‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 88 sur 145 · LIVRE III. DBOXlim PAini. CHAPITU YllI · texte numérisé non relu

LIVRE III. DBOXlim PAini. CHAPITU YllI

pressoirs. Mais partout ailleurs, Tusage suffisait pour régler les droits en œci, le conducteur d'héritage ayant rarement pu posséder à lui plus que quelques têtes d^un chétif bétail et ces instruments primitifs, construits par lui*mème suivant le besoin, contre l'inefficacité desquels s'élevait Palissy bien avant la science moderne.

Quanta a l'art d'agriculture, d (1), c'est très-exceptionnellement qu'on le trouve un peu développé à cette époque. D'abord, il avait dans la constitution de la seigneurie un obstacle à tout progrès. Le seigneur prenant en nature beaucoup de ses redevances (2), elles avaient été fixées sur un assolement des terres qui lui assurait chaque année une quotité de produits d'après lesquels il réglait ses consommations, ses ventes, toute^ son économie domestique. L'immutabilité des soles était devenue par là la règle des tenures : en ceci, comme il arrive toujours, l'usage avait mis la plus grande résistance à se modifier, et maintenait des soles fort peu productives. Quelques-unes des nouvelles coutumes formulent encore la défense absolue de changer l'assolement (3). On commençait cependant à avoir d'autres vues. On avait fait ce progrès, notamment, d'établir dans l'acte même de conduction les rotations de la culture, et de préciser les cas et la limite où il serait loisible au preneur de les intervertir. Une coutume locale de Berry, en exceptant de l'interdiction générale des terres que le seigneur avait donné à défricher dix années avant, et celle de Monlargis en établissant l'entière latitude de changer la nature des récoltes sous l'unique réserve, pour le seigneur, d'être prévenu par avance et indemnisé s'il y avait lieu (4) , sont de très-rares exemples de liberté d'assolement dans la culture au

(1) C'est le terme de Palissy.

(2) Par Champart, terrage, agrier^ etc.

(3) Artois, tit. i, art. 62; Amiens, art. 197; Blois, chap. x, art. 130; Bourbonnais, chap. XXVI, art. 253; Menneton-snr-Cher, chap. i, art. 5.

(4) Montargis, chap. m, art. 7.

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seizîàme siècle, mais prouvent que le hesom enétâit peesenti et les avantages appréciés. <

Au reste; l'assolesient luL-méme était alors.unr obstacle* U avait trois modes.. Dans le Centre^ sol froidton tnédiocre et peu habité, <»i piatiquaM enoore le système tles nomadesy selon lequel le produit ne dépassant pas la subsistanœ (heureiises les' popolatioasy Vil l'eût atteinte toujours 1)^ et Tavenir dès lors n'étant de rien, on défriche, le pins souvent par le feu tes surface&heriiacées, pour eu épuisar la fécondité par une succès^ rion plus ou moins répétée de céréales, puis les abandonner de nouveau aux végétations spontanées. En Provence et eo Languedoc la cnltuire ne revenait sûr .le même teiraio qu'une année entre autre; à peu près partout ailleurs de trois pn tutÂs années seulement (1). En général, les coutumes qui avaient réglé les rotations prescrivaient cette sole triennsfe (2), qui, dans les terres riches et arrosées^ s'aooordaîfr de plus avec l'existence des prairies.

La jachère plue ou imoins longue et plus ou moins fraiiuente formait ainsi le. pivot de Tagroûornie. C'était plus qu'un usage ; la longue habitude en avait fait comme une croyanoe de physique : « Aussi bien fautai que la terre jouisse des féeries et « repos, comme les arbres et les hommes, » écrivait Beilon. On 'attrit)ua à ce que ce principe avait été enfreint les disettes de 1560 à lâA5j blâmant que par sdf de prodoit on eût épuisé les ressorts de ta terre, nécessairement afibiblis depuis le temps qu'elle servait, et conseillant, persuadant "raénie, rapporte Quesnay (3), d'arracber les vignes pour fournir au blé des fonds neufs. Ea'' cela, du reste, on ne faisait que donner pour la raison vraie d'un fait parfaitement naturel sa raison toute

(1) Cf. de Gasparin, Court d'agHcuUure, t. V.

(2) Particulièrement : Nivernais, Romoramih ; Blois. Marche, Berry, Arbois. . .

(3) Note sar laxiii* maxime de gouvernement économique é^un roffinme agricole, édit. Guiilaamin, p. 92.

