LIVRE III* DECXIAMB PAKTIE. CHAPITRE III. § 2. Î
vail, et que, bien plus, on avait créé des difficultés nouvelles partout où la valeur des choses se modifiait trop, trop vite, trop"? subtilement, ou, pour une raison quelconque, ne se laissait qu'inexactement taxer. Les auteurs de ces mesures avouent maintes-fois le trouble qu^el les portaient par cette dernière cause dans les transactions, et les efforts qu'ils font pour y remédier prouvent combien elles se trompaient dans leurs tarifs; ce qui était forcé, du reste, au milieu de circonstances aussi peu fixes, et dont les changements pénétraient autant au fond des intérêts privés que ceux de cette époque.
Effectivement, avec un système d'administration financière qui mettait la valeur des monnaies à la discrétion du souverain, et qui cherchait dans la variation réitérée de cette valeur ou dans l'altération des espèces une ressource de trésor, ces palliatifs, ni aucune loi économique meilleure ne pouvaient être utiles. Ce système domine, au moyen âge, l'économie publique, et l'enferme dans un cercle fatal d'erreurs qui eurent la plus pernicieuse influence sur le travail agricole. C'est lui, en partie, qui, alors, prescrivait cette continuelle fixation des prix, et qui la rendait particulièrement perturbatrice des échanges, de la production, conséquemment du sort des cultivateurs. Ne donner de denrées ou d'ouvrage que ce qu'en payait réellement la monnaie étant une loi supérieure à toute prescription publique, chaque édit régulateur devenait le signal de tentatives pleines de trouble pour équilibrer les gains ou compenser les perles. Les vendeurs n'offraient plus, accaparaient pour élever la valeur, ou ne vendaient qu'à des conditions supérieures (i) : les journaliers, quand il leur était encore permis de débattre le salaire, s'entendaient pour le hausser; quand il avait été taxé, pour ne donner qu'un travail moindre (2) : il fallait en venir à poursuivre comme délits même
il) « Excessivement ou de graigneur prix,» dit Tord, du 29 nov. 1330. (2) Ord. du 18 mars 1330 et de nov. 1354.
les approviâionneraents privés, à annuler toute Tente faite hors des marchés publics, à abolir le commerce de détail en interdisant tout bénéfice de revente, à fixer le prix et le nombre d'heures de la journée pour Fouvrier des champs, à tarifer toutes les céréales alimentaires (1), et à refaire sans cesse ces <K modérations de vivres et salaires », qu'on essayait presque toujours vainement de maintenir par de a grosses amendes contre ceux qui les trépassent. »
Nulle force, en effet, n'eût soumis ainsi les intérêts à des réglementations arbitraires. Les tarifs' de la monnaie, bien plus que ceux des consommations^ bouleversaient les calculs et les profits, gouvernant tqus les échanges parce qu'ils en gouvernaient l'instrument. Dans tous, successivement, on proclame ce résultat malheureux. Us en ont découlé à toute époque, du reste, au quatorzième comme au dix-huitième siècle, en rendant, ainsi que Grimaudet le disait au seiziènie, les contrats, les revenus, les charges, tout incertain, « tout t< l'état des affaires publiques et particulières en suspens » (2) ; et leur mal a eu d'autant plus de portée qu'ils étaient des expédients extrêmes, pratiqués quand une guerre terrible, des famines réitérées, ou, comme dans le temps dont il s'agit ici, quand une peste affreuse ajoutait leurs désastres à son action naturelle. On a dit que les cultivateurs y échappaient en partie parce qu'ils acquittaient en nature beaucoup de leurs redevances et qu'ils profitaient des baisses pour acheter. C'est voir d'un seul côté dçs faits qui, retentissant jusque dans les pli|s minimes transactions, n'épargnaient personne. Des esclaves même, quoique sans intérêt direct, s'en fussent vus atteints,
(t) «.... Granoriim qaibus snstentari x^onsuevit populi moUiludo;» "(fU une des ordQ^nnances si. nombreuses qui ont eu ces réglemexilati^ns poar objet. Voir les ord. de la Chandeleur 1304, de 1305, de septembre 1343, qui ont élé reproduites ou développées au siècle suivant, de 1*408 à i420, el sous Louis XIV, de 1623 à 1716.
(2) Des monnaies^ augmeïU et diminution dHcelUs, ih-8<^, 1586, Voyez préface el pu wtm. > ^ • . .