‹ Histoire des comédiens de la troupe de MolièreChapitre 5 sur 60 · JOSEPH, GENEVIÈVE & LOUIS BÉJART · texte numérisé non relu

JOSEPH, GENEVIÈVE & LOUIS BÉJART

Nous avons vu quelle place importante occupait Madeleine Béjart dans la troupe de Molière ; il nous reste à nous occuper des autres Béjart, comédiens dans la même troupe, et qui sont au nombre de trois : Joseph, Geneviève et Louis ; et encore ne comprenons-nous pas dans cette énumération Armande Béjart, à qui nous réservons une étude spéciale sous le nom de M"' Molière.

Nous avons dit déjà, dans la biographie de Madeleine, que leur père, Joseph Béjart, huissier audiencier à la grande maîtrise des eaux et forêts, avait eu plusieurs enfants de son mariage avec Marie Hervé, mariage contracté à la paroisse de Saint-Paul, à Paris, le 6 octobre 1615.

Voyons quels étaient ces enfants :

1^ L'atné, Joseph Béjart, du même prénom que le père

né en 1616 ou 1617. Personne jusqu'ici n'est parvenu à retrouver son acte de baptême.

2° Madeleine Béj art 9 qui vintensuite, baptisée à Saint- Paul, le 8 janvier 1618.

3° Geneviève Béjart, baptisée à la môme paroisse, le 2 juillet 1624.

4"" Louis Béjart, baptisé le 4 décembre 1630, à Saint- Merry.

Nous passons sous silence de jeunes enfants dont on retrouve les noms, et décédés en bas âge.

Joseph Béjart, Talné.

La famille des Béjart était assurément fort honorable, mais elle n'était pas fortunée. Aussi, lorsque Madeleine eut débuté avec quelque succès, Joseph n*hésita pas à suivre sa sœur et à se faire comédien. Sans pouvoir fixer la date de son début d'une façon précise, on peut dire qu'il fut de toutes les premières tentatives. On reperd sa trace pendant l'année 1644. Lorsque Molière alla frapper à la porte des jeunes comédiens, Joseph Béjart était de la compagnie.

« Ce fut là que chez nous on eut pitié de toi : « Car nos frères voulant prévenir ta folie, « Dirent qu'il nous fallait faire la comédie. »

Ainsi parle Madeleine dans Élomirê. Mais, pour dire vrai, il aurait fallu dire : mo?i frère^ puisque le jeune Louis n'avait encore que treize ans.

En 1643, nous trouvons le nom de Joseph dans un marché passé entre Léonard Aubry, paveur ordinaire

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des bâtiments du roi, et les comédiens de Y Illustre Théâtre f mais ce nom dispaïatt de tous les actes semblables, dans lesquels les comédiens sont énumérés, jusqu'au 13 août 1645.

Une clause du contrat de société passé entre les comédiens nous a appris c qu'accord est fait entre Glérin « et Joseph Béjart, qui doivent choisir alternativement « les héros. » (30 juin 1643.)

Joseph Béjart bégayait en parlant :

« Et ne pouvant former une troupe d'élite,

« Je me vis obligé de prendre un tas de gueux,

« Dont le mieux fait était bègue.... »

C'est ce qui le força presque toujours à jouer les emplois marqués. En vain un médecin d'Angers, Alexandre Sorin, s'obligea-t-il à le guérir de « la difficulté de parler, » dans l'espace de vingt jours moyennant la somme de deux cents livres; rien n'y fit. On ne se figure guère aujourd'hui un héros de tragédie bégayant. Et cependant le fa^t est absolument authentique.

Nous avons suivi la troupe de la Béjart à travers toutes ses vicissitudes, tant à Paris qu'en province; Joseph eut naturellement sa part de tous ces tracas et de tous ces succès, et comme nous les avons racontés autre part, nous n'y insisterons pas ici.

En 1653, il créa à Lyon Pandolfe dans VEtoiirdi ; et, comme il n'était pas, — ressemblant en cela à sa sœur Madeleine, — un profane dans le commerce des lettres, il profita de la tenue des Etats du Languedoc pour composer : « le Recueil des titres, qualités, blasons et ar- € moiries des prélats et barons des Etats de Languedoc

€ tenus en 1654, » recueil par lui offert, Tannée suivante, au prince de Gontî, qui en accepta la dédicace.

Ce livre n'avait d'autre but sans doute que d'attirer la bienveillance sur la troupe dont il faisait partie. L'ouvrage fut inoprimé à Lyon par Jasserme, et contenait des planches fort coûteuses.

En cette année même, 1654, Joseph joue, d'original, Eraste dans le Dépit ^Imot/reu^ devant les Etats tenus à Béziers, rôle bien différent pourtant de celui de Pandolfe, et qui devait être d'une singulière difficulté à remplir pour un bègue: c Quand on vit —

« Mon bègue dédaigneux déchirer les poulets,

« Et ramener chez soi la belle désolée,

« Ce ne fut que... Ah! Ahl... dans toute rassemblée. »

Joseph revint, s'installa à Paris avec la troupe, comme bien on pense ; mais ce nouveau séjour dans la capitale ne devait pas être de longue durée pour le pauvre comédien, qui avait été à la peine, et allait disparaître sans avoir été à la gloire, à celle du moins des années de triomphe. La troupe avait débuté devant le roi, le 24 octobre 1658 ; or, le 11 mai suivant, Joseph Béjart devait jouer pour la dernière fois. Ce jour-là, W troupe de Monsieur, comme on l'appelait, donnait deux représentations de VEtourdi, l'une au Louvre pour le roi, l'autre sur le théâtre du Petit-Bourbon, pour le public. Celle en public se passa bien; mais, à la cour, Joseph se trouva si souffrant qu'il eut toutes les peines du monde à terminer son rôle. Rentré chez lui, aussitôt après la représentation, il se mît au lit pour ne plus se relever. Il mourut le 21 mai.

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