‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 77 sur 145 · LIVRE in. — DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V. — § 1. 2ÎJ · texte numérisé non relu

LIVRE in. — DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V. — § 1. 2ÎJ

C'est ainsi que les banalités des seigneurs, ces moyens abusifs de se faire payer Tusage des facultés naturelles et d'accroître les prélèvements à mesure que ces facultés s'étendaient ou prenaient d'autres objets, leurs chasses, leurs garennes, leurs péages, leurs prises subirent de grandes restrictions (1) ; que les chemins se rouvrirent ; que lés ponts furent rebâtis, les marécages égouttés, les exactions fiscales contenues (2) ; que la paye et la police de l'armée étant mieux réglées, les* gens de guerre désolèrent ou appauvrirent moins ceux qu'ils devaient défendre (3) ; que l'ordre matériel, qui se refaisait peu à peu par là, ayant amélioré les recettes publiques, on put, même dans les plus mauvais jours, abandonner l'ancien et funeste régime des monnaies, obtenir des modérations de vivres et salaires, dont c'est alors l'époque florissante (4), des résultats moins perturbateurs, continuer de faire payer aux immunes la taille des biens roturiers qu'ils achetaient (5).

Eu outre, au sein de ces luttes qui avaient plus qu'à aucun moment pour objet la puissance publique, l'esprit gouvernemental, en appelant les classes rurales à l'élection des Etats, fit quelque chose qui eut sur leur progrès social une action décisive. Les légistes les y représentant dès lors à la place de leurs seigneurs ou de la bourgeoisie urbaine, leurs intérêts devinrent distincts, s'appuyèrent davantage sur les traditions juridiques, et entrèrent pour une part plus grande dans le travail du droit ; le droit prit par là un ascendant tous les jours plus marqué. On le voit très-bien aux ordonnances du quinzième

(1) Ord.desT décembre 1380, janvier 1394, octobre 1404,7 septembre 1407, qui suppriment les prîtes pendant quatre ans; ord. de 1451, etc.

(2) Art. 242 à 247 de Tord, de 1413, et 36 à 44 de celle de 1439.

(3) Ord. de 1439, ibtd., et celle de 1389, supprimant le guet, pour les rustiques, dans lés châteaux situés entre Somme et Loire.

(4) Ord. de septembre 1407, de 1408, de juillet 1410, 17 février 1419, 1 1 mars 1420, 15 octobre 1455, juillet 1482 et 1483 : ces deux dernières renouvelaient redit de I35i sur les salaires.

(5} Ord. du 16 octobre 1464.

258 HiSTOimB DIS CLASSES ECMALIS El FEAHCI.

siede* Celles de 1413, 1439, 1451, par exemple, entre lesquelles s'écoulèreat des années aSreusement troublées, forment de grandes codifications où sont reprises, fortifiées par Texpérience, établies avec plus d'autorité, les mesures que la violence des événements avait annulées dans T intervalle. Telle fot faîte ainsi Tinfluence des légistes, que peu d'années suffirent pour la rendre prépondérante. Le mouvement d'idées auquel avaient présidé autrefois Beaumanoir et de Fontaine se reproduit dans la proportion des choses. Le Grand^outumiety la Somme rural, les Dicisiam tournent bientôt la société vers les préoccupations purement civiles, vers une réorganisation des rapports de personnes et de possession : dès 1 454, on décidait la révision générale des coutumes dans laquelle le siècle suivant devait trouver le moyen d'une vaste réforme de la sociabilité même.

La part des choses avait été considérable aussi pour élever la condition agricole. Quand le désordre ou les crises naissent de la compétition d'un pouvoir toujours plus agrandi, ils révèlent une énergie sociale que ne saurait montrer un pays dans lequel la production se serait vue toujours accablée ou sacrifiée. Le fût-elle à de certains moments, ils sont la preuve au moins que des stimulants puissants sont venus à point en soutenir les efibrts. Le pire a été ainsi la source du progrès, souvent, dans le cours de notre histoire. J'ai dit qu'on n'était pas sorti autrement du seignorat arbitraire : il servit de même à l'avancement des classes rurales pendant Tépoque qui m'occupe en ce moment ; et elles en profitèrent d'autant plus que leur importance sociale, plus reconnue, les mettait plus à même de tirer avantage des concessions qu'on était contraint de leur faire quand on avait bouleversé leurs travaux par des atteintes si graves et si réitérées.

C'est en majeure partie pourquoi, au quinzième siècle, la liberté personnelle pénétra dans les portions du territoire où.

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