ses Introductions aux Gariuiaires.

Page 1