‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 41 sur 145 · LIVRE III. PRBIIliRB PARTIE. — CHAPITEB IT · texte numérisé non relu

LIVRE III. PRBIIliRB PARTIE. — CHAPITEB IT

ressources à la mise en valeur des terres, à quelque titre d'ailleurs ou moyennant quelque part des fruits qu'il les tint. Cet arrangement en quelque sorte obligatoire de la vie privée, qui affecte les rapports de la famille et la capacité de la personne en vue de garantir l'exploitation rurale, tient évidemment la première place entre les choses de nature à influer sur la culture et sur le sort de ses agents.

J'ai indiqué déjà, on verra en détail au chapitre suivant, que les modes de travail ou du partage des fruits qui succé* dèrent au servage ne furent pas partout ceux qui conviendraient à la liberté. J'ai dit que faute à Tindépendance de trouver dans les faits la sécurité que promettait le droit, le vilainage avait approprié ou reçu à son usage des formes habituelles à l'état serf , et qui sembleraient spécialement propres à cet état ; qu'ainsi, comme la famille asservie, la famille vilaine avait pratiqué l'indivision et la communauté. Mais cette combinaison des forces individuelles se montra là si universellement qu'on ne saurait l'y prendre pour une imitation des institutions serviles. Le sacrifice de personnalité, l'abnégation civile y sont trop sensibles pour qu'on ne reconnaisse pas dans une telle organisation du travail l'effet de dispositions propres aux peuples de l'occident gallo-romain à de certains états de civilisation et de sociabilité.

On est autorisé à dire que la communauté passa dans le servage à ce titre, et nullement dans la condition libre comme un souvenir du servage. Elle se montre appliquée à la vie libre dans la plus ancienne législation, en quelque sorte dans les usages immémoriaux de ces peuples : « mos in omnibus ferè (( Galiise provinciis obtinuit, » dit une ancienne chronique (i), c< ut seniori fratri ejusqueliberis paternœ hereditatis cedatauc-

(I) Otho Friseng.y cité par M. Troplong dans la Préface da Contrat dr société où, le premier, il a donné du conamaaisme rural au moyen Age ane explicaiion pluusille et digne de la science.

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» toritas coeterisque ad illiun tanquam ad dominum respicien- « tibus. » On en voit plus d'un exemple dans le vieux droit des croisades : la pièce lilxxi entra autres du Cartmlaire du Suint-- Séfukre porte la constitution d^un métayage perpétuel à une association de descendants* et de collatéraux , «... Nemes Suit riano etfiliissuis^ et fiUis fratris sui Antonîî ; x> et c^est dans la faveur et dans le règne incontesté dont elle jouissait, qu'il faut chercher l'explication du Ghap. 227 des Ajssisei de Jérusalem^ chapitre resté jusqu'à présent incompris de tous les commeatateurSy déclaré inintelligible par le savant et ingénieux éditeur de ces textes lui même (1), et qui prescrit le rapport à la succession paternelle de tous gains et acquêts propres à chaque enfant quand l'ascendant n'a pas fait d'avance le partage (2). Il arriva pour la condition vilaine» comme il y avait eu dans le servage, un mom^ où l'on forma moins de ces existences indivises, puis des époques où on les détruisit avec passion : mais àd'autres, c'est du partage qu'on eut horreur. Cesépoques se produisirent chaque fois et durèrent tout le temps que les circonstances portèrent avec elles l'incertitude ou le trouble. Les commencements du travail lil»*e, qudle qu'en soit la date, au début de la société Séodale aussi bien que très-avant dans son existence, virent ainsi le communisme en faveur. Passé le treizième siècle, quand il n'est déjà plus aussi accepté des juristes et devient moins commun, le plus grand nombre des exemples qu'/on rencontre se rapporte à des famUles récemment affranchies, dâwtant dans les entreprises vilaines. On a du reste des présomptions que tel fut le noie de l'association communautaire, en ce que, quapd on la fit dériver tacitement de faits de cohabitation, on se borna à y comprendre les meubles, le patrimoine essentiellement personnel, particulier surtout aux premiers temps de la vie libre, laissant en propre

(1) M. Bensfnot, Àstiset d$ la Cour des RQurgeoit, chap. ccxxvii, notes. (3)Gf.ilimM, T.l,p.633.

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