‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 43 sur 145 · LIVRE III. — PBBMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

LIVRE III. — PBBMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IT

nées : ce 11 y a bien longtemps, plus de mille ans, qu'un « homme, père d'une nombreuse famille, conseilla à ses en- « fants de ne point se séparer afin que leurs biens ne se sépa- « Fassent pas ; qu'ils seraient plus forts, plus riches, si au « lieu de prendre l'un un brin d'herbe, l'autre un fagot, ils « mangeaient ensemble leur herbe et brûlaient ensemble tt leurs fagots. Us engagèrent leur foi d'obéir à ses vœux et a de répéter à leurs enfants les conseils qu'il leur donnait. Le « père étant mort, ils nommèrent pour le remplacer leur Cl frère aîné ; et les enfants de leurs enfants, ayant suivi leur ce exemple, réuni leurs bras pour se défendre et travailler, « leurs herbes dans le même grenier, leurs gerbes dans la (c même grange, leur bois sous le même hangard, ont été a forts, hospitaliers, ont bien vécu et iront en Paradis. »

L'indivision et la communauté comme état usuel de la vie rurale vilaine disparut insensiblement, et, de même que toutes les autres entraves de la personnalité, à proportion que, par les profits successifs du travail et par les progrès du droit, l'individu, se sentant plus fort, éprouva davantage l'ambition de vivre et de travailler en propre. Ce n'est pas que dans les idées juridiques elle ait joui d'une faveur aussi prolongée. Beaumanoir, déjà, se sert des plus subtils détours de son esprit pour la limiter, quoique à la manière dont il en parle on sente qu'elle soit un fait très-général. Mais si ces efforts, qu'inspirait la notion ou l'instinct de la personnalité, avaient en soi une grande justesse théorique et révélaient une vue parfaitement nette de l'avenir civil, ils ne pouvaient encore modifier beaucoup les choses. Tant qu'il resterait des masses serves à établir dans le vilainage, et que le vilainage manquerait de force ou de sécurité, la communauté avait une raison d'être supérieure. Elle fut attaquée avec plus de succès à l'époque de Mazuer. Bien que réduite dès-lors dans l'usage, rendue moins facile par les dispositions légales et proscrite ou déclarée odieuse

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danfi sa formatioa tacite par plusieurs coutumes (1), elle garda toutefois dans la législation du seizième siècle une place qui accuse Finnombrable quantité d'intérêts qu'elle a^ait créa. De faity l'opposition des juristes, touten croissantsans cesse, n'aurait pas empêché que tacitement ou expressément ces ménages indiTis ne fussent devenus partout le mode le plus com* mua des entreprises de culture» Par imitation de la famille^ qui d'abord leur airait donné son cadre, des familles étrangères ou aUiées les unes aux autres avaient peu à peu, pour des entre pnises importantes, formé ces « corapaguies encouTenanciées » dont .parle Beaumanoir (2) ; après quoi les enfants de ces premiers associés entre eux, les alliés et les enfants avec le père ou la. mère survivant, avaient continué en commun l'existence et l'exploitation qui, le plus souvent, se fussent amoindries sinoa anéanties en s'individualisant. Tous les modes de culture depuis la ferme jusqu'aux métayages les plus dépourvus, se sont ainâ développés à l'abri de cette communauté protectrice; les individus en souffrant dans leur personnalité, sans doute, et la quittant ou cessant d' y prendre assez d^ intérêt pour y être utiles quand elle avait réussi, mais la reprenant vite ou s'y tenant avec religion partout où le profit n'atteignait qu'à peine le niveau des besoins. Et en effet, fermiers à temps aussi bien que locataires perpétuels ou emphytéotiques, qu'eussent-ils trouvé de préférable pour eux et pour la richesse publique, quand les vicissitudes de la société, la « fortune de temps » rendaient périlleux ou impossible tout essor personnel, que de rester ainsi sous le même toit, partageant le même sel et le même pain, autour du même feu et du même pot? N'assuraient-ils pas leur travail et leurs épargnes sous celte indivision protisctrice ? Ne s'exhaussaient-ils point patiemment^ lentement, mais de plus

(1) Orléans, 213; — Melan, 224 ; — Laon, 226;,— Reims, 386 : Cf. de Laariére, Glossaire, vo communauté Tacite.

{%) Cbap. XXI, do 30.

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