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pour le cultivateur refifet des malheurs publics. Je parle des biens ecclésiastiques ; et l'on a vu comment ils s'étaient sans cesse accrus à proportion de la ruine générale. Lia, qui plus est, ce cultivateur fut rarement atteint dans ses intérêts par un acte violent, sans avoir bientôt compensation de ses dommages. Les recueils de titres sont pleins de transactions par lesquelles, presque seuls des grands propriétaires d'alors, les couvents, les évéchés, les chapitres obtiennent de leurs suzerains, même aux plus mauvais jours, la réparation des excès commis sur leurs ténements. Pratiquant ainsi vis-à-^is de leurs colons les obligations du fief, a Fautre loi que la commune » lorsqu'elle n'était plus une sauve-garde à peu près nulle part, comme d'ailleurs ils voyaient de plus près le travail , en savaient les difficultés, les incertitudes, les lois indispensables, comme ils en sentaient le prix parce qu'il était une des grandes sources de leurs revenus, comme ils savaient faire les remises que les circonstances commandaient,, et, comme peu atteints encore par les contributions publiques ils pouvaient faire ces remises , ils ont mis certainement à l'écart du trouble général un personnel rural considérable, et entretenu beaucoup de ménages rustiques dans ces conditions moyennes de gain et d'épargne d'où , en tout temps, découlent la prospérité et le progrès dans les pays spécialement agricoles. Ce n'est pas ce personnel qui conquit les droits civils et Timportance sociale : le calme dont ils l'entouraient développait moins en lui le besoin de changer sa condition, et ils n'avaient garde de le faire d'eux-mêmes. Ils le lui refusèrent longtemps même, croyant que tout était de lui assurer des manières de tenir et de jouir profitables, que ni la servitude, ni le vilainage n'avaient rien de mauvais en soi, d'humiliant ou d'oppressif, du moment que les côtés économiques de la vie y étaient satisfaits. Us avaient ralenti autant que possible l'aflranchissement personnel au temps du servage ; ils tentèrent de faire décréter par le
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ooncUe de Trente, et, plus tard , prédomi46r à Blois^ un ^an dyU qui eut détourné les intérêts de la voie d'indÎTidualité juridique et foncière où ilâ s'étaient engagé^ « ISéanvnoins il se forma constamment autour d'eux^ pendant lessiècles qu'on Tient de traverser, des familles plus pourvues pour. remplacer sur les autres tarres les cultivateurs épuisés , et là, sous l'aiguillon d'une position civile plus élevée^ former des générations aptes à des entreprises plus osées, plu& fructueuses, et liant leur existence à ce droit progressif de telleisorte qu'il en fut désormais le fond nécessaire comme raliment vdtal.
J 4. — Causes morales du continuel progrés des classes rurales.
Mais quand on a compté les auxiliaires qu'avaient trouvés les classes rurales dans les choses, le pouvoir public, le drcHt, des circonstances locales, et qui, ensemble ou isolém^oit, manquant ici, ailleurs actifs et féconds, se compensant, à tout prendre, et se créant ou se fortifiant l'un par l'autre les avaient soutenues et exhaussées, on n'a vu encore que les moindres ressorts de leur progrès. Le plus puissant àcoiq> sûr, quoique. Iç plus caché et le moins appréciable, c'est la valeur personnelle qu'elles recelèrent, ce sont les labeurs vaillants, le courage, la patience, l'audace ardente qu'il a fallu pour que des faits si perturbateurs de leur travail et de leurs intérêts eussent de si utiles fins dans une nation où le développen^ent sodal, plus encore que le développement politique, fut le terrain d'un coatinuel combat, où nulle amélioratioa n'aboutit quejnàintes fois contestée et reprise, où nul résultat des idées ou des- institutions ne parut jamais définitif, tout remettre en question étant toujours possible et toujours tenté;
Ni les documents publics, ni les chroniques, cependant, ne s'inquiètent beaucoupde retracer des efforts qui oht-fait'naitre et durer ainsi le progrès à travers tant de violences et de inactions ; pnesque seuls leurs résultats les attestent à l'historien.
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A eux D^est pas moins due tout entière Pascension constante des classes rurales. La conquête des avantages civils et foncierSy au quatorzième siècle, et au quinzième, vient d'eux comme celle de la liberté par le serf, de la limitation des redevances par le vilain. Les fils, dans cette voie, ont continué leurs pères, portés par le même attrait et marchant le même pas.
