‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 4 sur 145 · ESPBIT ET PLAN DB L*OI]VEAGB. IX · texte numérisé non relu

ESPBIT ET PLAN DB L*OI]VEAGB. IX

la plénitude de l'égalité et de rindépendance juridiques ?

Aucun effort social, on le iferra, n'a été plus soutenu. Dans les lois, dans la constitution générale, dans les rap* ports civils, la France a fait aboutir chacun de ses progrès à rendre toujours plus possibles, enviées, universelles l'appropriation du sol et la jouissance d'un même droit. C'a été, de la dissolution de l'empire carlovingien au 4 août 1789, un travail pour ainsi dire ininterrompu, par lequel elle se distingue essentiellement entre les autres sociétés européennes . De celles qui s'y sont appliquées à son exemple, nulle encore n'approche de ses résultats : il a fallu la dernière imput&ion politique qu'elle leur a donnée pour les avancer un peu sensiblement vers un but que, depuis plus d'un demi-siècle, elle a constitu- . tionnellement atteint, et dont, bien plus, sur différents points de son territoire, elle a vu commencer les réactions. On peut penser qu'elle a dû la lenteur de sa civilisation à avoir mis ses destinées sociales dans cette voie; du moins y a-t-elle trouvé sa solidité, ayant créé ainsi, jour par jour, d'un peuple assis sur l'indépendance originelle des personnes et sur l'inégalité, un peuple qui a désormais pour fondements l'égalité et la liberté personnelle les plus absolues.

L'histoire des classes agricoles n'est autre que celle des faits par lesquels celte association de l'homme avec la propriété en vue du droit a été peu à peu si indélibilement produite. Elle offre ainsi l'histoire même de la sociabilité présente en ce que cette sociabilité a de plus attesté et plus caractéristîque. On ne saurait regarder beaucoup aux événements sans reconnaître, que la gesta-

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tion de la France moderne a eu ces classes pour s^ents opiniâtres, on peut dire- héroïques. Il semble, tant on les trouve mêlées aux efforts qui décidèretit sa constitution, que -son développement fut conduit sur le plan même de leurs propres labeurs , en vue et en raison à la fois des conditions qu'elles lui firent et des conquêtes qu'elles s'assurèrent. À quelque moment que l'on s'enquière d'elles, on les voit soigneuses d'avantager leur possession, et, par leur possession, affermir ou étendre l'existence civile. Successivement d'esclaves serfs, main* mortables, libres, propriétaires, souverain, elles dégagent à tour de rôle et F un par l'autre tous nos éléments so^daux d'aujourd'hui.

Comme chez aucun peuple encore, la possession de la terre n'a rempli ce rôle, ni sa détention ou sa culture pris une efficacité pareille, comme dès lors nulle part le tableau de l'histoire agricole ne reproduirait avec autant de vérité les vicissitudes sociales et ne donnerait du passé, des conditions actuelles, de l'avenir même, à beaucoup d'égards, une mesure aussi appropriée, c'est dans cet ordre de relations des accidents de cette histoire avec le mouvement général de la civilisation que j'ai dû chercher le lien qui .y unit les choses et qui gouverne leur cours. Ces faits latents, que M. Guizot montrait comme présidant à l'enchaînement des faits réels, ces « faits qui « ne sont écrits nulle part, que l'érudition ne rencon- « tre point dans ses études.*... que l* esprit philoso- «phiquene cherche qu'avec péril, mais qui n'en sub- « sistent pas moins, et qui doivent être saisis et mis « en scène pour que l'histoire soit complète et vi*

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« vante (1), x> dans la matière de ce livre, il m'a semblé que là seulem^it ils résidaient et pouvaient être entrevus. Si, par la préoccupation de les découvrir, j'ai su ajouter à celte matière un peu delà valeur que l'illustre historien attribue à ces, raisons voilées des choses, on devrait trouver ici, sous la limite des connaissances historiques actuelles et de mon aptitude à les utiliser , par quelle série d'événements^ de situations successives, de c4>nditions de droit ou d'industrie la personnalité sociale s'est formée» déve* Iqppée et si fortement établie en France sur la possession du sol.

