‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 71 sur 145 · LIVRE III. — DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III. — DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III

forcés de trayail qu'ils auraient été par des mattres désireux de dominer leurs pertes; des cultivateurs dont un grand nombre avait les intérêts de la propriété-pleine, et qui tous avaient les intérêts mobiliers ou d'échange sur lesquels la propriété inviduelle se fonde, ne s'y trouvaient donc que trop soumis. On n'eût pas fait tant de règlements pour équilibrer leurs payements de toute sorte avec les changements édictés, si les perturbations que produisaient ces changements n'(ivaient été ressenties jusque dans les couches les plus inférieures du monde rural.

Ces règlements, d*ailleurs, quand ils ne portent pas avec eux la preuve explicite de ces effets, les attestent par la nature même de leurs prescriptions. L'ordonnance du 3 mars 1350, une de celles qui fixaient les conditions du payement des fermages et rentes agraires en espèces dans le but évident de favoriser les classes agricoles contre ces effets , une de celles aussi qui présentent le plus complet tableau de l'état de la culture à ce moment, est aussitôt suivie des édits de modération de février 1351 et de novembre 1354, où Ton voit que la réduction du salaire par celle de la monnaie a rendu impossible le travail du journalier; que nul ne veut plus labourer pour autrui qu'à tâche, à prix faits ; où l'on apprend que, comme ceux qui n'étaient ni possesseurs ni locataires d'héritages avaient déserté les terres, étaient allés chercher sous des lois moins spoliatrices, une rémunération suffisante, il fallait contraindre « les mendiants et oiseux » à louer leurs bras pour ouvrer le sol, et en venir jusqu'à condamner comme un vol de force physique fait au locateur d'ouvrage le labeur que le journalier donne à son champ à l'aube, avant de commencer la journée, et le soir après l'avoir finie ; parce que i< ainsi vont à l'ouvrage de ceux à qui ils sont par jour tout « travaillés » , dit l'ordonnance dé 1 330 (1 ) .

(1) Préambule, Cf. l'ord. de 1354, art. 2. (0. XI, p. 564.)

Les intérêts vitaux étaient compromis à ce degré quand une guerre d'invasion ajouta ses sacrifices, de grands désastres, l'interruption du travail pendant de longues années. Ce que devint l'état agricole durant cette guerre, le roi Jean en a conservé, pour l'histoire, le lamentable exposé dans l'ordonnance par laquelle il chercha, après le traité de Brétigny, à ramener autour de lui Tordre et un peu de fécondité ; et l'on se demande comment a pu se refaire une société bouleversée à ce point : « ... Entre les autres maux», lit-on dans le préambule de cet acte (1), « avons trové que en nostre dict <( royaume a eu plusieurs divisions et rebellions, roberies, (( pilleries, arçures, larcins, occupations de biens, violences, « oppressions, extorsions et plusieurs autres maléfices et exa ces ; et j[ustice moins dûment gardée, et que plusieurs nou- « veaux péages, coutumes, redevances, subsides et charges, « tant par eau que par terre, outre les anciens et accoutumés « ont esté levez et mis en divers lieux, parquoy les vivres et « marchandises ont esté et sont si chargez que nulx n'en c( peust avoir raison ; et que plusieurs prises, ravissements et « rançonneries de personnes, de vivres, cheval, besles et au- <ctres biens ont esté faits, parquoi les labourages cessent « comme de tout : et aussi que plusieurs mutations et affai- « blissements de monnaies ont esté faits par quoi nostre dict « royaume et peuple d'iceluy a été moult diminué et gasté; a et encore pourrait venir à plus grant destruction et perdi- « tien, se remède n'y estoit mis, quar le peuple de nostre a royaume ne set et ne puet bonnement mener ses marchan- <( dises, sauver son chaptel, ne nulx n'a de quoy il puisse « tenir son estât pour occasion ou affoiblissement des dictes «monnoies et autres griefs et inconvénients susdits... » Les assemblées provinciales et les états généraux avaient exposé déjà les tristes détails de ce que l'ordonnance de 1360

(I) Ord. de 13C0, (0. III, p. 423.)

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