Ce que valut le droit, la personnalité propre, en France, se révèle là pleinement. C'est la passion d'agrandir leurs fa* cultes civiles et leur rôle individuel qui avait soutenu, qui soutiendra ces classes jusqu'au succès définitif. Là est le spiritualisme, en quelque sorte, de leur vie. Elles n'ont pas cherché dans la possession autre chose ; elles ne Tont désirée à tout prix que parce qu'elle était, dans l'ancien état social, le moyen unique d'avoir ces attributs moraux : leur poursuite aussi n'en a été si tenace, si continue que parce que la possession lesapr («*ocha toujours davantage d'une personnalité sociale véritable. Acquérir pour posséder seulement, (piels cultivateurs l'eussent voulu, devant les vicissitudes que faisaient les choses ! Le servage se fut reconstruit bien vite si cette pi^session n'eût assuré plus de droits et n'eût rendu, plus apte à acquérir encore, à conserver, à jouir des profits sociaux que la propriété donnait, en sorte que la propriété étant reperdue, même, il lestât une condition civile plus relevée. C'est parce qu'elles purent sans cesse, par là, accrdtre en elles T avenir, qu'elles surmontèrent tant de fois leurs pertes réelles. Elles furent capables d'une énorme dépend de vie, d'un travail exces^f et naalheureux dans les jours troublés, par la^ conscience intime d'une plus grande force et le pressentiment de progrès plus complets: çt plus, prompts aux jours tranquilles. On n'eût pas vu sans cela ces familles qui, aisées hier, maintenant c< faulte de bestes, labouraient la charrue au col », ces laboureurs qui a travaillaient de nuiet par crainte d'être prins
a et appréhendez pour les tailles » , tant d'autres qui , après avoir perdu leurs récoltes par le passage ou le séjour des troupes, ou donné leurs dernières épargnes pour les racheter de ce fléau, voyant se grossir les tailles, «bien que très*mala heureux, trouvaient encore le mojen de tout acquitter (1).» Ce sont en effet des populations réduites à ces labeurs extrêmes, qui ont comblé sans cesse les énormes besoins de notre société remplie de troubles. Du sein de ce travail rebutant sortirent et les vigoureux combattants de Jeanne d'Arc, et ce plat-pays alerte, joyeux, qu'on voit, la patrie reconquise, relever ses maisons, reconstruire ses villages, défricher à nouveau ses terrains, replanter ses vignes, regagnant en peu d'années tout le chemin perdu (2). Ce spectacle, elles le donneront bien d'autres fois encore. Il confond l'histoire au siècle d'après : Loyseau, le lendemain des guerres de religion, se demande (3) ce comment les laboureurs, tant rabaissés et oppria mes par les tailles et la tyrannie des gentilshommes, peuvent a subsister, et comment il en reste encore pour nourrir les (( autres classes, i» Au dix-septième, au dix-huitième siècle, des faits identiques provoqueront le même étonuement. Cette vitalité du travailleur agricole de France est un mystère, en effet, dont ne donnent raison ni les règlements administratifs, ni les supputations économiques , et que le Président Labarre pénétrait bien, quand il écrivait pour faire amoindrir' le poids des tailles: «Tousiours faut-il vivre et, quelque disette <( qu'il y ait, ensemencer, planter et cultiver, toutes lesquelles (( choses le peuple ne peut faire sans avoir de quoy et sans « espérance du futur. » Tout est dans ce « de quoy » , que nos laboureurs ont su faire fructifier quelque infime qu'on l'eût rendu, et dans cette « espérance du futur », féconde en lui
(1) Cahiers do Tiers aux États de 1484, et Discours du Juge de Forez.
(2) Voyez Chronique de Mathieu de Coucy, p. 532 et suiv.
(3) Traité des Ordres ^ chap. viii, n<* 47.
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comme en nul autre, si faible qu'elle devint par la faute des événements ou des hommes. Ils expliquent seuls les élans de richesse et d'expansion qui, dans les classes rurales, suivent chacune des grandes crises : toujours excités, somme toute, c'est par eux qu'a été tenue ouverte devant elles la voie de la liberté sociale alors même que les circonstances publiques Y accumulaient le plus d'obstacles. Voie bien longue et plus ardue qu'on ne sera jamais à même de le montrer, où, pour quelques-uns avançant rapidement, la foule ne chemina que par de lents et pénibles efforts, un grand nombre découragés s'arrêtant, d'autres retournant en arrière, d'autres succombant brisés de travail, de revers, de luttes, mais où marche toujours, au total, quoique inégal, contrarié, un flot toujours plus fort, ayant plus de puissance, même, à proportion qu'il a été plus contenu !
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