cf. Conc, Laodicen. (vers 380), c. li. Bruns
3. Le concile d'Elvire (c. xxvi. Budns, t. n, ,5) interdit-il, comme une erreur, de faire les superpositions du vendredi au samedi, comme le pense Me^Duchesne; le prescrivit-il, au contraire, comme le croit dom H. Leclerq ? J'avoue ne savoir lequel a raison. D'ailleurs, ce qui importe dans l'espèce, c'est de constater qu'en Espagne on jeûnait le samedi.
fausser la tradition apostolique, les seconds adressant à leurs adversaires le reproche de ne pas obéir à la direction donnée par le pontife suprême.
Nous savons par la correspondance de saint Jérôme et par celle de saint Augustin quel trouble ces discussions et cette diversité de discipline en une matière de pratique fréquente jetaient dans les âmes. A chaque instant ces grands docteurs devaient répondre aux questions anxieuses des âmes chrétiennes et des prêtres qui craignaient, en ne se conformant pas aux usages de l'une ou de l'autre partie de l'Église, de mettre en péril leur salut ou celui des âmes qui leur étaient confiées. Saint Jérôme qui, dans ses voyages, s'était heurté à tant de coutumes diverses, y avait appris, au moins sur ce point, une équitable tolérance. A Lucinus qui lui demande : faut-il jeûner le samedi? il répond : « Les traditions de l'Église (celles qui ne portent pas atteinte à la foi), garde-les comme tu les as reçues des Anciens, et ne les heurte pas contre les traditions opposées. Plût à Dieu que nous puissions jeûner toujours ! mais puisque nous ne le pouvons pas, laissons chaque province abonder dans son sens et observer comme lois apostoliques les préceptes des Anciens ^ »
!• « De Sabbalo quod quaeris, utrum jejunandum sit... Ego illud breviter te admonendum puto, traditiones ecclesiasticas (praesertim quae fidei non officiant) ita observandas, ut a majoribus traditae sunt ; nec aliorum consuetudinem alioram contrario more subverti. Atque utinam omni tempore jejunare possimus... sed unaquaeque provincia abundet in sensu suo, et praecepla majorum, loges apostolicas arbitretur. » Epist. ad Luciniim, 6. P. L., t. XXII, 6T2.
Saint Augustin n'est pas moins prudent. A Januarius qui l'a questionné sur ce même sujet, il raconte la réponse qu'il reçut de saint Ambroise quand il alla lui soumettre les scrupules de sa pieuse mère. Monique, en arrivant à Milan, fut très étonnée (ce qui indiquerait que la discipline d'Afrique était sur ce point conforme à celle de Rome) de constater qu'on n'y jeûnait pas le samedi. Que devait-elle faire ? Elle l'ignorait. N'osant aller elle-même consulter l'évêque, elle y envoya son fils. Aux questions d'Augustin, Ambroise répondit qu'il n'avait aucun enseignement particulier à lui imposer et que, s'il avait connu un usage meilleur que celui de Milan, il l'aurait suivi. Comme Augustin ne paraissait pas satisfait, il lui résuma ainsi sa pensée: quand je vais à Rome, j'y observe le jeûne; quand je reste à Milan, je me conforme à l'usage de Milan : faites de même quand vous ne voulez scandaliser personne, et suivez l'usage du pays que vous habitez, sans juger ni condamner les autres ^
Mais, dans sa réponse à un autre correspondant, Augustin laisse plus libre jeu à son esprit. Casulanus lui a demandé ingénument : est-il permis de jeûner le samedi? Il répond d'abord que la permission de jeûner ce jour-là n'est pas douteuse, puisque sans cela Jésus- Christ n'auraitpas jeûné quarante jours de suite. Mais y a-t-il obligation de le faire? A la question ainsi posée, il répond qu'un romain, qu'il désigne sous le surnom
1. Epist. LIY, adlnqiiisU. Januarii, c. ii. P. L., t. xxxni, 200-2W.
d'Urbicus, a voulu le prouver. Toutefois, comme Urbicus n'avait ni dans l'Ecriture ni dans la Tradition les arguments nécessaires, il les a remplacés par des injures contre les instincts gourmands et sensuels de ceux qui ne jeûnent pas ce jour-là : il n'a pas compris, le malheureux ! que les injures ne sont pas des preuves et qu'on pourrait les rétorquer contre lui pour les jours où l'Église de Rome n'imite pas les autres et ne jeûne pas. Il ne faut pas, sur ces matières où l'Écriture n'a rien décidé, mettre en lutte tradition contre tradition : la paix du monde en est troublée sans nul profit, les disputes s'éternisent et la charité en souffre. Que chacun suive son évêque, l'usage de sa propre Eglise et du pays qu'il habite ^ .
Ces plaintes de l' évêque d'Hippone indiquent assez clairement combien certaines âmes souffraient des interminables discussions soulevées par ces diversités de discipline.
