‹ Histoire des commandements de l'eglise [microform]Chapitre 105 sur 141 · Cf. Rationale ûivinor. officior,, c. vin-xi · texte numérisé non relu

Cf. Rationale ûivinor. officior,, c. vin-xi

autrefois dans la primitive Église ; aujourd'hui il n'est disent-ils, que de conseil ^

La déchéance était complète ; elle fut irréparable. Les rares canonistes qui s'en occupent encore suivent purement et simplement l'enseignement de la Glose. Fagnan lui-même, s'appuyant sur la doctrine d'Innocent IV et d'Abbas, affirme que, d'après l'opinion commune, le jeûne du vendredi n'est plus que de simple conseil et non de précepte, de même qu'est devenue de simple conseil l'abstinence du mercredi 2.

La discipline en est restée là. L'abstinence de la chair, le vendredi, demeure Tune des pratiques les plus fermes et les plus considérées, dans l'ensemble de l'Eglise, par tous les bons chrétiens ^. Elle est, parfois, l'occasion de mortifications qui paraissent des professions de foi héroïques, pour certains chrétiens de nos jours : actes de vertu qui pèseront d'un poids heureusement lourd dans la balance de la justice divine.

Le samedi. — La discipline du samedi n'est pas aussi ancienne et n'a pas eu un cours aussi paisible

d. Cf. Glose \° Solvenda. « Ab his qui ad hoc voto vel poenitentia sunt adstricti. Vel die quod hoc fuit in primitiva Ecclesia necessitatis ; hodie vero consilii. • H, et 6.

2. « An autem sexta feria non solum abstinentia a carnibus, sed etiam jejunium sit in praecepto, Doctores non conveniunt, sed communiter tenetur jejunium non esse ex praecepto, sed ex consilio tantum, prout de communi testatur Abb... et notât Innoc. » In c. Consiliutn, de Observât, jejunior., n° 23.

3. Cf. pourtant l'induit du 6 mai 1899 pour les pays de l'Amérique latine, les induits concédés pour les diocèses de l'Amérique du Nord, pour les nègres, et les concessions spéciales périodiquement renouvelées pour l'Espagne, par la bulle de la Croisade, concessions qui, grâce au Summarium carnis, n'imposent l'abstinence qu'une quinzaine de jours par an.

que celle du vendredi. Pour l'introduire dans la pratique du peuple chrétien, il a fallu de longs efforts, elle a été l'occasion de discussions très vives; et lorsque les papes crurent avoir obtenu le succès, ce ne fut que pour un instant. Le rocher que l'on avait tant peiné à rouler jusqu'au haut de la montagne est redescendu d'un bond. De l'éphémère succès il n'est resté qu'un demi-distique assez médiocre et qui peutêtre n'était plus vraile jour où, pour lapremière fois, on l'énonça. C'est que l'observance du samedi, au lieu de prendre sa source dans le lit de la discipline primitive, où n'existait pas encore la différence entre Église orientale et occidentale, commença beaucoup plus tard, en Occident, et se trouva, dès le premier jour, opposée à une discipline orientale plus ancienne, qui prétendait se rattacher directement aux apôtres et se conformer à leurs traditions.

Eneffet,dansle recueil antique intitulé Canons des i4/?d?/'es, on menace de déposition le clerc, et d'excommunication le laïc qui aurait jeûné le samedi, à l'exception d'un seul samedi par an^ De leur côté, les Constitutions apostoliques décident en termes exprès que, même en Carême, on ne jeûnera jamais le samedi, excepté le samedi saint ^.

1. « El Tiç xXYipixbç £Ûpe6^ Triv xupiaxriv :fi|XEpav wictteumv '^ t6 cra6êttTov ttXïjv tou Ivb; [lovou, xataipeidôw el 8s Xaixà;, àcpopiÇÉffâw. » c. Lxv. Bruns, t. I, 10.

2. « Mandavit autem... per ipsum sabbatum (le samedi saint) jejunare ; non quod jejunandum sit sabbalo, die quo a creatione est cessatum, sed quod illo solo jejunarl oporteat, in quo scilicet Creator adhuc sub terra erat. » ConsU Apost., 1. v, c. xv. P. L., t. I, 870-880.

Cette tradition ne s'était même pas confinée aux pays orientaux, car nous savons qu'elle était pratiquée à Milan, au temps de saint Ambroise ^ Mais, en Orient surtout et dans les pays qui lui étaient. liturgiquement apparentés, on solemnisait le samedi comme un jour de fête, tout en s'efforçant de lui enlever le caractère spécial du sabbat juif : pendant le Carême, c'était à ce jour et au dimanche qu'était réservée la célébration des anniversaires de martyrs 2.

Si, en Orient, le samedi participait plutôt du dimanche, en Occident au contraire il participait plutôt du vendredi. On y prolongeait en effet le jeûne du jour précédent, au point d'en faire une observance générale dont s'occupèrent les conciles^, par exemple celui d'Elvire.

La décision du concile d'Elvire créa peut-être l'uniformité en Espagne et en Gaule; ailleurs, les discussions, vers la fin du iv^ siècle et le commencement du v^, étaient fort vives. Chrétiens d'Orient et chrétiens de Rome se taxaient réciproquement d'hérésie et de schisme ; les premiers reprochant à Rome des

1. « Quadragesima totis praeter sabbatum et dominicum jejunatur diebus. » De Elia etjejunio, c. x. P. L., t. XIY, 708. —Il faut l'attribuer sans doute aux origines en partie orientales de cette Église.

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