‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 75 sur 145 · LIVRE UI. — DEUXIÈMB PARTIE. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE UI. — DEUXIÈMB PARTIE. — CHAPITRE IV

a vivre, et leur a convenu de laissier leur domicile... (1). » Tous les genres de vicissitudes se succèdent dans ces crises* Après et, trop de fois, avec le dérèglement et^ l'exaction, les efforts, les dépenses, les. désastres de la guerre s'imposent; guerres de seigneuries, guerres d'invasion, guerres royales qui ne ruinent pas seulement l'œuvre agricole par les corn* Ipats ou les revers, mais par les dévastations de la soldatesque. On se fait difficilement l'idée réelle de l'état agricole sous des circonstances pareilles. Que pouvait être la culture, par exem<* pie, quand elle subissait les ravages dont les préambules des ordonnances sur les gens d'armes font le tableau, quand il fallait, comme dans celle de 1437, interdire aux troupes, sur la demande des Etats, de « pilla* chez eux, sur les chemins, ou « rançonner nobles et laboureurs..» de prendre par réquisition «c les laboureurs, leurs bœufs, chevaux ou autres bestes de « harnais et labour ni autre bétail. . . de détruire les blés, vins «( ou vivres quelconques, les empirer, les jeter en puits. . . de « couper les blés ou les battre en herbe ou en épis, couper les fk vignes et arbres fruictaux, mettre feu aux gerbes, maisons, «foin, paille, ustensiles, abattre couvertures de maisons et « charpenterie pour s'en chaufier . . , (2). » - Et tel est l'enchaînement des choses, que des règnes très-répressifs des abus seigneuriaux et fiscaux accablent néan* moins les campagnes d'obligations excessives, y détruisent la fortane privée. Prcftégée, relevée à beaucoup d'égards par' Louis XI notamment; la culture n'est pas moins bouler versée, et^vec elle une foule d'existences, partout où il livre batâiUe à la grande féodalité; Dunod retrace longuement les désastres qu'il porta en Bourgogne, la plus- avancée alors, là plus riche de nos anciennes provinces, parce que le seignorat y avait eu, depuis Philippe le Bon, des traditions éminemment

. (!) Art. 242. Cf. orà, d'octobre 1404, et da 2 nov. 1439, art. 86 à 44. (2) Art. 6 à 16. Cf. lespr^faroft. des ord. de 1388, 1470, 1485, 1498.

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agricoles (1) ; Masselin émut les Etats de Tours au récit des malheurs de la Normandie ; le roi lui-même dépeint ce qui avait été souffert partout, lorsque, envoyant monseigneur de Boulogne en Auvergne afin de détourner ce pays de la ligue du bien public, il lui donne pour instructions a de faire « valoir les désastres des guerres passées, la destruction de la a plupart du royaume et des gens de tous états ; tant de villes, a villages, églises destourbées et abandonnées, de femmes «c forcées, filles violées, notables et riches hommes venus en «1 mendicité, avecque autres maux infinis et innumérables, « dont tout le royaume se sent encore et se sentira dliui à c( cent ans (2).

A ces tableaux que tracent les Ordonnances ou les documents publics, les chroniqueurs ajoutent des détails lamen* tables, et, preuve de Tétendue du mal, ils ne sont en cela que l'écho de la littérature populaire. Le religieux de Saint-Denis, Froissart, Juvénal des Ursins, Monstrelet ne font que reproduire un genre d'écrits oublié depuis Fépoque du pur seignorat. Dans des Complaintes qui rappellent le roman de Rou, et qui se débitent de toute part, on menace d'un déguerpissement universel le roi, les seigneurs, les bourgeoisies : le vilainage rustique, à bout de privations et de patience, va laisser sans travail, sans denrées ces classes injustes qui les oppriment sous les jeux de leurs passions ou sous le poids de ' leur cupidité : a Tout avons pris en patience, » dit la Complainte du pauvre commun et des pauvres laboureurs^ a mais « nous fuirons ; nous sommes plus de cent mille qui voulons « tourner la bride et, à votre tour, sans châteaux ni villes, a vous crierez : hélas (3) ! »

(1) On peut voir sur cela Commines,Jf<fw., liv. !«', chap. ii,IV,chap.xiii,V, chap. XII, sur la prospérité rurale de ce pays, de 1360 à 1485.

(2) let/ffl d'avril 1465, apud Isamberl, Ane. lois franc.

(3) Voyez aux Mém. de Monstrelet, édit. Buchon in-8«; à la fin da t. IV, le texte complet.

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Que ces faits, qui ramènent les anciens remèdes, qui font chercher des palliatifs contre les hauts prix dus à la sté* rilité des terres dans les plus rigoureux tarifs, dans Tinterdiotion des greniers ; que ces faits développent sur une plus grande échelle encore les eJOTets sociaux auxquels avait paré Charles V, on ne peut s'en étonner. La propriété roturière, les petits domaines de cultivateurs disparaissent plus généralement et plus vite. Là même où ils avaient pu se maintenir auparavant, dans le Languedoc où la nature foncière des tailles, en les rendant moins lourdes et moins inégales, et Tusage des conductions à mi-fruit, en ôtant à la culture ses chances les plus mauvaises devaient avoir mis les classes rurales en état de plus endurer , leurs possesseurs restent impuissants à les conserver. Qui plus est ils se voient dépossédés violemment, comme en vertu d'une réaction concertée, et sans scrupule. Ce ne sont plus les ecclésiastiques seuls mais tous les immunes ou tous ceux qui savent se rendre immunes, tous les heureux d'où qu'ils viennent, nobles, haute magistrature, bourgeoisie, fonctionnaires de finance et d'administration qui profitent de la détresse des classes rurales pour «acquérir des habitants (l),î9 et se faire à vil prix de grandes existences territoriales. Comme à certains moments il n'y a plus ombre de sécurité ni de justice, et qu'à attendre que les malheurs privés missent entre leurs mains les petits héritages, cette spoliation se fut opérée trop lentement, ces acquéreurs aidaient aux vicissitudes publiques, soulevaient contre ceux dont ils visaient le bien mille contestations dont l'issue trompait rarement le but, étant presque toujours eux-mêmes les juges (2). Aussi toute la classe aisée a-t-elle l'animadversion des rustiques, en ce temps : « bourgeois, marchands et avocats, gens de métiers, gens

(0 Ord. du 18 juillet 1535; Cf. 16nov. 1646.

(2) 11 faut lire ces détails, longuement énamérés, dans Tordonnance précitée de 1535, el transcrite du procès-verbal des Éuis de Languedoc.

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« d'armes et les trois états » partagent avec les «prélats^ prin- « ces et boDS seigneurs d les menaces du pauwre commun..

11 y avait peu d^heureux^ cependant ^ dans les éTénements qni précipitaient ainsi les classes rurales de la propriété dans la dépendance ou le salaire. Dans tous les rangs .les intérêts étaient rudement atteints. Quand on chercha, à la fin du siècle, à reyenir de la décadence où ayait été conduite ainsi la société, une des premières nécessités fut de proroger d^ une manière générale l'échéance des rémérés ; laissés à leurs termes convenus, ils eussent détruit la propriété noble aussi bien que celle de roture (1).

(t) RelaHon des États de Tours.

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