‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 92 sur 145 · LIVRE ni. — DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE ni. — DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE X

nistration de Sully dompte quinze années, malgré le monarque souvent, ceux de ces vices qui affectaient dans leur rentrée ou leur emploi les recettes publiques ; les intérêts agricoles, déjà allégés ainsi d'un grand fardeau, prennent en outre de la remise des impositions arriérées, de la révocation de tous les anoblissements concédés depuis Henri III, de la poursuite rigoureuse des terres taillables dans les mains nobles un ressort nouveau, auquel des mesures qui mettaient toujours plus en eux le centre de l'activité sociale donnent une intensité trèsgrande. Impôts somptuaires et abaissement du taux des rentes pour faire rechercher par les riches les revenus et les soins du sol; tarifs des prix et des salaires pour équilibrer au mieux, le lendemain de si profonds bouleversements, les frais et les rendements; moyens de droit fournis aux populations pour récupérer les dépaissances ou les communaux qu'on leur avait soustraits ; augmentation des échanges par celle des voies de transport ; encouragements qui fissent mettre en valeur des marais jusqu'alors laissés incultes faute d'avances, faute du respect des labeurs, et devenus depuis les plus riches fonds de France ; tout cela préparé de loin, simultanément, étudié dans les moindres détails, graduellement et à propos édicté (1), porte au comble le travail, la prospérité des champs, l'aisance privée.

Comme si cette administration bienfaisante eût eu dans sa main toute semence utile, bien plus, à ce moment où les campagnes, tranquilles, avides d'ouvrage devant une demande

(1) € Par ordre et par degrés, selon les saisons et occasions, et non pas » prématurément ni à contre-temps, » dit-il lui-même {OEconom,, 1. 1, p. 173, etc.). — Je crois inutile de donner les dates de chacun de ces actes bien connus. On peut voir la suite des idées et des projets de Sully relativement auK voies de communication et aux débouchés, aux OEeonom,, t. II, p. 20, 225 et seq,, 258. — La législation pour le dessèchement des marais, de 1606 à 1610, législation souvent reprise jusqu'à 1656, est certainement la plus grande conception gouvernementale que puisse enregistrer notre histoire agricole.

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de denrées jamais aussi actiye, pouvaient recevoir la science, elle inspire, dans le Théâtre d^agrieuKure (1), le plus complet, si l'on peut dire, le plus social enseignement qui ait encore été écrit : ce beau livre, où toute l'agronomie antique revît sous le plus vrai sentiment moderne, semble tm autre de ses actes gouvernementaux si féconds. Il ne procède pas seulement de la même vue patiente et exacte des choseè, sous le même accord de la tradition avec le religieux amour d'un présent qui avait coûté tant d'efforts, d'abnégation, et qui promettait l'avenir si ardemment voulu ; il s'inspire de la même notion sociale. Audessus de (a minutieuse et saine indication des conditions de réussite pour la culture, au-dessus des théories et de l'exemple les mieux faits pour la rendre à la prospérité et qui sont restées classiques à ce titre (2) , on sent dans Olivier de Serres l'idéal qui animait Sully. Une société essentiellement assise sur la possession et le travail de la terre, où l'homme aurait cette vigueur morale que donne la vie rustique, où le travail, accepté comme un devoir en quelque lieu qu'il soit départi, fonderait seul la richesse, et où la richesse rurale, comme la plus indispensable et la plus juste, dominerait et commanderait l'économie publique, c'est leur pensée commune : pensée que dictait le temps, du reste, moins encore parce que tout autre intérêt que la culture du sol restait exceptionnel que

(1) Pnblié «n IftOO.

(2) Elles l'eussent surtout ramenée à des proportions normales de travail, en ui assurant des engrais.Voir notamment le chap. iv du premier lieu^ et, dans

1 e quatrième lieUy tout ce qui se référé aux fourrages. Pour cette agriculture appauvrie faute de bétail et par excès de céréales, il trace celte règle féconde, trop peu suivie encore, par malheur : « Donner les deux tiers du do- « maine à la prairie, forest et pâturage. » Les fourrages-racines, les turnepSy ou navets de diverses sortes, font, par le Théâtre d'agriculture, leur entrée dans Tagronomie de la France. — Je ne crois pas que la valeur agricole d'Olivier de Serres ait été mieux appréciée que par M. de Gasparîn, dans la préface qu'il avait écrite pour une édition populaire du Théâtre, L'édition n'a pas été faite, malheureusement; mais la préface se trouve dans le Journal d'Agriculture Tprati que de iH^9,

