CHAPITRE IV
DÉCADENCE ET ABOLITION DD SERl^AGE EN FRANCE.
§ 1. — Date et raisons diverses de raflfranchissement.
C'est au milieu du treizième siècle, seulement, que des raisons multiples, souvent contraires, commencèrent à donner simultanément aux serfs ruraux et à leurs maîtres le désir et le besoin d'abolir le servage. Avant, ni la réprobation publique dont les entraves qu'il mettait à Tactivité personnelle et à la richesse étaient devenues l'objet dans les actes d'affranchissement, dans ceux surtout émanés des plus hautes seigneuries (1), ni la liberté reconnue dans la plupart des domaines à un certain nombre de cultivateurs, ni l'éclat dont elle brillait dans les bourgeoisies n'avaient été des stimulants assez forts pour tourner les intérêts vers un changement d^état. Comme ces esclaves latins qui refusaient de Justinien le droit de cité à cause des misères où il entraînait (2), les asservis se montraient froids devant les perspectives du vilainage ; et la plupart des seigneurs n'eurent que depuis saint Louis les raisons qui les portèrent à affranchir. Il fallut, pour déterminer la réaction des intérêts agricoles contre la servitude,
(1) « Consuetudo gravis et omnimodo exasperans », lit-on dans Tafifranchissement de Boarges, 1224. — On n'a qa'à voir, du reste, les Préambules des actes de celte nature.
(2) Code, liv. III, lit. ii, | 25.