Quand il écrivait en ces termes un peu vifs contre l'Urbicus, Augustin n'avait aucunement l'intention de blâmer ni de condamner le jeûne du samedi : il aimait au contraire que chaque Église gardât ses coutumes particulières, fussent-elles parfois en opposition avec celles d'autres Églises ; il admirait en elles la parure
!• « Quid ergo me consulis, utrum liceat sabbato jejunare ? Respondeo, si nuUo modo liceret, profecto quadraginta continues dies nec Moyses et nec Elias, nec ipse Dominus jejunasset... In his rébus, de fjuibus nihil certi statuit Scriptura divina, mes populi Dei vel institituta majorum pro lege tenenda sunt. De quibus si dlsputare voluerimus, et ex aliorum consuetudine alios improbare, orietur interminata luctatio... . Epnt. LXXXVI, adCasxaanum., c. xiii. P. L., t. XXXIII, ■130.
variée, dont parlent les psaumes, de cette reine qu'est l'Eglise catholique, et il le dit en propres termes dans cette même lettre à Casulanus^ Son opposition et son blâme s'adressaient uniquement aux violences de langage du champion intransigeant et outrancier d'une cause d'ailleurs légitime. Pourvu qu'on laissât à l'Orient et aux Églises qui en dépendaient leurs usages antiques, il eût admis sans difficulté que Rome cherchât, partout ailleurs, à implanter sa discipline. C'était précisément ce que le pape Innocent P"" s'efforçait d'obtenir de l'évêque Decentius d'Eugubium. Il insiste vivement sur l'obligation qu'il y a de jeûner le samedi comme le vendredi. Et voici l'argument qu'il invoque. Notre vendredi et notre dimanche, dit-il, sont le rappel fait chaque semaine des grands souvenirs de la Passion : le dimanche, c'est la Pâque de résurrection, le vendredi, c'est la Passion; ces souvenirs sont le seul motif pour lequel nous célébrons l'un et l'autre jour. Or, entre les deux, le samedi rappelle la tristesse des apôtres et leur douleur pendant qu'ils se cachaient par crainte des Juifs. Pourquoi ne pas consacrer aussi par ce souvenir le samedi de chaque semaine en le vouant à la pénitence ^ ?
l.Jôîci., n» 31.
2. « Sabbato vero jejunandum esse, ratio evidentissima demonstrat. Nam, sidiem dominicain ob venerabilem resurrectionem Domini nostri Jesu Chrisli nonsolum in Pascha celebramus verum etiamper singulas liebdomadas ipsius diei imaginera frequentamus, ac sicut sexta feria propter passionem Domini jejunamus, sabbatum praetermittere non debemus, quoniam inter tristitiam et laetitiam temporis illius videtur inclusum. Nam utique constat, Apostolos biduoisto et in moerore fuisse, et propter metum Judaeorum se occuluisse. Quod utique non dubium
Tel était Targument. On le corsera plus tard d'un souvenir et d'une tradition que le pape ignorait encore, que le célèbre moine Cassien recueillit dans ses voyages et livrera aux historiens futurs : la discipline romaine touchant le jeûne du samedi repose sur la base résistante d'une vraie tradition romaine : c'est saint Pierre lui-même qui l'aurait instituée, pour Rome seulement, en souvenir du samedi où il jeûna afin d'invoquer le secours de Dieu dans sa lutte contre Simon le Magicien ^ .
Nous ne savons si les instances du pape Innocent obtinrent partout le résultat qu'il désirait et si le samedi devint en Italie jour de jeûne; mais nous savons déjà qu'en Gaule le concile d'Agde obligeait à jeûner les samedis de Carême et que le concile d'Orléans de 541 imposait la même loi ^, Au vu® siècle, saint Isidore de Séville nous apprend qu'en Espagne on jeûnait le samedi et précisément pour des motifs semblables
est in tantum eos jejunasse biduo memorato, ut traditio Ecclesiae habeat isto biduo sacramenta penitus non celebrari. Quae eliam forma per singulas tenenda est hebdomadas propter id, quod commemoratio diei illius semper est celebranda. Quod si putant semel atque une sabbato jejunandum, ergo et dominica, et sexta feria semel in Pascha eritutique celebranda. » Epîst. XXV, adDecent. Eugubin.,c. iv.P. L., t. XX, S5o.
1. « Cujus moderaminis causam nonnuUi in quibusdam Occldentalibus civitatibus ignorantes, et maxime in Urbe, idcirco putant ahsolutionem sabbati minime debere praesumi, quod apostolum Petrum eadem die contra Simonem conflictaturum asserant jejunasse. Ex quo magis apparet hoc eum non consuetudine canonica fecisse, sed praesentis potiûs necessitate conflictus. Siquidem et ibi pro hac eadem re non générale, sed spéciale videtur Petrus discipulis suis jejunium induxisse; quodutique non fecisset, si scisset illud canonica consuetudine solere servari. » Institut.,l. ni, c. x. P. L., t. XLIX, 147.