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coinme réalisant le mieux la conception, poor TindiTidu, de l'actmté ind^ndante etaustère qui était la conclusion pratique de la Réforme. Le même caractère du propriétaire cultirateur d'Oliirier de Serres, on le Toit aux laboureurs de Palissy ; ensemble ils portent dans l'existence privée celui que tous ces grands huguenots, dont Sully est une des dernières figures historiques, avaient fait à la vie politique, et qu'il imprimait, lui, au gouyemement même.

L'agriculture, depuis le treizième siècle, n'a pas eu un moment plus propice pour s'établir sur le plan qu'ailleurs on lui a donné ou conservé. Simm le fief ancien, le fief çn tant que grande-propriété pouvait alors s'en refaire le centre. L'administration de 1600 ne le protégea pas dans ce but plus que les moindres individualités 'agricoles ; elle visait*à faire jouir du droit la personne partout: elle ne fit rien pour l'en détourner ou l'y menacer, toutefois; et, coinme à aucuns possesseurs sa législation économique n'aurait mieux pjt^té, elle attendait de lui dans les faits ruraux une prééminence où l'appelait encore son importance réelle. Mais de ces possesseurs le trop petit nombre inclinaient à mettre leur existence aux aménage^ ments du sol. Il eût fallu que cette administration durât plus, pour éteindre en eux l'attrait des distinctions et du privilège, qui était leur t^npérament comme natif et qui laissait pour infime à leurs yeux la vie rustique. La restauration sociale qu'elle fit semble ne leur en avoir donné qu'un besoin nouveau et de nouveaux moyens d'abus. Gomme celles qui s'étaient opérées iavant, comme d'autres qui eurent lieu. depuis, c'est au cultivateur proprement dit, aux classes spécialement rurales qu'en revînt tout l'avantage, et, mérite rare jusqu'à Sully, sans que le gouvernement eût excité leurs convoitises contre les grands domaines i On le vit uniquement comme constater la valeur qu'avait prisé sous lui le petit patrimoine ; à la fin de son administration^ aliéner le domaine par petits

lots pour en accroître le prix par la concurrence, et pour garantir dans chaque pièce un rendement qui, de longtemps n'avait été si haut que dans le domaine du paysan alors (1). Le progrès s'était accompli normalement, chacun, remis en possession de son état d'avant les guerres, grandissant à sa place propre.

Avec plus de temps, cette administration aurait établi définitivement les forces matérielles dans leurs voies, et éteint ou reporté à d^autres buts les ambitions perturbatrices, les éléments de réaction dans la société. Les dix années qu'elle eut pour aplanir à la culture le terrain si profondément déchiré et appauvri qui lui échut, avaient suffi, en replaçant les personnes dans leurs destinées naturelles, pour tripler la richesse privée (2). Ni les grandes entreprises commerciales /qui s'ouvrirent peu après, ni le développement industriel qui alla croissant depuis» n'auraient été possibles sans ces années grandes à tous égards. Aussi, est-ce un lieu commun bien peu juste de l'histoire que de reprocher à Sully, vis-à-vis de ces autres branches de travail, l'esprit d'exclusion, parce que ni industrie ni commerce n'ayant de chances dans une société sans agriculture quand la production agricole est le fonds premier, indispensable de sa vitalité, il en tint les œuvres pour plus utiles qu'une fabrication ou des transports sans demande assurée, et surtout pour meilleures que les gains sans travail ou les stériles déplacements de richesse qu'on chercha bientôt dans les illusions et les jeux déloyaux du crédit. Nul n'a dirigé l'activité sociale en voyant mieux les lointains horizons où elle devait atteindre ; il ne faut que lire quelques pages des OEconomies pour en trouver la preuve ; mais nul ne sut mieux la propprtionner. 11 n'aurait pas, autrement, du chaos des guerres civiles fait surgir la nation capable, même

(I) ForboDnais, Recherches sur les finances de France, année 1608. (3) CEconomies, t. lll, p. 122. ~> Cf. t. II, p. 336.

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