‹ Histoire des comédiens de la troupe de MolièreChapitre 8 sur 60 · LOUIS BÉJART · texte numérisé non relu

LOUIS BÉJART

aimait-il mieux rentrer dans une sorte de vie plus paisible ? Nul ne le sait.

« Il y a eu du changement dans la troupe, nous dit « Lagrange ; le sieur Béjart, par délibération de toute « la troupe, a été mis à la pension de 1.000 livres, et « est sorti de la troupe. Cette pension a été la pre- « miëre établie à l'exemple de celles qu on donne aux « acteurs de la troupe de l'hôtel de Bourgogne ; le con- « trat en a été passé par devant M* Le Vasseur, notaire, « rue Saint-Honoré, près la barrière des Sergents, le « 16 avril 1670. »

La fermeture eut lieu par r Avare, le dimanche 23 mars, et la réouverture, le 18 avril vendredi.

Si rbn ajoute à cette pension de 1.000 livres, les 400 livres de rente que lui laissa sa sœur Madeleine, et l'argent qu'il avait pu mettre de côté, on peut voir que Béjart vivait dans une honnête aisance. Quatorze cents livres de rente, à cette époque, correspondent pour le moins à 6.000 francs, de nos jours.

Cette pension, en outre, a cela de particulier qu'elle est la première pension accordée à un artiste de la Comédie-Française proprement dite. Béjart cadet est donc le premier pensionnaire attitré de la Comédie.

Tant qu'il fut comédien, Béjart prit le titre d'officier de Monsieur dans les actes où nous retrouvons sa signature. C'est ainsi du moins qu'il est qualifié dans un acte de baptême de la fille d'un bourgeois de Paris, daté du 16 février 1664, et où Louis Béjart fut parrain avec la femme de Molière. Mais lorsqu'il fut retiré du théâtre, il s'intitula ingénieur du roi. La version que nous

avons donnée plus haut, est donc assez plausible. Béjart se retira sans doute du théâtre à la suite de son accident, et comme il étaitjeune encore et plein d'activité, il embrassa une nouvelle carrière et obtint, par ses protections et celles de Moliëre^u ne place comme ingénieur du roi. (Contrat de Jean-Baptiste Aubry avec Geneviève Béjart, 15 septembre 1672.)

Louis Béjart habita toujours à Paris avec son frère et ses sœurs. C'était un commensal de plus sous le toit de Molière ; lorsque Molière mourut, il alla demeurer chez sa veuve, en compagnie d' Aubry et de sa femme Geneviève, en une maison sise à Paris rue de Seine, appelée Hôtel d'Arras, paroisse Saint-Sulpice.

Mais, chose singulière, lorsque la veuve de Molière se remaria avec le comédien Guérin, le 29 mai 1G77, nous ne voyons le nom de Louis Béjart figurer ni au contrat, ni à Tacte de mariage. Y avait-il un froid entre Fonde et la nièce, ou est-ce un simple hasard?

Ou bien, plutôt encore, VEguisé avait-îl compris, comofie il est permis de le croire, qu'il était bien peu digne, quand on portait 1a nom de Molière, de l'échanger contre celui de Guérin?

Béjart mourut jeune encore.

Il s'éteignit le 13 octobre 1678, et fut enterré à Saint-Sulpice, aux côtés sans doute de sa sœur Geneviève.

Ainsi, de toute cette tribu des Béjart, il ne restait plus qu'Armande, fille de Madeleine, et, remarque à enregistrer, aucun d'eux n'avait vécu bien vieux. Joseph mourut à quarante deux ans, Madeleine à cinquante-

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quatre, Geneviève à cinquante et un, lui succombait à

quarante-huit.

Une seule figure, parmi eux tous, devait surpasser les autres de cent coudées.

Celle-là s'appelait Madeleine Béjart, et nous avons essayé de la dépeindre.

Quant aux autres, braves et honnêtes gens, et forl dignes de considération, ils seraient sans doute restés des comédiens de province fort obscurs sans Madeleine et sans Molière.

Mais ils ont droit d*avoir leur petite place dans la postérité, pour avoir vécu de la même vie que le poète, couché sous son toit, mangé à sa table, durant trente ans, et combattu, soldats obscurs et dévoués à ses côtés, les jours des grandes batailles.

C'est pourquoi nous avons essayé de les tirer un peu des ténèbres épaisses et de Toubli où ils dormaient.

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