CHAPITRE IX
En France, nos listes modernes des commandements de l'Église omettent une prescription sur laquelle on insistait au contraire beaucoup dans les siècles précédents, dont l'équivalent se retrouve dans les pays où l'entretien des ministres du culte n'est pas complètement assuré par l'Etat, et qu'il est nécessaire de rappeler aux chrétiens, nos compatriotes. Nous voulons parler des dîmes, non pas avec cette signification d'impôt déterminé qu'on lui donnait dans le texte connu des catéchismes d'autrefois ;
Hors le temps, noces ne feras, payant les dîmes justement ;
ou dans celui des catéchismes canadiens :
Droits et dîmes tu paieras à l'Église fidèlement;
mais dans le sens qu'on lui donne, par exemple, dans les catéchismes les plus utilisés aux États-Unis : contribuer à l'entretien de l'Église et des ministres du
culte ^ Rappeler ce commandement ne serait certes pas innover, car il n'est pas un seul des autres commandements sur lequel l'Église ait plus insisté et qui soit muni d'attestations plus nombreuses, si ce n'est plus anciennes.
Les historiens de la discipline ecclésiastique font remonter la prescription de la dîme aux origines mêmes de l'Eglise. Thomassin en découvre la première application dans l'acte par lequel les chrétiens de Jérusalem vendaient leurs biens et en remettaient le prix aux Apôtres pour l'entretien des prédicateurs de l'Evangile et des pauvres; car, note-t-il, « qui donne tout, donne sans doute plus que les prémices et les dîmes ^ ». Sans doute. Il ne faudrait pourtant pas exagérer la portée de cet exemple et y voir l'origine de la dîme avec tous les caractères que celle-ci devait revêtir, en particulier celui d'une obligation juridique. Les chrétiens de Jérusalem, s'ils donnaient ainsi un exemple admirable et s'ils faisaient une aumône éminemment méritoire, n'avaient pas conscience ni intention déposer, par cet acte, les bases d'un nouveau droit qui les obligerait eux et leurs successeurs indéfiniment.
Le principe. — L'acte des chrétiens primitifs n'en avait pas moins une très haute signification. Il supposait, à sa manière, le principe de la dîme, le principe d'une obligation que l'Église acceptait, qu'ensuite elle
1. Voir en particulier le catéchisme de Farber ou celui de Deharbes.
2. AncwwM et nouvelle discipline de l'Église, 3« partie, 1. 1, c; i-
imposerait, parce qu'ainsi l'exigeait la logique des choses. Si les fidèles voulaient bénéficier en tout temps et chaque fois qu'ils l'estimeraient nécessaire de l'activité spirituelle des ministres du culte, ne devaient-ils pas leur fournir les ressources convenables ? Les prédicateurs et les apôtres pourraient-ils se dé vouer tout entiers à leur mission spirituelle, s'ils étaient absorbés par les soucis quotidiens de la vie matérielle? Les chrétiens le comprirent et saint Paul prit soin, plus d'une fois, de le rappeler à ceux qui étaient tentés de l'oublier. « Si nous avons jeté parmi vous la semence spirituelle, dit-il, est-il donc si exorbitant que nous prenions une part dans vos moissons matérielles? D'autres l'ont fait parmi les apôtres, pourquoi n'aurais-je pas le droit de le faire? Dieu a donné l'ordre à ceux qui prêchent l'Evangile, de vivre de l'Evangile. Que celui donc qui est catéchisé soutienne de ses biens celui qui le catéchise ^.. »
Le nom de cette contribution était tout indiqué. Dans la loi mosaïque, les lévites étaient entretenus avec les dîmes que leur payaient les autres tribus : les dîmes volontaires des fidèles chrétiens assureraient aux lévites de la Loi nouvelle le nécessaire de la vie. Ainsi les ministres de l'Évangile pourraient se donner tout entiers au salut des âmes et ne vivre que pour le sacrifice et pour l'autel. Telle était déjà la pensée de saint Cyprien2.