Id., dub. ni, n
2. Dictionnaire des cas de conscience, Messe, cas LUI (édit. 1730), t. II, p. iUG.
prescrite par les rubriques? Aujourd'hui, nous avons peine à croire qu'on pût même soulever cette question et prétendre imposer aux fidèles, sous peine de péché mortel, l'assistance à une messe conforme aux rubriques. Pourtant la théorie eut ses défenseurs. Le plus connu d'entre eux, Angelo de Chivasso (plus connu sous le nom d' Angelo de Clavasio), affirmait sans hésitation qu'on ne satisfaisait pas au précepte d'entendre la messe en assistant à une autre messe que celle du jour, et il s'appuyait sur le ch. Quidam laicoj'um, X, de celebratione missarum. Il voulait bien admettre toutefois que le commun du peuple était excusable à cause de son ignorance ^ ; c'était heureux ! Même réduite à une pure question de principe, l'opinion eut peu de succès. Le rigide Fagnan, après avoir résumé le débat et cité, contre Angelo de Clavasio, saint Antonin, Silvestre, Navarrus, Soto, concluait qu'il n'y avait pour personne obligation d'entendre la messe propre du jour ou conforme à l'office, et que l'on satisfaisait au précepte par une messe quelconque K Sa conclusion fut celle des rares moralistes qui, dans les années suivantes, examinèrent encore la question. Depuis longtemps on n'en parle plus.
1. « Unde tnissas peculiares audiens, non satisfacit praecepto de audienda missa; quia illa quae praecipitur est missa de festo vel quae secundum officium débet dici... Credo tamen quod seculares propter ignorantiani excusentur : sed non célébrantes. » V® Missa, n" 33. Summa Angelica de Casibus conscientie.
2. t Conclude igitur neminem obligari... ad audiendam missam propriam illius diei seu de officie currenti, sed satisfacere praecepto Ecclesiae audiendo quaralibet missam peculiarem seu votivam. » in cap. Quidam laicorwm, X, de Celebr. missar., n" 2 et seq.
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L'assistance aux Vêpres. — Mais à peine les théologiens étaient-ils tombés d'accord que le précepte dominical n'exigeait pas absolument l'assistance à la messe paroissiale, qu'une nouvelle théorie se fît jour. Elle fut soutenue surtout en France et en Belgique où nous avons vu que l'on maintint plus longtemps qu'il y avait, pour les paroissiens, obligation d'assister à la messe paroissiale, à l'exclusion des autres églises ou des oratoires privés.
Cette nouvelle théorie affirmait qu'il y avait obligation, pour satisfaire au premier commandement de l'Eglise, d'assister encore aux vêpres, au sermon, etc. Il y eut même parmi ses champions deux partis. L'extrême droite, si l'on peut employer en cette matière ces expressions du langage parlementaire, enseignait que les fidèles devaient non seulement assister à la messe, mais encore passer le reste du jour dans les exercices de piété, et qu'il pouvait même y avoir péché mortel à manquer les vêpres. Telle était l'opinion de Noël Alexandre. Après avoir cité divers textes des conciles de Milan (1573), Reims (1583), Aix (1585), Aquilée (1596), il concluait ainsi : « Quoique ce ne soit pas péché mortel de manquer aux vêpres et au sermon, les dimanches et jours de fête, comme c'est péché mortel de manquer à la messe, on n'est pourtant pas exempt de toute faute, à moins que l'on ait une juste cause. Le jour de fête, il faut le sanctifier tout entier et consacrer à Dieu l'après-midi comme le matin. Parfois même il y a péché grave à manquer les vêpres, si on emploie ce temps à des repas,
aux jeux, aux danses, de façon à donner scandale ^. y> Mais cette opinion paraissait trop sévère et son fondement trop incertain pour être généralement admise. Elle faisait reposer l'obligation d'assister aux vêpres sur un précepte divin ou ecclésiastique dont il était malaisé de faire la preuve. Sans doute les conciles engageaient les fidèles à sanctifier les dimanches et les fêtes, en particulier par l'assistance aux vêpres, mais rien ne prouvait que ce fût une obligation stricte, et on n'en pouvait tirer d'autre conclusion que celle des conférences d'Angers : « comme l'on sanctifie la matinée les dimanches et les fêtes en entendant la messe, on sanctifie l'après-dînée en assistant à vêpres ^ », et que la théologie de Lyon (de Montazet) exprimait plus rudement encore : « A entendre la messe, disait-elle, on passe à peine une demi-heure ; le sens commun proteste que cela ne suffit pas pour des chrétiens, puisque cela ne fait même pas la vingtième partie de la journée^. » Billuart et Pontas affirmèrent, sans
1. « Quamvis ergo concioni, et Vespertinis officiis non adesse dominicis et festis diebus, lethale peccatum non sit, sicut lethale peccatum est missam integram sacris illis diebus non audire : non tamen nullum peccatum est déesse verbi Dei audition!, cum sacra concio habetur, et vespertinis officiis, nisi justa causa quis praepeditus sit : quia solidus dies festus sanctiflcandus est, nec raaiutinis damtaxat, sed pomeridianis lioris Dec vacandum. Et quandoque lethale peccatum est a Vesperarum officio abesse, si quis verbi gratia commessationi, ludo, choreis, cum scandalo vacet, quo tempore celebratur. » Theolog. dogmat. et mor., 1. IV, c. v, art. 6. Reg. 10.
