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LES DU CROISY^ BRECOURT, LA THORILLIÈRK, HUBERT

2° « Il n*y resta pas longtetnps. >

De 1658 à 1662, il n'y était pas du tout.

€ Ayant eu le malheur de tuer un cocher sur la route « de Fontainebleau, il fut obligé de quitter la France, ^ et se retira en Hollande, où il s'engagea dans une « troupe française qui était entretenue par le prince « d'Orange. On ne sait pas précisément en quelle année « Brécourt, emporté par son caractère violent, commît « une action aussi coupable ; mais nous pouvons croire « que ce fut en 1663, et nous nous appuyons sur la « date de la première représentation de YÉcole des « femmes y donnée le 26 décembre 1662, dans laquelle « il est sûr que Brécourt joua le rôle àH Alain, et sur « celle de sa réception à l'Hôtel de Bourgogne, placée or- • € dinairemenl en l'année 1664. »

Il s'agirait de s'entendre. Brécourt est entré dans la troupe du Palais-Royal à Pâques 1662. Il joue d'original Alain dans YÉcole des femmes, le 26 décembre de la même année, Z)o?'«w^e dans la Critique^ le \^^ juin 1663, Brécourt dans VImpromptu, en octobre 1663, Pancrace dans le Mariage forcé, le 29 janvier 1664 ; il quitte Molière à Pâques de cette même année pour entrer à l'Hôtel de Bourgogne. Alors nous nous demandons quand il eut le loisir de tuer un cocher et de fuir en Hollande pendant cet intervalle de temps?

Le roman continue : « Pendant son séjour en Hollande, « le hazard fit que la cour de France, pour des raisons « d'État dont les ministres ne manquent jamais, vou- « lut faire enlever un particulier qui s'y était réfugié. « Brécourt, sans cesse occupé des moyens qui pou-

< valent faciliter son retour dans sa patrie, s'offrit pour

< cette entreprise dangereuse, et promit d'en rendre « bon compte. Elle manqua cependant ; et Brécourt,

< jugeant bien que sa vie n'était pas en sûreté» après la « découverte d'un projet semblable, prit la poste sur le « champ et revint en France. Louis XIV, informé de

< la bonne volonté dont il avait donné des preuves au € péril de sa tête, lui accorda sa grâce, et lui permit de « rentrer dans la troupe de Molière, qu'il quitta en 1664 € pour passer dans celle de l'Hôtel de Bourgogne. >

Mais il n'avait pas à y rentrer puisqu'il n'en était pas sorti. Et puis, oîi Lemazurier a-t-il pris ces détails qui ne pèchent que par l'exactitude des dates ? Quoi qu'il en soit, et en admettant même cette aventure comme réelle, mais alors antérieure à lt562, nous ne savons qu'une chose, c'est que Brécourt sortait du Marais quand il entra au Palais-Royal où il resta pendant deux ans ; c'est là que nous allons le juger.

On a dit que Brécourt avait créé le rôle du vicomte de Jodelet dans les Précieuses. Une erreur de plus à ajouter aux autres. Nous avons démontré que les PrMeuses, jouées en 1659, avaient eu pour créateur du rôle de Jodelet, Jodelet lui-même, qui paraissait en scène avec de la farine sur le visage. C est ce qui a fait dire aux biographes de Brécourt, que celui-ci était très pâle, parce que l'on croyait que c'était Brécourt qui avait joué le rôle de Jodelet d'original.

On connaît le mot de Louis XIV sur Brécourt qui jouait Alain dans V Ecole des femmes : c Cet homme-là € ferait rire des pierres I >

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Brécourt excellait dans deux genres: il jouait les paysans et les rois. Si Ton s'en rapporte au rôle d'Alain que lui confia Molière, et qui fut le premier rôle qu'il créa, Brécourt devait avoir dans le jeu une grande naïveté. D'autre part il faut reconnaître qu'il devait avoir grand ton et bel air, à en juger par le rôle de Dorante de la Critique^ et celui de Brécourt de Vlmpromptii, rôle dans lequel il est qualifié d'homme de qualité.

« Pour vous, lui dit Molière, vous faites un honnête € homme de cour, comme vous avez déjà fait dans la € critique de VEcole des femmes^ c'est-à-dire que vous € devez prendre un air posé, un ton de voix naturel, et € gesticuler le moins qu'il vous sera possible. >

Enfin le rôle de Pancrace iaji^ le Mariage forcé i^rouwe que Brécourt possédait un talent incontestable, car ce rôle est et demeure un des rôles les plus difficiles du répertoire, et de nos jours encore, il n'y a guère que les chefs d^emplois qui osent s'en charger. Nous nous souvenons d'y avoir vu M. Régnier qui y était inimitable ; c'est un des rôles qu'il joua à sa représentation de retraite, il y a quelque treize ans.

Il est certain que Brécourt eût créé un nombre infini de rôles dans le répertoire du Maître s*il était resté plus longtemps dans la troupe. Mais là s'arrêtent ses créations. Pour quelles raisons Brécourt quitta-t-il la troupe de Molière? Est-ce à cause de l'accident dont nous avons parlé et dont nous n'avons pu trouver l'authenticité. Apparemment non, puisque Lagrange nous fait savoir que Brécourt c est sorti de la troupe de Monsieur, pour entrer à l'Hôtel de Bourgogne. >

Brécourt semble avçir été d'an caractère assez tapageur. Â en croire M. de Tralage, il aimait assez le jeu, le vin et les femmes. Est-ce à cette turbulence qu'il faut attribuer ces changeraenls continuels du Marais au Palais-Royal, et du Palais-Royal à l'Hôtel de Bourgogne?

Brécourt était de plus auteur dramatique à ses heures. Lemazurier nous donne l'énumération de quelquesunes de ses pièces, ajoutant du reste que malgré le succès passager qu'elles eurent, elles sont d'un genre assez trivial.

C'est d'abord la Feinté moi^t de Jodelet, comédie en un acte en vers, qu'il fit pour son ancien camarade du Marais, Jodelet. Puis, le Grand bénet de fils aussi sot quesonpère[\Q>QA), théâtre du Palais-Royal; c'est ensuite IdiNocedu village, comédie en un acte en vers (1666); puis le Jaloux i?ivisible, comédie en trois actes, en vers {iOùG) yVInfante Salicoque ouïes héros de romaw (1667), non imprimée, Y Ombre de Molière , comédie en un acte et en prose (1674). Cette pièce fut imprimée à la suite des première éditions de Molière. EnQn, Timon, comédie en un acte et en vers (1684). Nous en citerons d'autres encore un peu plus loin. On a raconté partout le courage de Brécourt : se trouvant à la chasse du roi, à Fontainebleau, en 1678, il engagea une lutte avec un sanglier qui Tatteignit même à la botte, et parvint non sans peine, à force de sang-froid, à liii enfoncer son épée dans le corps. Le roi, qui était présent, félicita Brécourt, et raconta le soir l'événement devant toute la cour.

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