‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 97 sur 145 · I. ni · texte numérisé non relu

I. ni

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leur est donnée par là, doivent à ce mpuramônt de l'argeat pûq aggravation de plus. Tout capital n'en est paSi8eulç|n^p^,dé*:i tourné de l'exploitation rurale, avec plu^ .d'ai}deqr .enc^e que. n'y eussent porté les habitudes, et nul, travail ^luéljprant n'est entrepris, nulle œuvre de nature à accroître la productioi^ tentée ; mais ces profits rapides se dépensent à des consom* mations où les produits agricoles n'ont qu'une part.minime^ et qui, tout au plus utiles à un certain commerce extérieur, I9 manufacture, nationale existant à peine, ne laissent presque aucun bénéfice aux productions nationales, privent dès lors la culture même des excitations indirectes que le luxe des hautes classes lui procure : tout ce qui est riche étant entraîné rapidement par l'exemple dans la même vie fastueuse, c'est la consommation générale qui fait défaut aux fruits du soL

Bien peu d'années suffisent pour [que ces tristes résultats s'emparent des choses. Ils. en amènent un autre, qu'on n'avait plus revu comme fait public depuis la fin du moyen âge, la dépossession des classes rurales. Il semble que pour ceux à qui profitait ce retour à l'inégalité, c'en ait été la conséquence cherchée. Qu'ils la voulussent en elle-même ou comme un des plus sûrs moyens d'aboutir à cette inégalité sociale, aussitôt la prédominance du privilège après 1610 on les avait vus s'y appliquer. Le Tiers-Etat de 1614 en dénonçait le danger quand il demandait que « nul sujet, dorénavant, ne pût s'engager visce à-vis des seigneurs s'il n'en était le fermier, et que dan» ce a cas, ce ne fût pas au-delà du montant de sa ferme. » Lorsfu'après 1646, où à tous les degrés de la hiérarchie, administrative on déclare que les campagnes sont sans ressources (1), le cultivateur a perdu tout moyen de tenir ses engagements, et que devant la faille ou attirée par la vie urbaine la riche roture fuit la propriété, offre à l'envi ses fonds, les seigneurs, les heureux de la finance, ceux qui prospèrent dans

(I) Préambule de Pédit do 14 déc. 1646.

UT. III. -** DBUXlftMV PARTIE. — GHAPITRB XI. — § 3. 35^

l'immunité et ceux, qui ont élevé u par des voies illégales et « par des moyens prohibés, d comme dit plus tard Colbert, a ces fortunes subites et prodigieuses » qu'il livrait au châtiment (t)y;ne trouvant plus d'argent à prendre ou. avides d'assurer lews gains sur des terres qu*ils sauront rendre utiles par l'exemption, prennent le sol. Vis-à-vis de la classe proprement agricole, ils accomplissent rapidement, etavec toutTabus des anciens temps, une expropriation complète. Pour des prix misérables qui ne couvrent pas même sa dette, par la violence quand sa dette n'est pas une cause sufGsante, le cultivateur est contraint de céder son bien ; une fois de plus, per« dant une indépendance qui semblait définitivement acquise, d'aller reprendre dans les labeurs mercenaires, et sous les circonstances le moins faites pour les rendre fructueux, sa pé* nible élévation.

Dans cette voie, la vitesse croit par la marche même. Chaque parcelle expropriée, rendue immune, rejetant sur les parcelles voisines sa part de tailles, les amène au même sort. Et non les individus seulement, les villages bientôt sont dépossédés ; comme la petite propriété isolée, la propriété collective, les bois et tenements communs passent en la posses^on de cette féodalité nouvelle. Un des derniers actes de « Taffreuse politique », comme Forbonnais l'appelle, qui présidait à ce renversement stérile des intérêts, est contraint de motiver sur

(1) Préambule de Kédit de nov. 1661 pour rétablissement de la chambre de justice, etc., « et nous avons reconnu que les désordres et malversa- « tions qui ont été commises depuis plusieurs années dans l'administration « de nos finances ont produit tous les maux que nos peuples ont soufferts, c et causé les surcharges extraordinaires que Ton a été obligé de faire sur « eax pour subvenir aux besoins pressants de l'État, pendant qu'un petit « nombre de personnes, profitant de cette mauvaise administration, ont, par « d€$ voies illégitimes et par des moyens prohibés par nos ordonnances, « élevé des fortunes subites et prodigieuses j fait des acquisiiions immenses^ c et donné dan$ le pu6ltc un exemple scandaleux par leur faste et leur opu- « lence, et par un luxe capable de corrompre les mosurs et toutes les maxi- « mes de Vhannéteté publique »

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cette dépossession universelle la détresse publique, et, dans des termes où Ton pressent Golbert, met à nu les violences éhontées par lesquelles on Toperait. C'est la Champagne où, Tattention se portant d'abord parce que ni réduction de la gabellet ni régularisation de la taille, ni aucune mesure d'allégement n'a pu y réparer les maui de la guerre, qui révèle dans ce « mal caché » une des causes profondes de la misère rurale : « la plupart des communautés et villages dUcelle ayant et été tourmentés par plusieurs rencontres des temps, » lit-on dans cet acte, « ont été portés à vendre et aliéner à des person- « nés puissantes, comme seigneurs des lieux, juges et magis- <K trats, ou principaux habitants des villes, leurs biens, usages, (( bois et communaux, et les ont vendus sans cause légitime, « et à des sommes très-modicpies, en sorte que de la jouis^nce aies acquéreurs, outre l'intérêt de leur argent, ont touché c< des profits considérables, et bien souvent desdits prix n'a été (( touchéeiaucune chose, bien qu'il soit écrit autrement, par a la violence des acquéreurs qui ont forcé les habitants de sin gner, sous de faux prétextes, des choses qui leur fussent itdues, ou pour les gratifier... (1) ». Les longues enquêtes dont Colbert fait précéder ses grandes réformes, montrent bientôt que ce mal s'est étendu partout (2).

Quand les propriétés communales avaient eu ce sort pour des dettes collectives, comment la possession privée se fût-elle défendue contre ceux que leurs revenus à l'abri de toutes charges ou leurs profits « scandaleux » mettaient dix fois à même de la payer sa valeur, lors même que comme créanciers, comme seigneurs, comme maîtres à une foule de titres de Texistence du cultivateur, de toutes les petites individuali-

(1) Déelaraiion da 22 juin 1659, aniorisant les habitants à rentrer de plein droit, comme mineors, dans leurs biens commues aliénés depuis vingt ans. ^C'était un retour tardif à la législat. de Sully (art. 37 do règlem. des tailles de tSOO.)

(2) Cf. redit d'avril 1667.

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