‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 74 sur 145 · AU QUINZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU QUINZIÈME SIÈCLE

Dans une société plus fortement constituée que n'était la France, une anarchie politique semblable à celle des règnes de Charles VI et de Charles VU aurait profondément éprouvé les intérêts ruraux. Ouvrant toutes les barrières devant des éléments vicieux que, même avec le calme intérieur, il eût fallu beaucoup de fermeté pour contenir, ces règnes voient se reproduire le trouble économique et la détresse des campagnes avec une intensité nouvelle.

Abus de la seigneurie, abus du fisc, abus des agens royaux, vols et ravages de Tarmée, toutes les occasions et tous les moyens que laissait la constitution sociale pour accabler le cultivateur et le rendre misérable sont mis en œuvre à la fois. Aussi rhistoire le montre-t-elle partout et presque sans cesse insurgé contre des traitements intolérables. Les tuschins du Languedoc, du Poitou, de l'Auvergne se soulèvent quand les Jacques de Picardie et de l'Artois sont à peine détruits ; la Flandre, l'Ile-de-France, la Normandie, entrent bientôt en rébellion contre des tailles que haussent sans cesse des dilapidations effrénées, nourrices elles-mêmes, comme on le disait, de rapines continues et croissantes (1) ; les populations fuient

(i) « .... Après prodigalité va rapine, sa nourrice, ei la suiipartoul piô à pié. » Discourt de J. Rély aux États de Tours.

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leurs champs que raTagent des pillards à la solde ou à Tordre de leurs propres seigneurs ; la famine, produite par Tabsence de culture, engendre la peste ; il y a une telle accumulation de maux, qu'aux Etals de 1484 les orateurs, en les retraçant, mettent les garanties de la vie servile bien au-dessus d'une liberté personnelle qui porte de tels fruits.

Ces maux sont dérivé^ des. mêmes causes et se sont déyeloppés par les mêmes voies que le roi Jean dénonçait dans l'ordonnance de 1360. L'affaiblissement de la puissance publique a amené l'exaction, celle-ci la dépossession du laboureur, et la dépossession l'abandon du travail. Seulement, la puissance publique n'a plus ici l'excuse des choses; elle s'est d'elle-même et sciemment affaiblie. Toute circulation s'est arrêtée durant le trop long sommeil de sa dignité et de sa prévoyance ; les chemins sont perclus, et les péages devenus le moyen d'extorsions telles que les marchands, en place de les acquitter, préfèrent délaisser leurs marchandises (1). Les cultivateurs ont vu se multiplier à l'excès les hans seigneuriaux, tarifer outre mesure les jouissances usagères, les défrichements, s'accroître parallèlement les exigences du fisc royal dont les besoins ont franchi les bornes anciennes, dont les agents n'ont plus de retenue : la culture succombe aux payements nouveaux, Dans maints endroits, les terres ont été rendues inexploitables par le rétablissement des garennes : «Depuis quarante ans, » dit l'ordonnance de 1413, qui fait coniiaître ces désastres dans les plus grands détails, ce les sei- « gneurs, par force et puissance et par la faiblesse, povreté et <c sinaplesse de leurs subjets et voisins ont fait nouvelles ga- « rennes, étendu les anciennes en dépeuplant le pays voisin (^ des hommes et habitants et le peuplant de bestes sauvages, « parquoy les vignes et labourages des pauvres gens ont esté « tellement dommagiez et gastez qu'ils n'ont pas eu de quoy

(1) Voir ori, da 7 décembre 1380, et art. 244 de celle de 1418.

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