Lnrn iii^ — nroxiiin ^A]lTlB. •^tHAprhiv'yiii. ^-^ § 4. 3i 5

relative. Mal^ beaiieoèp dé thiVail, qtibi(}tie çà ètlàViïàf plos est, ùQ employât déjà les fumu'il^ artiBcieÙes, qti'oà tM dans le Maine/ p)ir exéiiiplé, ' « les villdgMls 'émpre^s à efr^ « pandre ftitraei*,' een^e', terré, ruiner, chaulx et teld âutréif ce amendements'par les Mbbiirs, à parqner Brebis par tlanipÂ- <K gnes (l]y » il y âvàlf dlhiiùation tensitle du réndetnent.lii jachère ne coinportatat pas là moindre'ikitensité de culture, près d'un siècle de prospérité agj*icole avait épuisé les fërk*es. Pour répondre à Taetive demande de cféréalés que le ttiarchéetiro^ péen lui faisait depuis Louis 'Xll, Piàgricultui^e avait éntahi les pâturages sans savoir en créer de nôuVeàux, 'et 'le' bétait, Fengrais, le produit s'étaient diminués Tun par Fautre. On eût été dans le vrai, si au repos stérile de la jachère on eût voulu substituer le repos^ aèttf des alternances.' Mais, dans l'îgnorance agronomique, la iJiéorie des jachères afccompagnait forcément lé régime social qui ne laissait de moyens de <iidture qu^urï travail excêsisif, dé mêihe que rindiViduàli^ation continue et de plus en plus complète de ce travail s'y offrait comme la source la plus puissante de production, étant, pour les classes rurales, le plus direct, le seul chemin de Taffranchissement. ' . . n . . ^

On ne resta pas, toutefois, sans voir daifô la « ftulte de sâ- H voir illettré la terre en valeur t> (2) la cause principale de l'amoindrissement dés revenus,* et dans la perte des prairies ou pâturages sa raison immédiate. Pour parer à ce dernier inconvénient même, quelques coutumes étaient revenues aux anciens règlements sut là vaine' pâture ; àiix défenses de clore tout ou portion des héritages (3) : cèllfe de Poitou, cé^ pendant, atteste que de plus saines opinions agricoles ré-

(1) Belloii, ubiiuprà, p. ÎO. ^ '

(2) Bellon, ubi suprà.

(;0 La coût, du Boulonnais, notamment, interdit de clore plus dun cinquième des fiefs, et moins encore des terres vilaines. Voir art. 181.

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gnaienty quand on la yoU décider que les preneurs de fonds en tiendraient annuellement le tiers en pâturage , le tiers en blé et le tiers en guéret. Mais, bien plus, la nécessité même du guéret fut attaquée dès lors pat des enseignements qui auraient sans doute modifié rapidement le système de culture, si les circonstances n'en fussent Tenues si vite eflfacer Faction. Bodin, un des premiers, renversa la théorie physique de la jachère, montrant « quMl n'est pas vrai que la terre a pour vieillir perde sa vigueur (1). » En même temps, Palissy, que sa vie tourmentée avait conduit dans presque toute la France, faisait voir quel dommage venait, dans le labour, du peu d'intérêt qu'y prenaient les propriétaires, de ce qu'ils laissaient « les pauvres ignorants pour le cultivement de la «i terre » ; analysant l'œuvre agricole entière, il expliquait combien on y perdait de profit par le peu de soin et le mauvais emploi des fumiers ; plus de deux siècles avant la chimie moderne, il indiquait la fécondation du sol par les sels ammoniacaux.

Ce n'est pas que les choses existantes n'eussent des approbateurs, et la ft mode accoustumée » un empire moins fort qu'aujourd'hui : « Qui croirait quelques modernes », dit Bellon, « penserait que maintenant toutes choses sont si bien c( esclaircies que nous avons surpassé nos ancêtres principatt lement en Fagricullure ». Or, à ce moment on produisait au plus de quatre à cinq fois la semence ; Olivier de Serres, cinquante ans plus tard, estimait très-beau qu'on eût de cinq à six. Mais en rien l'innovation n'a moins de prise, n'est plus rebutée que dans le travail des champs , parce qu^en rien les intérêts ne doivent moins sorUr des habitudes sans être certains de reussu-. A cette raison très-légitime qu'ont les routines pour durer, on sait ce que l'état des choses ajoutait en France 1 Uuand, malgré cet état si souvent défavorable, les rustiques

(0 Ubisuprà.

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avaient éleyé leur sort sous les yieilles pratiques, il deyenait d'autant plus malaisé de les conyaincre qu'ils gagneraient plus sous d'autres. D^ailleurs, quels jours moins propices pour les efforts de la science, que le « misérable temps » de guerres dyiles au milieu desquelles ils se produisaient! c( Lorsque les fruits étaient en charge même à ceux qui les « recueillaient i» , dit trop justement Olivier de Serres au siècle d'après (1), « à quel propos vouloir enseigner à cultic< ver la terre ? »

(t) Théâtre d^agriêuUyre^ dédicace an roi.

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