Ibid., ni
sente pendant les trois premiers siècles l'obligation d'assister à la messe dominicale. C'est un devoir non codifié, imposé par la tradition, et auquel on ne pourrait manquer sans faire en quelque sorte abandon du christianisme, sans s'exposer, par suite, à la menace divine contenue dans le texte évang-élique : Quiconque me reniera devant les hommes je le renierai aussi devant mon Père qui est dans les deux (Matth., x, 33).
Après le iv® siècle. — A partir du iv^ siècle, l'Eglise, vivant au grand jour et reconnue par Constantin, vit s'accroître rapidement le nombre de ses enfants. Mais leur qualité ne fut pas toujours égale à leur nombre ; aussi les conciles durent-ils multiplier leurs avertissements et leurs prescriptions. Les uns et les autres portèrent en premier lieu sur l'assistance à la messe du dimanche. Avant même l'édit de Milan, le concile d'Elvire, sanctionnant sans doute une discipline déjà ancienne, prenait la décision suivante : « Si quelqu'un, établi dans une cité, restait trois dimanches sans aller à l'église, on le privera quelque temps de la communion ^ . » Cette sanction était une véritable excommunication temporaire. Bien qu'elle n'eût pas derrière elle tout un passé douloureux, cette peine n'en était pas moins grave et elle affirmait l'importance que l'on attachait au précepte dominical.
1. « Si quis in civitate positus, 1res dominicas ad ecclesiam non accesserit, pauco tempore abstineatur, ut correplus esse videalur. » Conc. EUberitan. (vers 300), c. xxi. Bruns, Canones Apostolorum et Conciliorum, t. II, 5. — C'est ce recueil que l'on désignera désormais sous celte forme : Bruns, t. I ou II.
La prescription d'Elvire ne resta pas lettre morte. Près d'un demi-siècle plus tard, au concile de Sardique, le grand évêque Osius en parlait comme d'un texte connu* dont il se faisait argument contre certains évêques.
Une nouvelle preuve de cette importance nous est donnée par les Constitutions Apostoliques (fin iv^ siècle). Voici de quelle manière. Ce n'est pas à des disci-^ pies quelconques, ni même à de simples apôtres, qu'elles attribuent la loi qui prescrit la sanctification du dimanche ; c'est aux deux principaux personnages du collège apostolique : « Nous Pierre et Paul, nous décidons que pendant cinq jours les esclaves travaillent, mais que le samedi et le dimanche ils le passent dans l'église ^. » Et dans un passage antérieur elles avaient dit encore plus explicitement : « Le dimanche, réunissez-vous pour rendre grâce à Dieu et reconnaître lés bienfaits qu'il nous a donnés par le Christ... afin que votre sacrifice soit aussi sans reproche^. »
Entre temps on avait eu mieux encore : la pratique du peuple chrétien et l'enseignement des évêques
4. Conc. Sardicense, c. xi (texte grec) et xiv (version latine). Bruns, t. 1,400 et 101.
2. « Ego Pefrus et ego Paulus constituimus ut servi quinque diebus opus faciant, sabbato autem et dominico die vacent in ecclesia propler doctrinam religionis (St« tt?iv SiôaffxaXtav iv); sùffeSeia;). » Constît. ApostoL, I. vni, c. XXXIII. P. G., t. I, 1133.
3. « Die resurrectionis Domini, quem dorainicum dicimus, convenite sine uUa intermissione ad agendum gratias Deo, et profitendum bénéficia, quibus nosDeus per Christum affecit,... ut sic sacrificium vestrum reprehensione careat; sitque Deo acceplum et gratum. » Ibid., 1. VII, c. XXXI, col. 4022. — Cf. Didasealie syriaque, c. xni. Canoniste Contemporain, t. XXïV, 344.
avaient inspiré à Constantin des mesures qui devaient exercer sur cette discipline une heureuse influence, celle du bon exemple venu de haut et donné par des agglomérations importantes. Eusèbe nous raconte, dans sa vie de Constantin, que le premier empereur chrétien voulut qu'un jour fût consacré à la prière et qu'il choisit le dimanche. Il invita non seulement par son exemple mais encore par d'autres moyens tout le monde à faire de même. Ce jour-là, tous les soldats chrétiens avaient la liberté d'obéir au précepte de l'Eglise, et les autres se réunissaient en un lieu désigné pour adresser à Dieu une prière que l'empereur lui-même avait composée ^ .
Il semble donc que le principe de l'assistance obligatoire à la messe du dimanche dans les cités pourvues du clergé nécessaire était dès lors admis. Mais il s'en faut que l'obéissance fût toujours complète.
Les textes du v^ siècle, par exemple celui du concile d'Afrique que nous citerons plus loin, et qui réclamait la fermeture des théâtres et autres spectacles le dimanche 2, celui du premier concile dit de saint Patrice ^, montrent, en môme temps, que l'obligation de fréquenter l'église le dimanche était connue, mais que les mauvais chrétiens usaient de tous les prétextes pour s'en exempter. Toutefois, il y a lieu
1. Vita Constantinî, 1. IV, c.xviii, xis, xx et seq. P. G,, t. XX, H66 et suiv. Cf. De solemnii. pascali, c. vu et xri : « Omai die dominica per corpus sanctiûcatum ipsius salutaris ,Paschatis vivificamur, et pretioso sanguine ipsius in anima obsignaraur. » P. G., t. XXIV, 706.
2. Codex canonum Ecclesiae africanae, c. lxi. Bruxs, t. I, 470.