PREFACE. VII
qui devenait par le baptême membre de la société fondée par Jésus-Christ, manifestait par le fait même sa volonté d'obéir à l'Église et d'observer les pratiques, rituelles et autres, qui constituent la vie chrétienne extérieure. Toutefois ces pratiques, ou plutôt leur degré d'obligation et leur fréquence, étaient déterminées, aux premiers siècles, par l'usage beaucoup plus que par des règlements positifs et uniformes.
Au reste, il ne pouvait guère en être autrement; car ce que l'Eglise pouvait demander, ce qu'elle demande encore à tous les fidèles, abstraction faite de la loi morale, c'est leur participation aux mystères, au culte divin entendu au sens le plus large. L'assistance à la messe le dimanche, la sanctification des jours de fête, la participation effective au sacrifice eucharistique par la communion, et même la réception du sacrement de pénitence, devenue la préparation normale à la communion, sont autant de pratiques du culte. Et c'est encore au culte qu'il faut rattacher, si on veut les bien comprendre, les jeûnes, les vigiles, et jusqu'à l'abstinence, reste de l'antique jeûne hebdomadaire. Enfin, les offrandes des fidèles sous forme de prémices et d'oblations, leur contribution tarifée plus tard sous forme de dîmes, relèvent elles-mêmes du culte, puisqu'elles sont destinées à subvenir aux besoins des églises et
Yiii PRÉFACE.
des ministres du culte. Seulement, dans une société assez fervente pour que les négligences y soient exceptionnelles, il n'est pas nécessaire de déterminer par le menu les actes strictement obligatoires pour chaque fidèle; c'est pourquoi les documents des premiers siècles ressemblent plus à des directions et instructions qu'à des préceptes canoniques. Mais lorsque les foules furent entrées dans la société chrétienne, l'autorité ecclésiastique se trouva bientôt dans la nécessité de préciser, de rappeler sans cesse les obligations imposées à tous les fidèles; et telle est l'histoire dont on suit avec un vif intérêt les étapes successives dans votre livre.
Cette histoire se résume, en définitive, dans les innombrables rappels de la législation canonique, dans la lutte toujours renaissante contre les négligences d'un trop grand nombre. Elle comporte, en premier lieu, des précisions de plus en plus marquées ; car on ne peut laisser une loi proprement dite dans le vague inséparable d'une pratique qui était partiellement de conseil. Elle comporte ensuite des sanctions, d'abord de l'ordre spirituel, plus tard aussi de l'ordre temporel. Elle comporte enfin un lent fléchissement de la législation elle-même. Les mœurs sont toujours plus fortes que les lois; si l'on ne peut dire que les efforts des autorités ecclésiastiques sont demeurés