LE PREMIER ARCHIVISTE DE LA COMEDIE FRANÇAISE
Pour TOUS, je n'ai rien & vous dire.
Ainsi s'exprime Molière en parlant à Lagrange dans YImpromptu de Versailles, et c'est le plus bel éloge que l'on puisse faire de ce comédien.
Charles Yarlet, dit de Lagrange, naquit^ suivant la plupart de ses biographes, à Amiens^ où son père était procureur du roi. Gomment se fait-il que ce prétendu procureur se qualifiait « capitaine du château de Nanteuily » et se mariait, non pas à Nanteuil ni à Amiens, mais tout simplement à Paris, en 1634, à la paroisse de Saint-Germain-VAuxerrois ? C'est ce que nous ne chercherons même pas à deviner. Qu'il ait été aussi avec sa femme à Montpellier en 1636, et même en 1638, peu nous importe. Le principal pour nous est de savoir que
Charles VarletditdeLagrange, naquit selon toute probabilité vers 1639, perdit de bonne heure ses parents, et qu'il embrassa ainsi que son frère Achille Varlet, dit de Verneuil, la profession de comédien. Il devait avoir lors de cette résolution environ dix-huit ans. Lagrange a été, sans le savoir sans doute, le premier historien de la troupe de Molière. En effet, c'est lui qui laissa ce fameux journal, si souvent évoqué dans cet ouvrage, sorte de mémorial écrit tantôt au jour le jour, tantôt d'après ses souvenirs, comme le prouvent quelques légères erreurs qui s'y sont glissées.
Prenons dans M. Jal la description de ce fameux registre :
€ Ce mémorial, que les comédiens français possèdent ♦ aujourd'hui et que leur caissier garde comme un € trésor dans le coffre de fer où il enferme ses recettes, « forme un volume in-4% écrit sur papier de Hollande, € d'une écriture assez grosse, non pas belle, mais lisi- € ble. Une reliure de parchemin en manière de porte- « feuille, attaché par un cordon de cuir, couvre le livre € auquel Lagrange donna ce titre : Extrait des receptes € et des affaires de la Comédie, depuis Pâques de l'an- € née 1659, apartenant au sieur de La Grange, l'un des € comédiens du Roy. »
Cet article est donc en vérité le plus facile de tous à faire, puisque, grâce à ce registre, nous allons suivre La-
grange pas à pas. Ajoutons que le dit registre, imprimé et publié par les soins de la Comédie française en 1876 (J. Claye, imprimeur-éditeur à Paris), a paru précédé d'une notice biographique due à la plume savante de
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M. Ed. Thierry, et qu'ici nous trouvons la besogne toute faite. Une fois n'est pas coutume.
Charles Yarlet adopta le nom de sa mère et se fit appeler de Lagrange au théâtre. Sur quelle scène fit-il ses premières armes ? Voilà ce qu'il est difficile de préciser. En province sans doute. Bref, un hasard le mit un jour en présence de Molière ; c'était au moment où celui-ci quittait sa vie nomade et allait se fixer h Paris. Molière fut frappé de la jeunesse, de la distinction, de la bonne tenue de Lagrange. C'était là le type rêvé du jeune premier, l'amoureux à la voix sympathique et chaude, c'était Lélie, Eraste, Don Jitan, Valère, que sais-je I Molière ne laissait pas échapper de pareilles occasions. Ce qui lui manque encore du métier, il le lui apprendra et il va l'attacher à sa troupe à tout jamais.
Lagrange nous dit fort bien la date de son entrée dans la troupe ; après avoir rappelé en quelques lignes que Molière et sa troupe arrivèrent à Paris en octobre 1658, que l'on joua devant le roi le 24 du même mois, et en public le 3 novembre suivant, que VEtourdi et le Dépit amoureux^ pièces jouées en province, passèrent pour nouvelles à Paris, il nous annonce qu'il y eut du changement à Pâques en 1659. Les engagements des comédiens partaient toujours de Pâques. La troupe diminuée par le départ de Du Parc et de sa femme qui passaient au Marais, et de Du Fresne qui se retirait à Argentan, se reconstitua comme il suit:
Les sieurs : Molikre M"«^ Béjart
BÉJART A1NK — De BRIK
128 LES GOM6dIKK8 DB la TROUPB de MOLIÈRE
Les sieurs Béjart gaciit M"** Hbrvb
— De Brie — Du Croist
— L*EsPT