LIVRE III. PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IV
en pIuS) par la jouissance moins incertaine étant collective des bienfaits de la liberté agricole ?
Aussi, jusque dans le dix-septième siècle, les titres s'occupent-ils fréquemment des communautés rurales, les terriers, les partages de cens mentionnent-ils un grand nombre de (c consorts et corhmuns en biens, d A d'autres indications encore, il est facile d'y reconnaître les traces d'indivisions anciennes récemment rompues. La majeure partie des villages, mas, hameaux, beaucoup de ténements même désignés sur les cartes ou dans les usages locaux par des noms précédés de l'article les, quand ces noms ne rappellent pas uniquement un accident particulier du sol, représentent dans nos compagnes ces associations disparues. Dans le centre de la France, où leurs établissements ne se sont dissous tout à fait qu'en ce siècle-ci, on les voit, comme pressées par le développement de la personnalité au sein des contrées riches ou commerçantes, se resserrer de plus en plus, à mesure que Ton approche de l'époque modefne, sur les parties moins fertiles ou plus abruptes du Nivernais, du Bourbonnais et de l'Auvergne.
'L'absence de l'intérêt individuel dans leur sein devait être partout la cause de leur destruction ; elle y a invité dès que l'existence, le travail et la possession privés, suffisamment garantis dans le droit et dans la réalité, présentèrent leur irrésistible attrait. Mais qu'à part ce défaut tout relatif, et on doit malheureusement dire récent, de comprimer l'essor de l'individu, elles n'aient pas eu d'immenses vertus et préparé à leur nombreux personnel les succès ultérieurs, ni l'histoire qui retrace ces succès , ni quelques vestiges parvenus jusqu'à notre temps ne permettent qu'on le pense. 11 n'y a personne qui'ne connaisse ces Guittard-Plnon, à qui les fantaisies libérales du dernier intendant d'Auvergne firent faire lant de bruit dans les journaux, les livres, même à Versailles, sous le règne de Louis XVI. Ils avaient acheté le fief qui les tou-
chait ; on les eût probablement anoblis ; leur éléyation est^ à coup sûr, un remarquable exemple des garanties puisées parles cultiyateurs vilains, à la continuité de la vie commune. Je sais deces communautés infiniment plus modestes, oùl'aspectd'une aisance sobre, l'utilisation patiente de territoires peu favorisés, la distinction et la dignité extérieure des personnes, plus réellement rustiques cependant, révéleraient mieux peut-être tout ce qu'il y eut de valeur sociale en elles (i). J'en sais aussi de voisines qui, pour n'avoir pas atteint si haut que les PinoD, s'étaient séparées néanmoins très-riches, après en avoir absorbé d^autres qui les' touchaient (2), laissant pour marques de leur fortune de beaux territoires et de magnifiques établissements ruraux (3). On a fait, enfin, des Joux encore communs du Morvan un tableau séduisant, et il est aisé de trouver ailleurs des traits non moins dignes d'être montrés sous des couleurs aussi heureuses (4). Grandes ou petites ces associations aujourd'hui sans raison d'existence, hors des conceptions économiques autant que des notions du droit, restent une des meilleures institutions du passé. Si leur généralité est lapreu ve irréfragable des mauvaises conditions qu'eurent longtemps les entreprises agricoles individuelles, et si leur dissolution de plus en plus cherchée, malgré les avantages qu'elles assuraient, ofifre la plus éclatante attestation du prixqu'eut pour le paysan de France, à toute date où elle fut possible, la personnalité civile et foncière, il faut reconnaître et vanter en elles le plus efficace des moyens qu'eut, pour se former et grandir cette personnalité où réside le souverain but du développement social.
(1) Les Tarenley.par exemple, près de Thiers (Puy-de-Dôme) ; les Danaud.
(2) Les Barulel, entre autres, qui. en lôG9, avaient acheté les biens de Mosnerias, près de Thiers aussi.
(3) Les Bourgades en particulier, à laDardie, entre Thiers et Vollore. Cf. ce que Legrand d'Aussy a écrit sur les Guillard-Pinon dans son Voyage en Auvergne^ et les détails que moi-même j'ai donnés "sur les communautés de ce pays dans l'Ancienne Auvergne, loc. citât, y p. 117.
(4) La république d'Andorre notamment, qui vient d'avoir son historien.