ET QUINZIÈME SIÈCLES
Dans la période qu'on vient de parcourir, Thistoire des classes rurales présente un spectacle plus remarquable que le détail des faits qui avaient atteint en elles la possession, le trar vail, l'aisance, tous les intérêts utiles ; c'est celui de leurs pnv grès sociaux • Loin de s'affaisser sous ces continuels revers, elles s'élèvent au contraire. Misérables et quand on les jugerait découragées ou impuissantes, elles prennent plus d'autorité morale, plus de droits, plus de vitalité. Dans la anse suprême de ce siècle, après que les plus grands excès, les souffrances de l'invasion, les alternatives les plus épuisantes ont succesUvement renversé leursétablissements, détruit leurs épargnes, oale&voH encore confiantes et seules capables d'énergie sociale» Tandb que bourgeoisie, gentillèee, métiers, tout ce qui avait eu vie, action, jouissances, tout ce dont elles avaient éprouvé tant de mal est, à son tour, accablé, gisant, elles sont debout, vaillantes ; elles reconquièrent dans un combat de vingt années la nationalité perdue, prêtes bientôt à affronter les vicissitudes de la guerre extérieure et les troubles des guerres civiles ; et, si l'on regarde à leurs rapports privés, aux contrats qu'elles forment, à leur état dans la société, on les trouve plus avancées, douées de moyens nouveaux, aptes à un rôle plus considérable dans le mouvement général de la civilisation.
Comment une époque si tourmentée, et si peu féconde pour les biens matériels put avoir de tels résultats, comment se fit ce prodige, que les seuls forts, les seuls qui eussent progressé après des crises si profondes fussent ceux mêmes qui en avaient été tant de fois maltraités, c'est là le point vital de cette histoire, et où F investigation doit se porter de préférence.
{ I. — Progrés sociaux, et comment le gouvernement et les choses
y avaient aidé.
Ni le gouvernement n'aurait été préoccupé comme on le vit du sort des classes rurales, ni les circonstances ne se seraient produites de manière à autant élever leur condition, ni elles-mêmes n'eussent disposé de Taptitude et de l'ardeur qu*elles mirent à s'aider de tant d'événements contraires, ces causes enfin ne se seraient point combinées et secondées l'une l'autre pour le progrès social du cultivateur, si le règne de Charles V, en reconstituant la pensée organique de la société, par l'influence de ses doctrines comme de ses actes n'eût placé définitivement les intérêts agricoles dans les intérêts d'État, parmi ces mobiles publics où les puissants et les factieux, la politique d'ambition ou d'intrigue comme les gouvernements réguliers, se cherchent à l'envi des soutiens à force de mesures ou de promesses. Les classes rurales trouvèrent, en efiPet, empressés à suivre leurs besoins et à y pourvoir les partis qui, à tour de rôle, jetaient l'anarchie dans l'Etat, le trouble dans les entreprises privées ; et quoique l'un violât bientôt ce qu'avait établi l'autre, que le lendemain défît souvent, en matière d'impositions surtouf, l'œuvre de la veille (1), il s'établit inévitablement dans leurs actes une sorte de moyenne toujours moins éloignée de ce qui était avantageux au monde agricole.
(1) L'ord. du IG nov. 1380, enlre autres, abolitive des aides levées depuis Philippe VI, fut violée le 24, renouvelée à la suite des États de janvier, violée encore en mars, et plusieurs fois refaite et défaite après.