2. Conférences d'Angers sur les commandements de Dieu, âyriinu, 3" question.
3. « In missa audienda vix consumitur média hora : atqui clamât sensus communis, non satis esse ut Christiani Deum per mediam t antum horam colant, cum ne vigesimam quidem diei partem efOclat. »
hésitation, qu'il n'y avait, à manquer les vêpres, qu'une faute vénielle, et ils fondèrent l'obligation d'y assister sur un principe ferme, la coutume : « Telle est la coutume des fidèles qui tous comprennent ce devoir, mais le mettent sur un degré inférieur à celui de l'assistance à la messe ^ » Ce principe donnait une base juridique précise que l'on pouvait désormais discuter avec fruit. Bien plus, le seul fait de donner un tel fondement à cette obligation permettait, par voie de conséquence, d'établir, selon l'état de la coutume, la culpabilité des fidèles négligents. Aujourd'hui, les théologiens que nous venons de citer s'étonneraient du relâchement que supposent nos solutions établies cependant sur les mêmes bases que les leurs. Le P. Marc écrit qu'il n'y a pas d'obligation proprement dite d'assister aux vêpres ; mais il faut vivement exhorter les fidèles à y assister 2. Lehmkuhl est du même avis^, et c'est aussi la doctrine commune des théologiens.
Compend. Institut, théologie, quae, anno 1780, Lugduni editae sunt. D praeceptis Ecclesiae, t. II, c. 11, p. 235.
1. « obligantur fidèles sub peccato veniali adesse Vesperis diebus dominicis et festis... quia sic fert consuetudo populi Christian!, nec est uUus, saltem in bis partibus, qui aliquam obligationem audiendi Yesperas his diebus non appréhendât, minorem tamen obligatione audiendi mlssam, et ideo de hujusmodi omissione se accusant, distinguendo tamen inter omissionem missae et vesperarum. » Billuart, Tract, de religione, dissert. 6, art. 3, § Dico 4*. — Pontas, Dictionnaire des cas de conscience, V dimanche, cas II.
2. M NuUa est obligatio, per se et directe urgens, assistendi vesperis ; ita communiter theologi. — Verumtamen, multum fidèles adhortandi sunt ut assistant. » Institut, morales, p. II, sect. II, tract. III, c. I, n» 657.
• Praeter assistentiam missae nihi] aliud proprie praecipitur, ita
Résumé. — Ainsi était constitué dans tout son être le précepte de l'assistance à la messe dominicale. Les moralistes ont discuté minutieusement toutes les circonstances dans lesquelles un chrétien peut se trouver vis-à-vis de lui, mais c'est là une question de casuistique qui ne change rien au précepte lui-même. Ce précepte, nous l'avons vu imposé peu à peu, dès la primitive Église, par la force des choses et sans qu'une sanction juridique en châtiât la désobéissance; puis, le concile d'Elvire a menacé d'excommunication ceux qui manquaient à la messe trois dimanches de suite; plus tard, on a travaillé à obtenir l'assistance à la messe entière de tous, même des serfs et, comme dit un concile, des idiotae; l'évêque eut le droit de punir les délinquants, le pouvoir séculier lui prêta main-forte. Au moment où régna souverainement le pouvoir féodal, la paroisse, elle aussi, fut le centre nécessaire : à l'église paroissiale on devait entendre la messe, sous peine de ne pas satisfaire au précepte ; même on put craindre un instant de voir les rubriques élevées à la hauteur de loi sociale pour tous, pour les savants comme pour les ignorants. Mais, par la force des choses et des hommes, on revint peu à peu à ce qui constituait, sans doute, dès l'origine, l'essence du commandement, l'assistance pure et simple à une messe entière, le dimanche.
ut neque devotionis pomeridionalis, neque concionis assislentia ex se obligatoria sit. » Theolog. -moral, specialis, p. l, c. iv, art. 2, § 2, t. I, n» 836.