Que si l'on prenait ailleurs le fondement de>la sociabilité, ou si l'on ne tetiait pas les vues de ce genre pour im*i portantes à l'histoire, du moins reconnaitrait-on, j'espère, à un travail qui s'en est inspiré, outre l'intérêt d'érudition, celui d'avoir fourni aux débats dont la pro* priété a été et sera encore Tobjet à cause de sa conti* nuelle individualisation, l'autorité scientifique qui leur a manqué. Que l'on admette ou non, en effet, que la civilisation française se caractérise par cette incessante création de la personne sociale au moyen de la propriété, qu'à peu près seule en Europe, jusqu'à ce siècle-ci, elle a laborieusement cherché là sa base, la possession individuelle du sol, de plus en plus répandue, universalisée^, n'est pas moins une réalité puissante, appuyée déjà sur une tradition très-forte, formant bon gré, malgré, désormais, le lit du développement ultérieur, offrant dès lors à l'étude un intérêt de fait considérable, et dont les causes ou les conséquences s'imposent aux investigations,

(1) Sar le Mémoire n» î.

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de l'historien. Or, bien que débattu à l'excès par les intérêts économiques ou- poli tiques, vanté ou décrié ardemment tour à tour, tandis qu'il s'emparait des choses, ce fait n'a pas encore eu d'histoire ; objet de polémiques passionnées, il ne l'a jamais été de l'érudition ; fait capital et sujet des préoccupations les plus graves dans la société, ni un jugement tout à fait sûr, ni des prévisions autorisées n'ont pu encore en être portés. Introduit, par la recherche des anciennes conditions agricoles, sur le théâtre même où ce fait s'accomplit, on devait donc en observer les phases pour en découvrir les raisons d'être et les probabilités, ^i je n'ai pas réussi par là à conquérir un titre auprès des publicistes, que ce'soit au moins mon excuse vis-à-vis de l'érudition pure pour l'avoir, contre ses habitudes, transportée sur un pareil terrain. Je ne crois pas, d'ailleurs, qu'elle pût être compromise et même qu'elle ne dût point gagner quelque chose, ne fût-ce que perdre un peu de sa sécheresse, au contact des questions qui s'y agitent.

L'Académie, en fixant le treizième siècle et la révolution de 1789 comme les points extrêmes de ce sujet, en avait indiqué les vraies limites et le cadre le mieux approprié. Le développement social ne s'étant opéré en France sans invasion nouvelle d'éléments étrangers, dans son unité caractéristique, que de l'une de ces dates à l'autre, c'est alors seulement que les classes agricoles ont pu y participer avec suite, et leur condition, soit serve, soit

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libre, en ressentir efficacement Finfluence. Pour rvimplîr ce cadre, il n'y avait pas de plan préférable au plan même du temps. C'est celui de la vie; et cpiand il faut, comme ici, rendre sensibles dans les faits la simultanéité et une extrême complication, il révèle la vie en eux d'une manière plus satisfaisante qu'aucun plan artificiel. Voici de quelle manière mes recherches ont été pliées à cet ordre naturel des faits et seront présentées ici.

Dans un Premier Livre^ après avoir circonscrit le su* jet en déterminant l'époque, les personnes et les choses auxquelles il se réfère, je m'applique à préciser la place que la propriété et ceux qui la détenaient ou la cultivaient occupaient dans la société féodale. -- En général, je n'ai pas toujours mis les preuves à côté des assertions. J'ai dû affirmer souvent, supp<»ser mon lecteur familier avec des faits qui sont, ici, des préalables obligés, et réserver les détails aux parties ou aux temps peu connus. Pour l'objet de ce premier Livre, surtout, oiiil s'agit des rapports du moyen-âge avec l'époque antérieure, les ouvrages des érudits du dernier siècle, ceux de M. Guizot, si profonds malgré leur brièveté, ceux de MM. de Savigny, Naudet, Wallon, et bien d* autres tous les jours résumés et vulgarisés par la littérature historique, ont mis la science et le public en possession de connaissances très^xactes et aussi complètes peut-être qu'on les puisse envier, relativemcait à des temps où la multiplicité des traits et réloignement ne laisseront jamais pénétrer un jour également clair partout. Il était facile d'y introduire ou d'y indiquer quelques aspects nouveaux ou. différents, qui dégageassent davantage des conditions, des

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